Back Soon de Sólveig Anspach
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Sortie le 20 août 2008
Méconnue du grand public, la jeune réalisatrice islando-américano-française Sólveig Anspach n’en a pas moins une filmographie tout ce qu’il y a de plus correcte, bien que se « limitant » aux salles indépendantes. Seul fait d’armes remarquable, Haut les Coeurs ! en 1999 lui vaudra un certain succès et permettra à Karin Viard de gagner un césar de la meilleure actrice. Elle nous revient cette fois-ci avec une comédie totalement déjantée et délicieusement bordélique, un hommage touchant à son pays d’origine – elle est née en Islande -, un road-movie surprenant et décalé, j’ai nommé Back Soon.
Menée de bout en bout par un casting composé quasiment intégralement d’acteurs amateurs, cette comédie nous narre donc les déboires d’Anna, dealeuse d’herbe à Reykjavik, son périple involontaire dans la magnifique campagne islandaise, ses rencontres incongrues… Une irlandaise folle de Dieu, un cousin dépressif, un étudiant français transi d’admiration pour elle – car elle est aussi poète –, un gardien de prison et son fils, un vétérinaire et, enfin, une oie. Et, pendant ce temps, ses clients qui s’entassent dans son appartement : une boxeuse, un chanteur d’opéra, un slameur, un chirurgien… autant de personnages incongrus gravitant autour d’un dernier personnage : le téléphone portable d’Anna, qui contient les numéros de tous ses clients et qu’elle doit vendre à bon prix au repreneur de son petit commerce.
Bénéficiant d’un budget microscopique et tourné en seulement vingt-cinq jours, le film n’en est pas moins drôle. Les situations, plus rocambolesques les unes que les autres, se succèdent à un rythme régulier et le film ne perd jamais son rythme. A chaque instant, on s’attend à tomber sur un nouveau personnage, une nouvelle situation qui nous arrachera un rire ou un sourire. Parce que Sólveig Anspach est un fabuleux mélange culturel1, elle se plait à décrire des personnages comme autant de clichés, aidée dans cette tâche par son co-scénariste Jean-Luc Gaget. Il y en a donc pour tous les goûts, car si les descendants des nobles vikings sont montrés comme une bande de gais lurons, les français en prendront pour leur grade avec le personnage de Raphaël, véritable crétin idéalisant une artiste qu’il ne connaît pas et lui attribuant des intentions qui ne sont pas les siennes.
Techniquement parlant, le film n’a rien d’exceptionnel, mais ne s’en retrouve pas pour autant affaibli. L’utilisation correcte de la HD permet de rendre toute la beauté des paysages islandais, qui sont un personnage à part entière. La mise en scène est sobre, mais sert largement le propos du film, qui n’appelle pas un traitement virtuose de l’image. Les acteurs, bien qu’amateurs comme dit précédemment, sont étonnamment justes, et pour cause : Sólveig Anspach a eu la bonne idée de leur faire interpréter leur propre rôle, à l’exception de quelques-uns qui ont du livrer un travail de composition. Didda Jónsdóttir, qui interprète Anna, est bel et bien poétesse, ainsi que musicienne. Ses deux fils dans le film sont ses véritables fils, de même que le gardien de prison est effectivement gardien de prison, et son fils est son fils véritable… Une « facilité » qui contribue à rendre les personnages tangibles et terriblement attachants.
Seule la musique, presque absente du film, exception faite d’un thème reggae primesautier, composé par le groupe Hjalmar, qui revient en leitmotiv jusqu’au final, ainsi que d’un « morceau » interprété à la guitare par Didda Jónsdóttir elle-même, manque un peu à l’appel. Une fois de plus, ce genre de film n’appelle pas de grandes envolées lyriques, mais on peut toutefois regretter qu’une musique plus pertinente et surtout moins répétitive ne vienne en illustrer les images – parfois très belles, de surcroît.
Une fois la barrière linguistique franchie – il faut bien avouer que l’islandais reste une langue un peu âpre pour des oreilles non-initiées – Back Soon, petite comédie sans prétention, passe donc comme une lettre à la poste, et on sort de la séance en se demandant quel OVNI vient de nous passer sous les yeux.
Un OVNI qu’on aimerait voir passer un peu plus souvent dans le paysage cinématographique français actuel…
Back Soon de Sólveig Anspach | Scénario de Sólveig Anspach et Jean-Lug Gaget | Musique de Martin Wheeler, Hjalmar | Photographie de Bergsteinn Björgúlfsson | Avec Didda Jónsdóttir, Ingvar Eggert Sigurdsson, Joy Doyle, Jörundur Ragnarsson, Julien Cotterau | France, Islande | Comédie | 2008 | 92 min. | Distribué par Bac Films | Crédit Photographique : Bac Films
- Son père, américain né à Berlin d’une mère roumaine, rencontra sa mère, islandaise, après le débarquement alors qu’ils effectuaient tous deux leurs études aux beaux-arts. Ils se sont mariés à New-York et se sont ensuite installés de nouveau en Islande, où Sólveig Anspach et sa soeur sont toutes deux nées. [↩]











































