Tonnerre sous les tropiques de Ben Stiller
Les Plus:
Une comédie de guerre parfaitement maîtrisée et réussie !Les Moins:
Un Jack Black parfois un peu fatigant.Ne tournons pas autour du pot inutilement : Ben Stiller est un génie comique. Révélé au public français en 1998 avec l’hilarant Mary à tout prix des frères Farelli, il fait pourtant très tôt partie de l’équipe du Saturday Night Live1 , fabuleuse émission de télévision et vivier de comédiens que nous avons déjà évoquée dans notre article sur Love Gourou de Mario Schnabel, avec Mike Myers2 .
Aujourd’hui, c’est un Ben Stiller réalisateur et acteur qui nous revient dans ce qui va sans doute être la comédie américaine de l’année – le prochain film de Kevin Smith ne sortant a priori que courant 2009 – j’ai nommé Tonnerre sous les tropiques (Tropic Thunder dans sa version originale). Son scénario ? Le tournage épique et chaotique d’un film de guerre par une équipe très vite dépossédée de son réalisateur débile, affublée de comédiens hauts en couleurs et d’un producteur mégalo et tyrannique. La fine équipe va très vite se retrouver confrontée à la dure réalité de la vie dans la jungle…
« Mais », direz-vous, « pourquoi “génie comique” ? ». Et bien pour plusieurs raisons, la première étant que Ben Stiller parvient, alors qu’il n’est pourtant pas un réalisateur chevronné (son dernier film au cinéma est Zoolander, qui remonte à 2001) à faire un film sacrément bien réalisé, plutôt impressionnant dans sa mise en scène. D’autre part, et c’est là que Ben Stiller accomplit le plus grand travail, Tropic Thunder est, en plus d’un film comique, un véritable hommage au « film de guerre », dont il respecte scrupuleusement les codes. Le réalisateur s’amuse ainsi à parodier tendrement les plus grands films du genre tels que Platoon ou Apocalypse Now, en nous plongeant dans une vraie réflexion sur son métier et son milieu.
La mise en abyme est donc un excellent ressort comique, puisqu’elle permet un double emploi : les acteurs dans le film, et les acteurs dans le film du film. Dans les deux cas, le trio principal est magnifiquement dirigé. Si Jack Black et Ben Stiller restent fidèles à eux-mêmes, Robert Downey Jr. livre quand à lui l’un de ses meilleurs rôles en campant un acteur « à Oscars » tellement immergé dans son rôle qu’il va jusqu’à l’incarner au sens propre du terme, quitte à forcer jusqu’au ridicule le plus abouti (il est d’ailleurs l’interprète des punchlines les plus hilarantes du film, et de loin). Le casting complet (jusqu’à Tom Cruise dans un second rôle qui risque de faire taire une bonne partie de ses nombreux détracteurs) fait ici preuve d’une autodérision plutôt surprenante dans un film de cette ampleur, d’autant que Ben Stiller n’hésite jamais à en rajouter plusieurs couches.
Petit détail amusant : la mise en abyme s’est tranformé en jeu lors de la promotion du film, puisque Ben Stiller donnait des interviews en jouant son personnage de Tugg Speedman… de la même façon qu’on trouve, avant le « vrai » film, des bandes annonces des films de Tugg Speedman, Kirk Lazarus – personnage interprété par Robert Downey Jr. – ou Jeff Portnoy – incarné par Jack Black.
En ce qui concerne la réalisation et la mise en scène du film, là encore, Ben Stiller surprend de par la maîtrise dont il fait preuve. Car il réussit le tour de force de convaincre dans deux registres différents : la comédie pure et le film d’action dopé aux anabolisants. Les quelques scènes d’introduction, images supposément tirées du film dans le film, sont incroyablement dynamiques et rappellent les grandes heures du cinéma d’action hollywoodien. Michael Bay n’a qu’a bien se tenir. Le film « normal », quant à lui, reste sobre, efficace dans sa simplicité… du moins, jusqu’à ce que les deux genres se recoupent en fin de métrage…
Bref, il est difficile de parler de ce film sans trop en dire et sans en gâcher le plaisir. Les fans de Ben Stiller se doivent tout simplement d’aller le voir pour voir ce dont leur idole est capable. Les autres seront eux aussi certainement emballés par cette comédie sans prise de tête, incroyablement drôle et bien menée, sans jamais sombrer dans le vulgaire craspec. Enfin, les amoureux des films de guerre et d’action y trouveront eux aussi leur compte, puisque Ben Stiller, une fois de plus, nous livre un vrai film caméléon, sorte de monstre en Légo ou toutes les pièces s’imbriquent à la perfection !
- Émission qu’il rejoint dès 1987 après avoir été repéré au théâtre ainsi que dans un court métrage parodiant La Couleur de l’Argent de Martin Scorsese. [↩]
- Lui aussi transfuge du SNL. [↩]






















































C’est vrai que tous ceux qui disent que Tom Cruise n’est pas un bon acteur ont dû malencontreusement louper ce film