Le chant des oiseaux d’Albert Serra Juanola
Sortie le 21 janvier 2009
Ainsi, l’histoire du chant des oiseaux se passe au moment où les Rois Mages sont en route à la recherche du Sauveur. Ils traversent, un peu au hasard, des déserts de glace, puis de sable. Ils vivent au gré des saisons, en harmonie avec la nature, se nourrissant simplement et dormant à la belle étoile.
Il n’était pourtant et naturellement pas question de faire un film verbeux et sensationnel. Il ne s’agit pas de narrer ici le mythe constitutif mais plutôt de rendre compte de son atmosphère, de sa dimension poétique dans un paysage à la rudesse « pasolinienne ». Pourtant tourné en numérique, c’est sur de la pellicule de mauvaise qualité qu’on est surpris puis agacé de voir trois personnages s’éloigner lentement dans le fond d’un plan d’ensemble qui non seulement ne coupe pas lorsqu’ils disparaissent, mais attend de les voir revenir à la même allure et se concerter pour décider du chemin à prendre.
Rétablir les réalités de l’expédition est une opération similaire à celle de Honor De Cavalleria. Bien que la drôlerie du Chant des oiseaux provienne davantage de l’absurde que du burlesque. Une récurrence de cadrage lointains finis par ne plus distinguer les rois mages, et c’est un mal, car la caméra prend trop de distance avec les sujet et sa nuis au dynamisme, au rythme et à la transmission émotionnel d’une humanité qui semble s’ennuyer. Les seuls mouvement caméra sont des mouvements panoramiques. C’est bien beaux mais il n’y a pas grand chose de contemplatif sur un plan séquence de 5 minutes où il ne se passe vraiment rien, excepté le fait que l’on observe les rayures d’une pellicule très fatigué et se concentré sur le souffle d’une mauvaise prise son. Tous ses éléments font du Chant des oiseaux un vrai film primitif.
Les rois mages dont deux, Luis Serrat Batlle et Lluis Serrat Masanellas, sont d’ailleurs père et fils. Mais la fausse nouveauté réside plutôt dans l’hétérogénéité des lieux choisis. Serrat radicalise le système de faux raccord au grand plaisir de sa scripte. On s’en rend compte dans la lecture du scénario du film, le travail de repérage est l’étape décisive. Une caverne, un bord de mer, un désert, un lac de glace, une maison isolée, des bois, des plaines enneigées : en un raccord brutal les rois mages semblent sauter d’une saison à l’autre, reportant à l’extérieur, dans l’espace, la diversité d’origines- Indiennes, Arabes, Perses – que leurs fabriquent les versions les plus répandues de la légende… très mitigés car pas assez approfondis.
Tourné en Islande, en France et dans les îles Canaries, Le chant des oiseaux porte l’adoration des mages à l’ère d’internet, dans un désert mondialisé. Mais les mages ne tirent ici aucune puissance ni ivresse de ces bonds intercontinentaux. Au contraire ils sont lourds, raides et enflé en toute circonstance et bien gras ! Quand se présente la chance d’une séquence aquatique, leur corpulence leurs permet tous juste d’agiter l’extrémité de leurs membres et de flotter à la surface comme des phoques. Cette séquence est assez belle et esthétiquement réussie mais narrativement ratée car on n’arrive pas à comprendre que les rois mages traversent un grand lac en barque.
Bien que les mages ne cessent de traiter le désert comme leur chambre, le réalisateur ne met pas assez l’accent sur les éléments contemplatifs de ses acteurs, s’attardant plus volontiers sur la beauté d’une pierre prélevée sur un mur noir que sur l’immensité d’un ciel dans lequel ils cherchent surtout un signe, une balise. Un vrai jeu. Plus de plan taille, épaule et gros plan aurait amélioré la transmission sous un angle plus significatif.
Aussitôt après l’aurore indiquant la voie au mage, un raccord tout aussi abrupt nous envoie patienter en compagnie de Marie et de Joseph qui s’emmerde, leur enfant Jésus et leur agneau qui a d’ailleurs fait un splendide regard camera. Raccord génial pour ceux qui aiment se masturber le cerveau sur un cinéma frigide et poussiéreux voir aussi froid que les films d’art et d’essais Scandinave. L’agneau pisse sur Marie, Joseph ne lui répond même pas quand elle lui demande cinq fois si il y a de l’eau dans le puits en faisant semblant de dormir, cela leurs donne une dimension humaine, et pas forcement la meilleurs proportion. Quand les Mages arrivent c’est le seul moment musical du film, pendant qu’ils grimpent, montent en piano piano les notes en introduction du Chant des oiseaux un air du folklore catalan, célébrant la beauté de la nature popularisé par le violoncelliste Pablo Cassals.
Il y a donc par là une parenté entre l’exil et la foi : tous deux réclamant d’être fendus de l’intérieur, soumis à un appel plus ou moins audible, contraint d’évaluer ses décisions en fonction d’une raison extérieur incalculable. C’est le traitement de l’espace qui frappe le plus, de l’effet d’écrasement de la profondeur dû aux choix des focales c’est ici que les sentiments subjectifs et religieux rejoignent l’expérience esthétique : dans des plans fort mais plutôt forcé et trop long, flottant timidement comme des augures, des aurores, des oracles…
Sélections et prix :
- La Quinzaine des Réalisateurs 2008
- Munich Film Festival 2008
- Chiffs (Séoul) 2008
- Tiff (Toronto) 2008
- Viff (Vancouver) 2008
Sites internet parlant du film :
http://www.evene.fr/cinema/films/le-chant-des-oiseaux-18442.php
http://www.politis.fr/Cannes-2008-Le-Chant-des-oiseaux-d,3781.html
http://www.capricci.fr/fiche2.php?id=43
Le Chant des oiseaux (El cant dels ocells) d’Albert Serra Juanola | Scénario d’Albert Serra Juanola | Photographie de Neus Ollé | Produit par Andergraun Films et Eddie Saeta, en association avec la Télévision de Catalunya | Producteur associé : Capricci Films | Avec Mark Peranson, Lluís Carbó, Montse Triola | Espagne | 2008 | 98 min. | Drame | Distribué par Capricci Films | Crédit photographique : Capricci Films







































