Morse de Tomas Alfredson

8
Posted 9 février 2009 by Cédric Le Men in

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Photo
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Musique
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by Cédric Le Men
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Sortie le 4 février 2009

Une banlieue maussade de Stockholm, un hiver de 1982. Ça fait envie, hein ? C’est pourtant le cadre principal de ce qui va probablement être une des révélations de l’année en terme de cinéma de genre. Morse, titre énigmatique évoquant autant le placide mammifère aux redoutables canines que le code inventé par Alfred Vail, mais attribué à Samuel Morse. Le film se place en bonne position à Gerardmer, où il entre en sélection officielle pour la compétition 2009 et ce, après avoir remporté un paquet de prix dans de nombreux autres festivals, parmi lesquels Sitges (Méliès d’or), Fantasia (meilleur film, prix du jury et meilleur réalisateur) ou Göteborg (meilleur film et meilleure photographie). Et très honnêtement, ça n’est que justice.

Le film, tiré du best-seller suédois Let The Right One In écrit par John Ajvide Lindqvist1, nous narre donc l’histoire d’Oskar, jeune blondinet discret que ses camarades de classe malmènent, et de sa rencontre avec Eli, petite brune au comportement plus que singulier. De cette rencontre, un amour enfantin va naître, qui transcendera les deux êtres, pourtant si opposés, qui le composent. Car Eli est le parfait contraire d’Oskar. Il est blond, elle est brune. Il est timide et craintif, elle est effrontée. Il est un garçon, elle est une « fille ». Il vit le jour, elle vit la nuit. Il est humain, elle est vampire.

Mais les deux enfants sont voisins et souffrent tous deux de leur solitude. Il vont donc trouver en l’autre un soutien, une aide et, finalement, une raison d’être. Oskar, pétri de rancœur à l’égard de ses tortionnaires, va puiser en Eli le courage de les affronter. Eli, elle, dépendante du sang comme une drogue, va trouver en Oskar un véritable confident, une personne qui la comprend vraiment et qui l’aime pour ce qu’elle est. Une raison d’arrêter de fuir, une façon de ne plus être seule.

La morale puritaine va certainement dresser le drapeau rouge après avoir vu ce film, à une époque où la pédophilie fait malheureusement la une plus souvent que de raison. Car le réalisateur, Tomas Alfredson, ne lésine pas sur les images chocs et n’hésite pas à montrer ce qu’il estime nécessaire, tant à la compréhension de l’intrigue, qu’à l’appréhension de la nature monstrueuse d’Eli. Il décrit un amour pur, fort et profond, à vingt mille lieues de la naïveté que le cinéma américain, pour ne citer que lui, aurait imposée. Il filme donc des corps d’enfants dénudés, mais sans jamais faire preuve de voyeurisme ou de complaisance. Alfredson dépeint un environnement, un contexte social, urbain et humain parfaitement réalistes. À l’image d’un Guillermo Del Toro, quand celui-ci reconstitue l’Espagne de la guerre civile dans El Espinazo del Diablo, l’argument fantastique ou horrifique vient donc se greffer à un contexte résolument ancré dans la réalité.

S’ajoutent à la justesse de ce parti pris dans le traitement du scénario, un choix de mise en scène et une direction d’acteurs excellents. Les cadres, toujours très soignés, servent une mise en scène toute en lenteurs, à l’image de ce pays recouvert par la neige et engourdi par le froid. Les effets visuels se font discrets, et le film ne verse jamais dans le gore à outrance. Seuls quelques effets, toujours utiles et de qualité, ponctuent une histoire au déroulement très sobre dans son ensemble. Le choix des acteurs est parfait, et ils sont dirigés d’une main de maître. La petite Lina Leandersson, qui interprète Eli, est juste assez jolie pour être touchante, et juste assez mystérieuse pour être crédible dans son rôle de prédateur.

À la musique, on retrouve Johan Söderqvist, connu des amateurs de bandes originales de films pour son travail sur les films danois Brothers et After The Wedding. Il livre ici une partition discrète, toujours en retrait par rapport aux images, à deux exceptions près : le début du film et son climax, où le compositeur se laisse aller dans deux magnifiques partitions symphoniques du plus bel effet. Difficile donc de se prononcer sur l’ensemble de la musique, tant celle-ci se fait parfois silencieuse, mais ces deux moments en particulier valent sérieusement le détour.

Du côté de l’image, on sera surpris d’apprendre que Hoyte Van Hoytema signe là son premier long-métrage2 tant les images sont soignées. Le grain, toujours présent, permet au chef opérateur de sculpter une lumière pesante, toute en clairs-obscurs, toujours très juste par rapport au contexte « historique » – rappelons que le film se déroule en 1982 – et, surtout, scénaristique. Du travail d’excellente qualité, à l’instar du reste du film.

Morse est un petit chef d’œuvre, rien de moins. Du haut de sa petite quarantaine, Tomas Alfredson nous livre un film extrêmement mature, choquant et touchant à la fois, maîtrisé de bout en bout, parfaitement construit et rythmé et plus que convenablement dirigé.

Triste constat, donc, puisqu’une fois encore, le reste de l’Europe nous bat à plates coutures pour ce qui est du cinéma de genre… Et la tendance n’est pas prête à s’inverser…

Morse (Låt den rätte komma in) de Tomas Alfredson | Scénario de John Ajvide Lindqvist d’après l’oeuvre de John Ajvide Lindqvist | Photographie de Hoyte Van Hoytema | Musique de Johan Söderqvist | Avec Kare Hedebrant, Lina Leandersson, Per Ragnar, Henrik Dahl, Karin Bergquist, Peter Carlberg | Suède | 2008 | 114 min. | Epouvante-horreur, Fantastique et Romance | Distribué par Chrysalis Films | Crédit photographique : Chrysalis Films

  1. Qui est aussi scénariste sur le film, gage de qualité. []
  2. Après plusieurs courts, parmi lesquels Svidd neger dont la superbe musique avait été signée par le « groupe » Ulver. []

Le Rédacteur

Cédric Le Men
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Rédacteur en chef du magazine When you have to shoot, shoot, don't talk.

8 Commentaires


  1. avatar
     
    waxaca flo

    Encore un superbe film sans commentaires … une très bonne surprise, qui se laisse même revoir rapidement par la poésie entre les persos et le beau visuel.





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