Walkyrie de Bryan Singer

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Posted 31 janvier 2009 by Cédric Le Men in

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by Cédric Le Men
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Sortie le 28 janvier 2009

La carrière de Bryan Singer est plutôt atypique : adulé pour Usual Suspects, film culte qui a relancé la mode des films à twist final, il sort son film suivant, Un élève doué1, de façon plutôt confidentielle, avant de prendre tout le monde à contre-pied en livrant les deux excellentes adaptations de la série de comic booksX-Men, alors que lui-même n’est, de son propre aveu, absolument pas un fan. Au plus fort de son art, alors qu’il bénéficie d’une notoriété telle qu’il peut s’offrir n’importe quel projet, il accepte de tourner Superman Returns, alors que d’autres s’y sont cassé les dents, notamment Kevin Smith2 et Tim Burton. Ce dernier écarté du projet et Bryan Singer désormais aux commandes, on aurait pu croire qu’on pouvait échapper à la débâcle. Et pourtant, le réalisateur tout juste quarantenaire se gaufre dans les grandes largeurs et nous pond un film ni fait ni à faire, un véritable navet intergalactique qui ferait passer Les Quatre Fantastiques pour un chef d’œuvre.


Loin de se formaliser d’avoir été le responsable du naufrage d’un des plus grands super-héros de l’Histoire, là où Christopher Nolan transfigurait l’icône sombre de DC Comics pour en faire la monstrueuse machine à fric cinéphile que l’on connaît, Singer reprend du service au cinéma – après un court passage à la télévision sur la série House M. D.3 – et se lance dans la production d’un film ambitieux, sobrement intitulé Walkyrie, qui va très rapidement connaître un certain nombre de difficultés dans sa production. Officiellement, l’équipe aurait eu du mal à trouver un des décors du film et a donc dû décaler la date de sortie, initialement prévue pour l’été 2008, à la fin de l’année. Officieusement, c’est le résultat de projections-tests, lors desquelles le film aurait été jugé long et ennuyeux, qui aurait forcé la production et le réalisateur à passer plusieurs mois en salle de montage et à retourner un certain nombre de scènes. Résultat, après plus d’une année de post-production, Walkyrie nous arrive enfin et marque l’un des premiers événements cinématographiques de l’année 2009. Mais le jeu en valait-il la chandelle ?

Walkyrie est un drame historique décrivant le périlleux parcours du Colonel Claus Von Stauffenberg – interprété par Tom Cruise – afin de renverser le régime hitlérien. Dans les faits, Claus Philip Maria Schenk, Graf4 von Stauffenberg de son nom complet, était un officier de la Wehrmacht et l’une des figures centrales du complot visant à assassiner Adolf Hitler le 20 juillet 1944 et à retourner contre lui et le gouvernement nazi son plan d’urgence, la fameuse Opération Walkyrie. Opposé aux idées d’Hitler depuis son accès au pouvoir en 1933, révolté par Mein Kampf et la Nuit de Cristal5, Stauffenberg sert pourtant comme officier et est rapidement promu au grade de Hauptmann (capitaine). Il reçoit la Croix de fer de première classe en 1940 et est promu Oberstleutnant (lieutenant-colonel) en 1943, avant d’être envoyé en Afrique du Nord, où il est gravement blessé. C’est là le point de départ du film de Bryan Singer.

Mais quid du film, me direz-vous ? Eh bien force est de constater que Bryan Singer est doué, dès lors qu’il ne filme pas un éphèbe en collants bleus et cape rouge. Singer est avant tout un réalisateur qui transcende le personnage dès lors qu’il le place dans un groupe ou qu’il l’oblige à profondément interagir avec d’autres personnages. Le gros problème de Superman, par opposition aux X-Men par exemple, était qu’il filmait une icône isolée – ce qui est le propre du personnage de Superman, n’oublions pas sa « Fortress of Solitude » – et ne parvenait par conséquent jamais à lui donner véritablement vie. Dans Walkyrie, il possède pour le coup un échantillon de personnages, tous plus emblématiques les uns que les autres, servis qui plus est par un casting aux petits oignons, et peut s’en donner à cœur joie.

La mise en scène du film s’articule donc autour du personnage de Stauffenberg, personnage dramatique par excellence, qui agit par obligation morale plus que par envie ou caprice. Amoindri après l’attaque d’un bombardier allier alors qu’il est en poste en Afrique du Nord, il passera trois mois à l’hôpital et perdra son œil gauche, sa main droite, ainsi que les quatrième et cinquième doigts de sa main gauche, ce qui ne l’empêchera pas de rejoindre la résistance et de diriger toute l’opération Walkyrie, jusqu’à tenter personnellement d’assassiner le Führer. Un personnage tout désigné pour un réalisateur comme Singer, dans un film qui s’inscrit dans une continuité thématique évidente, après Apt Pupil et la surprenante – et sublime – introduction d’X-Men.

Le choix de Tom Cruise pour incarner cette figure héroïque de la Seconde Guerre mondiale, bien que vivement contesté à cause de son appartenance à l’Église de Scientologie, est particulièrement juste. Bien que généralement conspué par une certaine frange de « cinéphiles », Tom Cruise n’en est pas moins un excellent acteur qui se satisfait sans doute souvent de ne mettre en avant que son physique apprécié des midinettes, mais qui sait aussi – et surtout – prendre de véritables risques. C’est ainsi qu’on a pu apprécier toute l’étendue de son talent dans des films tels que Magnolia de Paul Thomas Anderson, dans lequel il est troublant de justesse, Collateral de Michael Mann, où il prend les traits d’un tueur froid et méthodique, ou encore Eyes Wide Shut, Rain Man, Né un 4 juillet… Que l’on aime ou non l’homme et ses choix religieux, que l’on apprécie l’artiste ou pas, on ne peut décemment pas prétendre qu’il est mauvais acteur et il le prouve à nouveau en campant un Stauffenberg plus vrai que nature dans Walkyrie.

Ses camarades de jeu ne sont pas en reste et on retrouve à ses côtés, pêle-mêle, Bill Nighy, Kenneth Branagh – dans un court, mais très beau rôle –, Thomas Kretschmann, Terence Stamp et, bien sûr, la très charmante Carice Van Houten que l’on a récemment pu découvrir dans un rôle diamétralement opposé dans le sublime Black Book de Paul Verhoeven. Ils sont tous impeccables et confèrent au film une parfaite homogénéité, que la mise en scène de Bryan Singer, sobre et sans artifice, ne trahira pas. Pas plus que la lumière de Newton Thomas Sigel, chef opérateur peu connu ayant pourtant un palmarès plutôt impressionnant, et qui renouvelle son partenariat avec Singer, de même que John Ottman, son compositeur de toujours (excepté sur X-Men), qui livre là encore une très belle partition.

Walkyrie, sous des allures médiatiques de projet maudit, est donc un excellent film et permet à l’année 2009 de débuter sous les meilleurs auspices. Reste à voir si les futurs projets de Singer lui permettront de tenir la barre aussi haut. Malheureusement, l’annonce d’un Superman : Man of Steel prévu pour 2011 laisse présager du pire…

Affaire à suivre.

Walkyrie (Valkyrie) de Bryan Singer | Scénario de Christopher McQuarrie et Nathan Alexander | Photographie de Newton Thomas Sigel | Musique de John Ottman | Avec Tom Cruise, Carice Van Houten, Bill Nighy, Kenneth Branagh, Tom Wilkinson, Eddie Izzard, Christian Berkel, Thomas Kretschmann, Terence Stamp, David Bamber | Etats-Unis et Alllemagne | 2008 | 110 min. | Historique, Drame et Thriller | Distribué par TFM Distribution | Crédit photographique : TFM Distribution

  1. Apt Pupil en version originale. []
  2. Auteur d’une des versions du scénario. []
  3. Docteur House chez nous… []
  4. Titre de noblesse allemand, équivalent du Comte en France. []
  5. La nuit de Cristal (en allemand Reichskristallnacht) est le nom donné au pogrom contre les Juifs du Troisième Reich qui se déroula dans la nuit du 9 novembre 1938 au 10 novembre 1938. Présenté par les responsables nazis comme une réaction spontanée de la population suite à l’assassinat d’un conseiller de l’ambassade allemande à Paris par un jeune Juif, Herschel Grynszpan, le pogrom est « mis en œuvre par le ministre de la Propagande du Reich, Joseph Goebbels, ordonné par le chancelier du Reich, Adolf Hitler, perpétré par des bandes composées de SA, de SS, de membres de la Jeunesse hitlérienne et d’autres organisations du parti national-socialiste, surveillé et soutenu par le SD, la Gestapo et d’autres forces de police ». Source : Wikipedia []

Le Rédacteur

Cédric Le Men
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Rédacteur en chef du magazine When you have to shoot, shoot, don't talk.

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