Cloverfield de Matt Reeves
L’année 2008 a été marquée par le retour en force de la caméra subjective. Ainsi, Cloverfield, avant les [REC] ou encore le dernier Romero, Diary of the Dead, reprennent ce procédé utilisé partiellement dans Cannibal Holocaust (1981) mais surtout dans Blair wich project . Si les quatre derniers films cités sont à ranger dans la section « horreur », Cloverfield prend le parti de nous présenter autant un film se tournant autant vers la science fiction que le film catastrophe.
L’histoire, comme l’affiche nous l’indique assez clairement, se passe à New York. Une fête est organisée chez Rob pour sa promotion en tant que vice président d’une compagnie, ainsi que son départ vers le Japon. Parmi la quarantaine d’invité, Hub, son meilleur ami est le vidéaste d’un soir chargé d’immortaliser l’événement en recueillant les messages de toutes les personnes présentes. La soirée bat son plein lorsqu’une violente secousse ébranle soudain l’immeuble, plongeant l’immeuble dans le noir pendant quelques secondes. Les invités se précipitent dehors où une foule s’est rassemblée en quelques instants. Une ombre immense se profile dans le ciel, un grondement sourd se fait entendre… et la tête de la Statue de la Liberté s’effondre brutalement sur la chaussée. L’attaque vient de commencer et au petit matin, Manhattan ne sera plus qu’un champ de ruines, puisque le film est un document d’archives retrouvée sur le lieu du carnage.
Cloverfield est un film de Matt Reeves, réalisateur de séries (Felicity) dont les derniers films remontent au Porteur de cercueil et The shock. Son principal fait d’armes est d’avoir été le scénariste de l’excellent The Yard de James Gray. D’ailleurs, ce souci d’écriture se ressent dans Cloverfield, puisque la linéarité de l’action est compensée par une juxtaposition d’éléments vraisemblables, collant au plus près à ce que pourrait donner une attaque de New York. Le brio ici reposant sur la mise en scène, puisque, caméra subjective oblige, il est nécessaire que l’action se déroule avant que la caméra filme. Ce travail, couplé à des scènes spectaculaires (la fameuse scène ou tombe la tête de la statue de la liberté ou bien les passages avec le monstre sont particulièrement réussies) plante.
Cependant, l’histoire en elle-même est un peu trop estampillée série télé US (J.J. Abrams et Matt Reeves oblige ?), façon Beverly Hills. En effet, les personnages sont très stéréotypés (le beau gosse Rob qui part au Japon pour devenir Vice président, la copine tout aussi mignonne, dont les parents possèdent un appartement qui donne sur Central Park, le frère un peu « rebelle », l’ami de toujours au physique classique voire moins imposant et la mystérieuse inconnue, qui le restera). On peut donc reprocher un manque d’attachement avec ces personnages, alors que tout l’intérêt aurait été d’insister autant sur l’aspect spectaculaire de ce film catastrophe de science fiction que sur l’aspect psychologique.
Ceci est d’ailleurs confirmé par le déroulement de l’action qui ressemble d’ailleurs un peu trop à la progression dans un jeu vidéo, c’est-à-dire par niveau (rue – pont – métro – gratte ciel – hélico –central Park). La présentation des personnages s’effectue dans le schéma classique des dix premières minutes : chaque personnage est présenté avec son background et ses interactions avec les autres. Peu d’éléments nouveaux viendront nous permettre d’avoir de l’empathie avec les personnages, comme cela était le cas pour [REC] par exemple, sorti quelques temps après et procédant sur le même schéma. Il est dommage que tout ce pan d’intrigue ne serve au final que des scènes spectaculaires, sans forcément nous permettre une identification plus rapide.
Enfin, l’aspect documentaire amateur, avec un réengistrement de l’attaque sur une journée entre amoureux était une très bonne idée, qu’il aurait plus intéressant d’utiliser de manière parcimonieuses, au lieu de planter le décor d’entrée. De la même manière, le monstre, puisque tout ceci est l’œuvre « d’une grosse bêbête », est trop vite montré, n’insistant pas assez sur un possible aspect paranoïaque (est-ce une attaque terroriste ? Un vieil ennemi des États-Unis ?) sans compter que l’aspect de ce dernier, très bien bossé, est assez grotesque dans ses déplacements et manque un peu de charisme (comme l’aurait pu l’être un Godzilla ou encore les tripodes dans La Guerre des Mondes, véritables machines de guerre à massacrer), même si cela est voulu pour insister sur un thème plus contemporain (les atteintes à l’environnement et leurs dommages collatéraux).
Cloverfield, en prenant le parti de placer l’action du point de vue subjectif, comme un témoignage, place directement le spectateur dans l’action apocalyptique de destruction de New York, en jouant sur le « après 11 septembre ».
L’identification avec les personnages, l’empathie qui doit se créer, ne s’opérant pas systématiquement, il manque à Cloverfieldcet élément pour compenser la percussion du bruit et du chaos qui règnent au cours de cette nuit surréaliste. Et c’est ici ce qui manque à ce film pour en faire, non pas seulement un exercice de style, mais un des chefs d’œuvre du XXIe siècle.






















































