De battre, mon cœur s’est arrêté de Jacques Audiard
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Sortie le 16 mars 2005
De battre, mon cœur s’est arrêté est sorti en 2005. Flopée de Césars pour ce long métrage, il reçu un couronnement que beaucoup lui reprochent. Taxé de Misogyne, ce film présente certaines qualités, que l’auteur de cet article va tenter modestement de mettre en avant.
« Un faux grand film tarabiscoté et puant. Audiard invente le cinéma beau chic », Les Inrockuptibles Hors série, L’année cinéma 2005, p.23 .
C’est un film purement français, dans une bonne tradition de films français qu’il est assez « ringard » d’aimer alors qu’il y a tant de bons films coréens, japonais, chinois, ouzbeks..
On rentre dans la catégorie des « fils de ». Jacques Audiard étant le fils de Michel Audiard, à qui l’on doit une grande partie des dialogues cultismes dans les années 60-70 (pour mémoire, Les Tontons Flingueurs), mais aussi beaucoup de scénarios (et non pas scénarii, à ma grande déception), films à succès.
Tom (Romain Duris) est un beau salaud. Suivant les traces de son père (Niels Arestrup) dans l’immobilier, il a une conception personnelle du métier, avec deux de ces compères. Il n’hésite pas à déloger des habitants qui ne payent pas leur loyer et fait des affaires comme cela. Un beau jour, il tombe par hasard sur l’impresario de sa mère défunte et à partir de ce moment, quelque chose va se passer chez lui. Voulant voir ce qu’il vaut, il se remet au piano, douce musique d’un cœur meurtri. Il embauche pour cela un professeur de piano étranger, Miao-Lin (Linh-Dan Pham), qui ne parle pas un mot de français. Elle va lui permettre de retrouver ses sensations d’avant audition, fera de lui l’artiste reconnu qu’il a toujours rêvé d’être.
Ce film est assez touchant par sa lenteur, sa poésie, ce sentiment jouissif d’être à la place de l’acteur principal alors que l’on n’a aucun rapport ni avec la musique ni avec l’immobilier, les deux thèmes chers à cet héros désenchanté, entre le choix d’une carrière pour ressembler au père et le choix d’une passion pour être plus proche de la mère. Le contraste est saisissant entre le coté brut de décoffrage du personnage, véritable voyou dans son métier d’agent immobilier, et la grâce qu’il cherche à retrouver avec le piano.
C’est l’histoire d’un changement, d’un passage, d’un choix entre la vie d’un père et la vie d’une mère, défunte. Le mélange des genres, de visions différentes. Dieu que c’est bon de se sentir transporter par cette histoire. Cet humour un peu décalé, un peu réel de cette vie qu’on semble vivre à un moment, de ces choix qu’on doit faire pour être soi-même.
Ce film n’a que peu de liens avec Fingers (Mélodie pour un tueur) dont c’est le « remake », ce joueur de piano aux doigts de fée. Nous avons ici un des meilleurs rôles de Romain Duris dans une carrière déjà bien remplie. La caméra le filme sans en perdre une miette, on sait tout de lui, on le suit partout, on a mal pour lui et on veut lutter comme lui pour changer ce qu’il peut être changé. Ou du moins ce qu’on aimerait bien changer dans nos vies pour avancer.
Montage sec, vif, comme le héros, énervé, nerveux, excité, casse-cou, cherchant l’adrénaline à travers ses conquêtes.
Ce passage à l’age adulte, l’heure des choix, on aurait l’impression que le réalisateur, « Fils de… », après « sur mes lèvres », aura su toucher quelques personnes, qui ont aimé cette façon de montrer Aure Atika, la sensualité qui se dégageait de certaines scènes. Ces petits moments que l’on savoure à travers une porte, voir une fille se déshabiller comme ça. On aura aussi à l’esprit cette violence du personnage, dont le climax sera atteint dans une des scènes finales du film, où Tom fait toujours preuve de sa violence face à ses démons intérieurs.
La critique et le public pardonneront plus facilement à Clint Eastwood de faire du mélo sanguinolent avec une histoire qui tient à peine debout et on s’enflammera en disant que c’est le film de l’année, alors que « de battre.. », on le boudera en énonçant et pointant du doigt tous les défauts, les uns à la suite des autres… Il faut dire qu’il faut tout cet état de passage de la vie d’ado post pubère au passage adulte, cet espèce de moment où il faut faire un choix, quitte à déplaire, quitte à régler ça à coup de poing… Cette musique, ce piano, ses moments fort de prise de tête avec le père qui n’est plus que l’ombre de lui-même. Les errements du héros qui choisit une voie dont il sait qu’il ne pourra pas aller au bout par manque de talent.
Ce film a su prendre chez Romain Duris son coté impulsif que Cédric Klapish a vu dès le début mais en lui donnant un coté mature qu’il n’avait pas encore. Le réalisateur a su lui insuffler cette espèce de grâce qui le fera passer d’acteur « banckable » à « grand acteur », le mec dont on se souviendra parce qu’il a fait L’auberge espagnole et De battre mon coeur s’est arrêté.
Le site
http://www.debattremoncoeursestarrete-lefilm.com/
Revue de presse
http://www.allocine.fr/film/revuedepresse_gen_cfilm=57956.html
Fiche de « Fingers »
http://www.dvdrama.com/rw_fiche-7049-.php
De battre, mon cœur s’est arrêté de Jacques Audiard | Scénario de Jacques Audiard et Tonino Benacquista | Photographie de Stéphane Fontaine | Musique d’Alexandre Desplat | Avec Romain Duris, Niels Arestrup, Emmanuelle Devos, Linh-Dan Pham, Aure Atika, Jonathan Zaccaï, Gilles Cohen, Mélanie Laurent | France | 2004 | 107 min. | Drame | Distribué par UGC | Crédit photographique : UGC









































