Synecdoche, New York de Charlie Kaufman

0
Posted 1 avril 2009 by Cédric Le Men in

Rating

Réalisation
0%


Casting
0%


Scénario
0%


Photo
0%


Musique
0%


Intérêt
0%


Total Score
0%


 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
by Cédric Le Men
Full Article

Sortie le 1er avril 2009

SYNECDOCHE
n. f. (du grec sunekdokhê, « compréhension simultanée »). Figure de rhétorique qui consiste à prendre :
- La partie pour le tout (le grand écran pour le cinéma),
- Le tout pour la partie (la loi pour la police),
- L’espèce pour le genre (voleurs pour criminels),
- Le genre pour l’espèce (les mortels pour les hommes),
- La matière pour l’objet (ivoire pour touches de piano),
- Le singulier pour le pluriel, ou inversement,
- Le plus pour le moins, ou inversement…

NEW YORK
Officiellement City of New York, autrement connue sous les noms et abréviations de New York City, NY ou encore NYC, est une ville du nord-est des États-Unis, située dans le sud-est de l’État de New York, sur la côte Atlantique. La commune s’étend sur cinq circonscriptions administratives ou « boroughs » : Manhattan, Brooklyn, le Queens, le Bronx et Staten Island. Elle compte plus de huit millions d’habitants et s’étend sur une superficie de 1 214 km². Elle porte parfois les surnoms suivants : « Big Apple »1, « The city that never sleeps »2 et Gotham3.

Voilà tout le film, essentiellement (avec toute la rigueur étymologique de ce terme galvaudé). Rares sont les films dont tout le sens tient finalement dans leur titre, mais celui-ci en fait étonnamment partie. Charlie Kaufman, dont c’est le premier long-métrage en tant que réalisateur, accouche d’une œuvre aussi complexe qu’ambitieuse, qui ne touchera certainement pas un public très large, en dépit de ses évidentes qualités. Une somptueuse et monstrueuse mise en abyme qui n’a d’égal que la mégalomanie de son créateur, le dramaturge Caden Cotard, interprété par le brillant Philip Seymour Hoffman. Voguant de déception en trahison après le départ de sa femme et de sa fille pour l’Allemagne, celui-ci va s’enfermer dans sa propre folie créatrice et mettre en scène une œuvre proprement pharaonique, dont le gigantisme le dépasse. Une œuvre dans laquelle le monde, la vie, jouent leur propre rôle.

Charlie Kaufman, c’est, au départ, un scénariste virtuose, dont le monde découvrira l’univers décalé, complètement « barge », avec Dans la peau de John Malkovitch, que réalisera son ami Spike Jonze4 en 1999. Il revient deux ans après avec Human Nature, premier film d’un autre célèbre réalisateur de clip, bien de chez nous celui-là, Michel Gondry. L’année suivante, George Clooney lui fera les yeux doux et il signera le scénario de Confessions d’un homme dangereux, avant de livrer un script déroutant, encore une fois mis en images par Spike Jonze : celui d’Adaptation, dans lequel le personnage principal s’appelle tout simplement… Charlie Kaufman !

Adepte de la mise en abyme, Kaufman aime placer ses personnages au sein d’intrigues qui se regardent elles-mêmes. Qu’il s’agisse de John Malkovitch jouant son propre rôle dans un film portant son nom et dans lequel il est incarné par la quasi-intégralité du casting ; de Nicholas Cage portant le nom de Charlie Kaufman et de son jumeau Donald, tous deux scénaristes ; ou de ce Synecdoche, New York, qui porte cette idée à son paroxysme en proposant plusieurs niveaux de mise en abyme. Tout d’abord, classique, celle qui consiste à représenter le théâtre au cinéma, la scène sur le grand écran. Ensuite, celle consistant à faire de son personnage principal un écrivain comme lui. Enfin, ce personnage qui, obsédé par la vie et son réalisme, va décider de la reproduire, en dieu bienveillant, quitte à revivre sa propre existence, mise en scène…

Son crédo ? « I know how to do it now. There are nearly thirteen million people in the world 5. None of those people is an extra. They’re all the leads of their own stories. They have to be given their due. »6. Une vision de génie qui puise son énergie dans l’urgence de la maladie et de la mort : Caden apprend qu’il est la victime d’une maladie mystérieuse qui attaque son système nerveux et qui, selon les médecins, devrait le terrasser d’un jour à l’autre. Il quitte tout et se dédie à cette célébration de l’ordinaire, cette ode à la vie, qu’il exige la plus rigoureuse possible. Un projet qui grandit sans cesse et dépasse rapidement le cadre de la représentation.

Difficile à suivre car extrêmement complexe, le scénario claudique parfois à cause de ses quelques transitions casse-gueule. Les ellipses, insérées sans aucune logique ni préparation dans la trame, perdent le spectateur et l’on se demande à plus d’une reprise si ce que l’on voit est réel ou fantasmé. De la même façon, certains parti-pris narratifs ou esthétiques nous font nous poser la même question. C’est oublier que le film est vu au travers du regard de Caden, qui se voit vieillir, qui se sent vieux, qui est malade et pour qui le monde extérieur est infiniment moins réel que sa monumentale création.

Le scénario claudique, donc, mais ne chute jamais. La faute au jeu encore une fois somptueux d’un acteur qui, bien que génial, aura mis de longues années à obtenir un rôle à sa véritable mesure. Qui aurait pu prédire que de scientifique crétin dans le Twister de Jan de Bont, il incarnerait de façon aussi magistrale Truman Capote dans Capote de Bennett Miller ? Que d’un rôle insignifiant et inutile dans Guet-apens de Roger Donaldson il jouerait un rôle aussi signifiant et indispensable que celui qu’il tient dans Magnolia de Paul Thomas Anderson ? Ou que Philip Seymour Hoffman jouerait le personnage d’un personnage dans la vie de la vie de cette synecdoque aux dimensions universelles ?

Ce film n’attirera pas foule, surtout face aux autres sorties de la même date, infiniment plus facile d’accès. Il est toutefois indispensable de préciser que bien que probablement divertissants, on peut affirmer sans trop prendre de risque que rares seront ceux qui proposeront une telle richesse, une telle profondeur.

À bon entendeur, salut !

Synecdoche, New York de Charlie Kaufman | Scénario de Charlie Kaufman | Photographie de Frederick Elmes | Musique de Jon Brion | Avec Philip Seymour Hoffman (Caden Cotard), Samantha Morton (Hazel), Catherine Keener (Adele Lack), Michelle Williams (Claire Keen), Jennifer Jason Leigh (Maria) et Emily Watson (Tammy) | Etats-Unis | 2009 | 125 minutes | Distribué par Ocean Films | Crédit photographique : Ocean Films.

  1. « La grosse pomme ». []
  2. « La ville qui ne dort jamais ». []
  3. Surnom attribué par l’écrivain Washington Irving. []
  4. Célèbre réalisateur de vidéos musicales, il signe notamment Cannonball de The Breeders, Da Funk de Daft Punk, It’s Oh So Quiet de Björk, Praise You de Fatboy Slim ou encore Sabotage des Beastie Boys… []
  5. Il faut probablement comprendre dans cette citation que Caden ne parle que de New York et son agglomération. Effectivement, le monde dans son ensemble compte aujourd’hui un peu plus de 6,7 milliards d’habitants. []
  6. Je sais comment faire, maintenant. Il y a environ treize millions de personnes dans le monde. Aucun n’est un figurant. Ils sont tous les rôles principaux de leur propre histoire. On doit leur donner ce qui leur revient. []

Le Rédacteur

Cédric Le Men
avatar

Rédacteur en chef du magazine When you have to shoot, shoot, don't talk.

0 Commentaire



Be the first to comment!


Poster une réponse

(required)


Notifiez-moi des commentaires à venir via email. Vous pouvez aussi vous abonner sans commenter.

Derniers articles publiés
 
  • DP_Complainte7_light
  • 81%
    nickfury
  • 83%
    Huis clos - vignette
  • 80%
    La Guerre est déclarée - vignette
  • 63%
    the-vow (1)
  • 50%
    30-minutes-or-less-Affiche-3
  • 87%
    OP Concert KEANE_blog ban
  • 77%
    IMG_0003
  • 19793152
  • 65%
    Françoise Gründ Khaznadar au FIAP Jean Monnet