Manipulation de Marcel Langenegger

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Posted 3 septembre 2008 by Cédric Le Men in

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by Cédric Le Men
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Sortie le 3 septembre 2008

Premier film du réalisateur d’origine suisse – avant Brothers In Arms, en cours de production -, Deception (car c’est son titre original) porte malheureusement bien son nom. D’une facture très classique et porté par un trio d’acteurs aux performances variables, le film de Marcel Langenegger reste toutefois une oeuvre indéniablement honnête. C’est encore trop peu pour faire fonctionner l’ensemble, le film peinant manifestement à éviter certains écueils.


Techniquement, la photographie signée par le très grand Dante Spinotti – chef opérateur ayant prouvé toute l’étendue de son talent sur Le dernier des mohicans, Heat et Révélations de Michael Mann – est une fois de plus impeccable. Sa lumière, tout d’abord froide et précise, définit à elle seule le personnage interprété par Ewan McGregor, Jonathan, un comptable timide, abruti de travail et pour qui la notion même de relation humaine – sans même parler de rapports sociaux – est un lointain fantasme. Une photographie qui va basculer en même temps que le personnage, quand celui-ci va faire sa première rencontre, pour mieux nous emporter dans la chaleur de ses nuits de luxure.

C’est du côté de la musique que le bât blesse une première fois. Composé par le presque inconnu Ramin Djawadi, pourtant récemment révélé par Iron Man de Jon Favreau, le score de Manipulation ne se démarque en rien du film qu’il illustre en ce qu’il se contente d’un classicisme regrettable, qui ne parvient jamais à transcender ses images. On aurait pu en attendre davantage dans film tel que celui-ci, mais on ne peut pas dire que le jeune compositeur Ramin Djawadi brille par son excellence : à l’instar de la partition de Manipulation, ses précédentes compositions manquaient cruellement de saveur (j’en reviens à Iron Man, mais aussi Blade : The Series), aucun thème ne se détachant véritablement du lot.

Le film, très correctement exposé, parvient à intriguer dans sa première moitié : le réalisateur y manifeste très clairement son propos et installe une ambiance crue, pour immédiatement prendre le spectateur à contre-pied et habilement basculer dans l’ambiance sexuelle des nuits de débauche de Jonathan. A ce propos, le public masculin appréciera à n’en pas douter la plastique joliment vieillissante de Natasha Henstridge lors d’une scène aussi brève que torride. Marcel Langenegger y parle donc de solitude, d’aliénation au travail et de ce rapport pervers entre l’homme et les nouvelles technologies (téléphonie mobile, informatique…), pourtant supposées l’assister. Las, mille fois las, le film prend une tournure toute autre au détour d’un simple plan, beaucoup trop révélateur et cliché du genre, et sombre dans l’insipide dès lors que le personnage de Wyatt (Hugh Jackman) aura révélé ses véritables intentions à notre protagoniste.

Incapable d’éviter les clichés propres au genre dans lequel il place son film, le réalisateur s’appuie dès lors entièrement sur ses comédiens. Rescapée de Dawson’s Creek, Michelle Williams se contente ici de minauder et offre un personnage sans grand relief, malgré une fin qui aurait appelé un traitement plus approfondi. Hugh Jackman est quant à lui excellent, comme à son habitude, et offre une performance tout en charme et subtilité. Enfin, Ewan McGregor, dont le personnage rappelle celui de Max, le chauffeur de taxi pris en otage par Tom Cruise dans le Collateral de Michael Mann (encore lui), semble indifférent à la situation à laquelle il se retrouve, pourtant bien malgré lui, confronté, contrairement à Jamie Foxx, qui transformait peu à peu son personnage, jusqu’à le faire ressembler à son bourreau. Hormis de rares fulgurances1, son personnage semble évoluer dans une constante hébétude. Restent quelques apparitions plus ou moins juteuses : J’ai déjà cité la très belle Natasha Henstridge, tombée aux oubliettes après une succession de mauvais choix comme Riders ou La Mutante II de sinistre mémoire ; Charlotte Rampling fait une courte mais appréciée – car très inattendue – apparition ; Maggie Q, quant à elle, laisse deviner sa magnifique plastique sous une ravissante nuisette en dentelle, sans aucune autre véritable incidence sur l’intérêt du métrage.

Nul doute que l’argument économique sera de mise face à ce film parfaitement inoffensif : si les possesseurs de cartes illimitées les moins exigeants y trouveront certainement leur compte, tel ne sera probablement pas le cas de ceux qui auront eu à payer leur place au prix fort. La faute à un scénario cousu de fil blanc et une direction artistique manquant cruellement d’audace.

Manipulation (Deception) de Marcel Langenegger | Scénario de Mark Bomback et Patrick Marber | Photographie de Dante Spinotti | Musique de Ramin Djawadi | Avec Ewan McGregor, Hugh Jackman, Michelle Williams, Maggie Q, Kar Yun Chan, Natasha Henstridge, Lynn Cohen, Malcolm Goodwin, Daisy Bates et  Danny Burstein | Etats-Unis | Thriller | 2008 | 108 min. | Distribué par SND | Crédit Photographique : SND

  1. On pense notamment à la toute dernière bobine du film. []

Le Rédacteur

Cédric Le Men
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Rédacteur en chef du magazine When you have to shoot, shoot, don't talk.

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