Australia de Baz Luhrmann

3
Posted 26 décembre 2008 by Cédric Le Men in

Rating

Réalisation
0%


Casting
0%


Scénario
0%


Photo
0%


Musique
0%


Intérêt
0%


Total Score
0%


 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
by Cédric Le Men
Full Article

Sortie prévue le 24 décembre 2008

Il est des réalisateurs dont le style se reconnaît dès les premières images. C’est, bien souvent, la marque des grands artistes, dont l’univers offre une cohérence thématique et visuelle absolue. C’est le cas de maîtres tels que Martin Scorsese, Michael Mann, Guillermo Del Toro, Steven Spielberg, et autres Brian De Palma. C’est aussi plus tristement le cas de Baz Luhrmann, qui, à défaut d’un véritable sujet à proposer à son public, a choisi de le noyer dans une surcharge esthétique du plus mauvais goût, sans doute afin de donner le change. C’est ainsi qu’en l’espace de quatre longs-métrages – Ballroom Dancing en 1991, Roméo + Juliette en 1997, Moulin Rouge en 2001 et finalement Australia – Baz Luhrmann s’est fait une « bande démo » que tous les chefs opérateurs de la planète lui envient. Malheureusement, Baz Luhrmann est supposé être réalisateur.

Car si chacun est libre d’apprécier un tel cinéma, il faut bien avouer que les films du réalisateur australien ne brillent pas par le génie de leur scénario. Moulin Rouge était ainsi d’une bêtise abyssale, les acteurs se débattant comme ils le pouvaient dans une histoire de triangle amoureux vue un bon millier de fois, le tout surmonté de chansons tirées des grands succès populaires des quarante dernières années. Un mélange grotesque et indigeste qui trouvait finalement une raison d’être dans un fatras de lumière, de coloris vomitifs enrobés de paillettes de carnaval.

Insulte suprême en même temps qu’exploit : Luhrmann est même parvenu à rendre ridicule Roméo et Juliette, histoire d’amour atemporelle, dont tant de scénarii se sont inspirés, en transposant le classique élisabéthain à notre époque, les épées se transformant en semi-automatiques, les carrosses en lourdes berlines, et les chevaux en Ford Mustang – ce qui représente probablement le summum de la cohérence pour le bonhomme. Le tout en respectant le texte à la lettre et, une fois de plus, en le saupoudrant d’une couche considérable de strass et de paillettes. Shakespeare doit encore s’en retourner dans sa tombe.

Le débat autour de la sur-esthétisation d’une œuvre artistique, quelle qu’elle soit, est un débat inepte. Le cinéma, la photographie et les arts plastiques en particulier sont des arts visuels et en tant que tel, ils proposent a priori une définition du monde tel que perçu par l’artiste. Libre à lui, ensuite, de le montrer aussi beau ou aussi laid qu’il le souhaite. Le cinéma possède toutefois un statut hybride en opposant à la force et à la beauté des images photographiées1 un propos plus ou moins pertinent que ces images sont censées servir. Pour reprendre les exemples cités plus haut, tous ces réalisateurs offrent une vision qui est la leur d’un sujet qu’ils traitent. On peut donc estimer qu’ils définissent l’esthétique de leur sujet, en fonction de leur interprétation. Les cadres soignés, à la précision millimétrique, de Michael Mann dans Heat ou Revelations peuvent à ce titre être considérés par beaucoup comme de la sur-esthétisation, de même que les décors hallucinants du Labyrinthe de Pan de Guillermo Del Toro.

Il ne s’agit donc pas tant de condamner un film en ne considérant comme argument que le choix du réalisateur de lui donner une identité visuelle forte, que d’analyser la pertinence d’un tel choix en lui opposant le propos que cette identité visuelle est supposée servir. Et c’est en cela que les films de Baz Luhrmann ne tiennent absolument pas la route, et Australia est un exemple tout trouvé pour étayer cette affirmation.

Le film décrit donc les aventures de Lady Sarah Ashley, noble anglaise bien propre sur elle, adepte d’équitation, au tempérament trempé dans l’acier, qui est bien décidée à aller botter le train de son mari, qu’elle soupçonne d’infidélité, lui-même parti en Australie afin de vendre ses terres à un gros propriétaire terrien local, King Carney. Une fois sur place, elle trouvera son mari assassiné et entreprendra de terminer ce pour quoi il était venu, avant de faire la connaissance de Nullah, un jeune Aborigène qui va lui dévoiler le complot de King Carney, doublé de son homme de main et beau-fils, Neil Fletcher, afin de s’emparer de ses terres et de son bétail. Dès lors, la lady, aidée dans sa tâche par Nullah et Drover, un cow-boy local, va décider de prendre les choses en main et de mener elle-même son troupeau au port de Darwin pour le vendre. C’est alors que la Seconde Guerre Mondiale éclate, et que Darwin tombe sous le

Premier bon point, si l’image reste très belle, on échappe heureusement à l’épanchement de paillettes. Toutefois, Luhrmann ne se renie pas pour autant, et nous abreuve d’artifices visuels au moins aussi mielleux et hors propos : personnages à contre jour, ralentis foireux et dépourvus de signification… Tout participe à nous rendre le film antipathique et ennuyeux, à commencer par ses personnages : On est dans une telle sur-abondance de clichés – en vrac, la Lady anglaise qui n’a jamais rien vu du monde et qui décide de partir dans une contrée hostile, dont elle va s’amouracher ; le cow-boy bougon et bagarreur au grand cœur, dont la Lady va s’amouracher en même temps que de la contrée hostile dont il semble connaître tous les secrets ; l’exploitant terrien qui ne recule devant aucun méfait pour parvenir à ses fins, aidé en cela par son homme de main qui ferait passer le diable lui-même pour une fillette jouant à la Barbie ; enfin, le jeune Aborigène ingénu, presque magicien, et son grand père le bon sauvage – qu’on ne parvient jamais à y croire. Aucun personnage n’existe vraiment, et on assiste finalement à rien d’autre qu’un défilé d’idiots de près de deux longues heures et demie.

Tout ce fatras pourrait toutefois être sauvé du naufrage si Baz Luhrmann ne commettait pas une erreur impardonnable : celle de passer complètement à côté d’un chef d’œuvre potentiel. Car si le scénario d’Australia est simple, plutôt déjà vu, il se situe dans un contexte nouveau : L’arrivée de la Seconde Guerre Mondiale sur le continent australien, chose inédite ou presque au cinéma. On en attendait donc davantage qu’une énième histoire à l’eau de rose, et Luhrmann, au détour d’un plan, nous laisse entrevoir ce qu’un tel film, dirigé par un véritable réalisateur, aurait pu être.

Lors de l’attaque des japonais sur Darwin en ce 19 février 1942, alors que les bombes pleuvent et explosent dans tous les sens, King George, vieil Aborigène ayant accompagné nos héros dans leurs péripéties, observe d’un œil incrédule les 183 avions du Service aérien de la marine impériale japonaise passer bruyamment au dessus de sa tête. Dans ce simple plan, il y avait matière à faire un film entier, sans chichis, sans baratin, sans personnages courant au ralenti avant de tomber dans les bras l’un de l’autre. Un film qui aurait raconté la guerre la plus atroce que l’humanité ait connue au travers des yeux d’un des détenteurs, personnages à l’aura quasi mystique en voie de disparition, du savoir d’une culture peuplant la Terre depuis près de cinquante-mille ans.

Voilà un film digne d’intérêt, un film que le spectateur aurait certainement adoré voir. Mais Baz Luhrmann, inconscient du matériel qu’il frôle du bout du doigt, décide manifestement de faire l’impasse sur un sujet aussi riche et original, et lui préfère un scénario totalement crétin, dénué d’émotion – et donc d’intérêt. Un scénario, tenez vous bien, qui aura eu besoin de pas moins de quatre scénaristes. On croit rêver.

Australia de Baz Luhrmann | Scénario de Baz Luhrmann, Stuart Beattie, Ronald Harwood et Richard Flanagan d’après une histoire originale de Baz Luhrmann | Photographie de Mandy Walker | Musique de David Hirschfelder | Avec Nicole Kidman, Hugh Jackman, David Wenham, Brandon Walters, Jack Thompson, David Gulpilil, Brandon Walters, Ray Barrett, Tony Barry et Lillian Crombie | Etats-Unis |  2008 | 155 min. | Aventure, Romance, Drame | Distribuée par  20th Century Fox France | Crédit photographique : 20th Century Fox

  1. Car le cinéma, ça n’est finalement que de la photographie, à la différence près que l’on capture le même sujet vingt-quatre fois par seconde. []

Le Rédacteur

Cédric Le Men
avatar

Rédacteur en chef du magazine When you have to shoot, shoot, don't talk.

3 Commentaires



Poster une réponse

(required)


Notifiez-moi des commentaires à venir via email. Vous pouvez aussi vous abonner sans commenter.

Derniers articles publiés
 
  • DP_Complainte7_light
  • 81%
    nickfury
  • 83%
    Huis clos - vignette
  • 80%
    La Guerre est déclarée - vignette
  • 63%
    the-vow (1)
  • 50%
    30-minutes-or-less-Affiche-3
  • 87%
    OP Concert KEANE_blog ban
  • 77%
    IMG_0003
  • 19793152
  • 65%
    Françoise Gründ Khaznadar au FIAP Jean Monnet