Coluche, c’est l’histoire d’un mec d’Antoine de Caunes
Bon, alors, encore un biopic, putain, vous nous faites chier avec les biopic, on en a marre de suivre l’itinéraire des artistes dont on nous explique que la sensibilité vient du fait que la mère était peleuse de nèfles les jours pairs et prostituée pour unijambiste les jours impairs et qu’un soir sur deux, la famille devait se contenter d’un bol de terre accompagné d’une demie-semelle de tong en guise de pitance. Jusqu’à ce que, ô, miracle, un charitable imprésario nullement appâté par le gain voie dans les yeux de Ray-Edith-Johnny qu’il est artiste, lui, un vrai, un ouf malade.

Ici, c’est Coluche. Bon, on l’aime bien Coluche, c’était un bon gars, il nous faisait marrer, même s’il était un peu con. Puis de toute façon, il fait partie de ces gens qu’apparemment, on n’a pas le droit de pas aimer. Le film, déjà, a l’intelligence de n’être que sur la vraie-fausse-vraie candidature présidentielle du sieur Colucci, période qui résume on ne peut mieux le personnage. Donc, déjà, on n’a pas à subir des histoires d’enfance à gerber des « biopic » habituels. Mais d’ailleurs, Coluche, l’histoire d’un mec, est-ce que c’est vraiment un biopic?
Certes, le film parle de Coluche, tourne autour de lui, d’un moment de l’histoire récente de France dont il est l’instigateur, mais est-ce que le seul but du film est de parler de lui? Non, je dirais pas seulement, et c’est peut-être là l’intérêt du film. Souvenez-vous, le début des années 80, le dégoût du Giscardisme, l’espoir de tout les gauchistes qui croient que le grand soir arrive avec Mitterrand alors que le monde est en plein dans le reaganisme à outrance. Dans ce contexte-là, un trublion décide de foutre le bordel et de se présenter. Ça part d’une bonne intention, Coluche, il est pas méchant, il veut juste déconner et faire parler des gens dont ont parle pas.
Seulement, au fur et à mesure, il se rend compte qu’il a dépassé une certaine borne, déconné avec un truc trop sérieux, joué avec des espoirs de gens qui en avaient vraiment besoin. C’est peut-être ça, l’histoire de Coluche, l’histoire d’un mec qui peut pas s’empêcher d’aller trop loin.
Bon, si le film est intéressant, il est loin d’être exempt de défauts. François-Xavier Demaison est inégal. Parfois complètement bluffant en Coluche, parfois trop dans l’imitation plus que le jeu. Il reste que sa performance est, par exemple, bien meilleure que celle de Marion Cotillard en Piaf (mais par exemple, moins bien que Michel Bouquet en Mitterrand).
On a une galerie de second-rôles assez inégaux, aussi, du bluffant au pas terrible. On a ainsi un génial Professeur Choron, un Reiser par Alexandre Astier assez bonnard, mais à côté de ça, un Olivier Gourmet et une Léa Drucker tout juste comme il faut en Paul Lederman et en femme de Coluche, et des trucs assez nuls (comme un caméo de la femme du réalisateur en présentatrice TV. Bon, j’aime bien Daphné Roulier, mais quand même…).
Cette plongée dans les années pré-Mitterrand, un moment de la vie d’un mec qui sait pas y faire quand il veut bien faire, sans le prendre pour un sacro-saint artiste intouchable, tout ça fait qu’on s’y emmerde quand même vachement moins qu’à La Môme. A voir, donc, sans s’attendre à un chef-d’oeuvre du siècle non plus.

















































