Gran Torino de Clint Eastwood

Sortie le 25 février 2009

Clint Eastwood tourne vite, très vite, depuis quelques années. Ainsi, juste après que l’Echange (avec Angelina Jolie) soit sorti, Gran Torino débarque sur nos écrans. Et c’est un vrai petit bijou, bien dans le ton de la filmographie du réalisateur et constitue peut-être son dernier rôle et le consacre comme un de des derniers monstres sacrés vivant du cinéma nord américain.

 


Walt Kowalski (Clint Eastwood) est un ancien de la guerre de Corée, un homme inflexible, amer et pétri de préjugés surannés sur tout ce qui n’est pas un vrai bon américain. Après des années de travail à la chaîne dans une usine Ford, il vit replié sur lui-même, occupant ses journées à bricoler, traînasser et siroter des bières. Avant de mourir, sa femme exprima le vœu qu’il aille se confesser, mais Walt n’a rien à avouer, ni personne à qui parler. Hormis sa chienne Daisy, il ne fait confiance qu’à son M-1, toujours propre, toujours prêt à l’usage…

Ses anciens voisins ont déménagé ou sont morts depuis longtemps. Son quartier est aujourd’hui peuplé d’immigrants asiatiques qu’il méprise, et Walt ressasse ses haines, – innombrables  – à l’encontre de ses voisins, des ados Hmong, latinos et afro-américains « qui croient faire la loi », de ses propres enfants, devenus pour lui des étrangers, qui ne cherchent d’ailleurs qu’à le faire déménager. Walt tue le temps comme il peut, en attendant le grand départ, jusqu’au jour où un ado Hmong du quartier tente de lui voler sa précieuse Ford Gran Torino de 1972… Walt tient comme à la prunelle de ses yeux à cette voiture fétiche, aussi belle que le jour où il la vit sortir de la chaîne.

http://www.youtube.com/v/RT3RFikWtzo&hl=fr_FR&fs=1&
Gran Torino – Trailer – 2009

Lorsque le jeune et timide Thao (Bee Vang) tente de la lui voler sous la pression d’un gang, Walt fait face à la bande et devient malgré lui le héros du quartier. Sue (Ahney Her), la soeur aînée de Thao, insiste pour que ce dernier se rachète en travaillant pour Walt. Surmontant ses réticences, ce dernier confie au garçon des « travaux d’intérêt général » au profit du voisinage. C’est le début d’une amitié inattendue, qui changera le cours de leur vie.

Grâce à Thao et sa gentille famille Hmong, Walt va découvrir le vrai visage de ses voisins et comprendre ce qui le lie à ces exilés, contraints de fuir la violence… comme lui, qui croyait fermer la porte sur ses souvenirs aussi aisément qu’il enfermait au garage sa précieuse Gran Torino…

Autant le dire, l’annoncer tout de suite, Gran Torino est un très joli film, autant pour le film en lui-même que pour le dernier rôle de Clint Eastwood à l’écran. C’est, en quelque sort, la retraite de l’inspecteur Harry, Walt Kowalski étant aussi inflexible qu’Harry Callahan. L’histoire, tout comme les personnages, est simple. Une histoire de tolérance, mais pas vraiment à la sauce Fast Food, mais tout en retenue et en subtilité, malgré le caractère entiner et tranché du personnage incarné par le celèbre réalisateur.

Tourné à Détroit, la capitale de l’automobile déchue, qui tente de survivre tant bien que mal à la crise que traverse cette industrie, mettant à la rue des milliers des personnes, Gran Torino est aussi un hommage à Point Limite Zero (Vanishing Point) de Richard C. Sarafian, véritable Easy Rider à Quatre roue et incarnant la contre-culture des années 1970 (un remake sortira en 1997 à la télévision avec Viggo Mortensen dans le rôle titre). En effet, Les deux personnages s’appellent Kowalski et le goût pour les voitures d’exception sont présent dans les deux (sans compter la fin de chaque film, qui peuvent,par certains côtés, présenter des similitudes).

Clint Eastwood, est-il en effet besoin de le préciser, est un réalisateur qui connait l’histoire du cinéma. Ces films sont donc truffés de références et de savoir faire, qui ne sont pas toujours décelables pour des générations jeunes de spectateurs, ce qui n’empêche pas d’apprécier cette histoire d’amitié entre deux personnages que tout semble opposer.

La fin de Gran Torino sera autant une fin dramatique qu’une fin en soi pour le réalisateur, en terminant ainsi sa très longue carrière d’acteur. En effet, comment ne pas voir le parallèle entre Kowalski et l’acteur Eastwood (certains reprocheront d’ailleurs ces similitudes) et voir dans la mort du vieux monsieur bougon un hommage à ces rôles de flics ou de cow-boy sans concession. C’est d’ailleurs, peut-être une des raisons pour lesquelles ce film a énormément marché aux Etats-Unis, étant le plus gros succès, en terme de box-office d’un film d’Eastwood.

Gran Torino de Clint Eastwood | Scénario de Nick Schenk et Dave Johannson | Photographie de Tom Stern | Musique de Kyle Eastwood et Michael Stevens, Chanson du film de Jamie Cullum | Avec Clint Eastwood, Bee Vang, Ahney Her, Geraldine Hughes, John Carroll Lynch | Etats-Unis | 2008 | 111 min. | Drame et Thriller | Distribué par Warner Bros. | Crédit photographique : Warner Bros.