Apocalypto de Mel Gibson
Sorti le 10 janvier 2007
Même s’il dérape souvent dans sa vie privée et n’a pas toujours tenu des propos bien politiquement corrects, force est d’admettre que Mel Gibson est un cinéaste talentueux. Même si sa sa vision de la passion du Christ ne convaincu pas toujours, le réalisateur poursuivait avec ce troisième film (après L’Homme sans visage et Braveheart) une œuvre cohérente mais surtout originale dans le paysage cinématographique américain actuel1. Pour son quatrième film, Mel Gibson a choisi d’explorer à nouveau une époque lointaine2, et nous projette violemment au cœur du déclin d’une civilisation païenne, celle de la civilisation Maya. Tout comme Sergio Leone, pour ne donner qu’un exemple, l’avait fait avec Il était une fois dans l’Ouest (Passage d’une monde à l’autre, du Far West à une société industrialisée, symbolisée par le passage du chemin de fer.)) et toute proportion gardée.
Dans les temps turbulents précédant la chute de la légendaire civilisation Maya, un jeune père porteur de grandes espérances, chef de son petit village, Patte de Jaguar vit une existence idyllique brusquement perturbée par une violente invasion. Capturé et emmené lors d’un périlleux voyage à travers la jungle pour être offert en sacrifice aux Dieux de la Cité Maya, il découvre un monde régi par la peur et l’oppression, dans lequel une fin déchirante l’attend inéluctablement.
Poussé par l’amour qu’il porte à sa femme, à sa famille et à son peuple, il devra affronter ses plus grandes peurs en une tentative désespérée pour retourner chez lui et tenter de sauver ce qui lui tient le plus à coeur.
Apocalypto – Bande-annonce – 2007
Au regard de l’ensemble de sa filmographie, les personnages principaux de Mel Gibson sont très souvent des martyrs livrés à la vindicte populaire : un professeur défiguré victime de la rumeur durant l’été 1968 dans L’homme Sans Visage, un rebelle écossais victime du joug anglais à la fin du XIIIe siècle dans Braveheart, un messie condamné à mort pour blasphème et usurpation sous la pression de la foule dans La Passion Du Christ. On pourrait même rajouté dans cette panoplie le rôle qu’il interprète dans The Patriot, tant les similitudes avec les autres personnages sont grandes. C’est ce qui fait d’ailleurs en très grande partie la force de son cinéma. Cette volonté de subjuguer et cristalliser des émotions fortes3
Les personnages d’Apocalypto n’échappent donc pas à la règle du cinéaste fasciné par le statut de martyr. Victimes d’une civilisation violente et assoiffée de sang, le peuple de Patte de jaguar subira donc, au bout d’un quart d’heure, viols collectifs, meurtres gratuits et rapts. En employant une caméra haute définition pour son traitement de l’image et en filmant l’action au plus près de ses interprètes, Mel Gibson livre ainsi une peinture âpre et toujours aussi crue du monde.
Apocalypto est donc une œuvre violente et sans concession. Comme c’est le cas dans ses précédents films, le cinéaste nous montre enocre une fois son obsession pour les parcours personnels douloureux. Le corps souffre continuellement dans son univers. Apocalypto est avant tout le récit de la transformation physique et psychique d’un jeune homme : Patte de jaguar.
Blessé, poussé à bout par l’imminence de la mort, galvanisé par la force de l’amour pour sa compagne, le jeune martyr réussit contre toute attente à changer la trajectoire de son destin en réussissant à faire faux bond à ses bourreaux. La deuxième moitié du film s’attarde donc sur la longue chasse à l’homme orchestrée contre lui. Une véritable course poursuite où l’être chétif et naïf du début se métamorphose en véritable chasseur, l’homme en animal. Paré progressivement des attributs physiques du fauve dont il porte le nom, Patte de jaguar peut donc faire face à une dizaine de ses ravisseurs, les plus violents d’entre eux. C’est du pur Mel Gison dans le texte et surtout, dans l’image.
Si la trame parait classique voire simpliste, elle gagne férocement en efficacité au fil du temps. La chasse à l’homme est ainsi très éprouvante grâce aux cadrages serrés qu’il fait mais aussi par la solidité du casting. En effet, de Raoul Trujillo qui incarne ici Zero Loup, un terrifiant et imposant chef guerrier Maya4, en passant par Gerardo Taracena, dans le rôle d’Œil du milieu, guerrier malfaisant assoiffé de sang, le casting est juste. Et que dire ici de celui qui incarne Patte de Jaguar, le jeune chasseur incarné avec conviction par Rudy Youngblood, qui porte en lui toute la vindicte de son peuple malmené durant la première partie du film.
Si certains ont pu lui reprocher de prendre quelques libertés avec l’époque, Mel Gibson s’est pas mal documenté. Mais ce n’est de toute façon pas celui qui l’intéresse au plus point. C’est le basculement d’une époque, le changement qui s’opère et cette avancée pour lui est d’autant plus douloureux que le personnage principal est obligé de quitter un Eden, très sublimé, pour se confronter à la bétise de l’homme et de ses semblables. Apocalypto est de la même trempe. Il est possible de ne pas adhérer. Mais comment rester muer devant cette cohérence dans son œuvre, et surtout, dans sa façon de montrer les choses.
Apocalypto de Mel Gibson | Scénario de Mel Gibson | Photographie de Dean Semler | Musique de James Horner | Avec Rudy Youngblood, Raoul Trujillo, Dalia Hernandez, Jonathan Brewer, Morris Birdyellowhead, Carlos Emilio Baez, Ramirez Amilcar, Israel ContrerasIsrael Rios, Maria Isabel Diaz | Etats-Unis | 2006 | 138 min. | Aventure, drame et action | Distribué par Quinta Distribution | Crédit photographique : Quinta Distribution
- Et ce n’est pas une mince affaire, étant donné le peu de place accordé à des productions qui tentent de sortir d’un chouia des sentiers battus. [↩]
- Une constante dans son cinéma. [↩]
- On peut penser également aux personnages qu’il incarne puisque l’acteur ne s’épargne rien non plus : torture électrique dans L’Arme Fatale, physique torturé dans The Million Dollar Hotel, torture physique dans Payback et même torture psychologique dans Ce que veulent les femmes (sic.) et bien sûr Mad Max qui l’a révélé au grand public etc… [↩]
- Son personnage d’ailleurs se situe à l’ opposé du rôle de l’indien paisible qu’il tenait dans Le Nouveau monde de Terrence Malick [↩]










































