Le Bon, la brute et le truand de Sergio Leone
Le Bon, la brute et le truand est chronologiquement le troisième volet des aventures de l’Homme sans nom réalisé par Sergio Leone après Pour une poignée de dollars tourné en 1964 et Et pour quelques dollars de plus réalisé en 1965. On revient ici aux premières aventures de notre personnage. Ainsi, à la fin du film, il récupère le poncho qu’il ne quittait pas dans les deux longs métrages précédents.
Si l’idée de tourner un western en pleine guerre civile serait venue de Luciano Vincenzoni, le sujet ne pouvait que toucher le réalisateur italien qui avait connu la guerre pendant son enfance en Italie. Sergio Leone explique ses intentions avec ce projet: « J’ai commencé Le Bon, la brute et le truand comme les deux premiers mais cette fois avec trois hommes à la recherche d’un trésor. Ce qui m’intéressait dans le film était, d’une part, de démythifier les trois adjectifs et, d’autre part, de montrer l’absurdité de la guerre. Qu’est-ce que « bon », « brute » et « truand » signifient? Nous avons tous quelque chose de bon, de mauvais et de laid en nous. Certaines personnes paraîssent vraiment horribles mais quand on apprend à les connaître, on réalise qu’elles valent mieux que ça. Quant à la Guerre Civile que les personnages rencontrent sur leur chemin, pour moi, c’est une chose stupide et inutile. On y trouve pas de « bonne cause »… Je montre un camp de concentration du Nord en pensant aux camps nazis avec leurs orchestres juifs. Tout ceci ne veut pas dire qu’il n’y a pas lieu de rire dans le film. Derrière ces aventures tragiques se cache un esprit picaresque. » Voilà, le maître à parler et plus de cinquante ans après le film a encore de beaux restes devant lui…
Le Bon, la brute et le truand raconte l’histoire de trois as de la gâchette qui durant la guerre de sécession sont à la recherche d’un chargement d’or disparu. Le premier à être présenté est Tuco Benedicto Pacifico Juan Maria Ramirez (le truand, appelé simplement Tuco, interprété par Eli Wallach), un criminel ayant commis de nombreux délits et dont la tête est mise à prix. Tuco est de connivence avec Blondin (le bon, interprété par Clint Eastwood) : Blondin livre Tuco aux autorités, encaisse la prime de l’arrestation, et libère ensuite son complice au moment où celui-ci est pendu. Les deux se partagent ensuite le butin et refont la même opération dans les comtés voisins. Durant ce temps, un troisième personnage nommé Sentenza (la brute, interprété par Lee Van Cleef), un tueur sans pitié, apprend l’existence d’un coffre contenant 200 000 dollars en pièces d’or volés à l’armée sudiste, caché par un soldat nommé Bill Carson. Il commence donc à chercher plus d’information à ce sujet. . Tuco sait que le trésor se trouve dans un cimetière, tandis que Joe connaît le nom inscrit sur la pierre tombale qui sert de cache. Chacun a besoin de l’autre. Mais Setenza est également dans la course.
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Le Bon, la brute et le truand – bande-annonce – 1968
A l’originel, le fil film s’appelaient The Magnificent Rogues, les « rogues » étant des justiciers solitaires et c’est Luciano Vincenzoni (l’un cinq des scénaristes du film) qui a trouvé le titre définitif du film et qui reste donc dans la mémoire comme un des films majeurs de l’histoire. Des plans à la brutalité de l’époque, du soin apporté à l’histoire revisité des Etats-Unis, malgré quelques erreurs factuelles, de l’intensité des personnages à son histoire simple, chargé de symboles, comme par exemple la somme que les trois hommes recherchent qui est de 200 000 dollars soit l’exact budget du premier film de la série intitulé Pour une poignée de dollars.
« Mais 200 000 dollars c’est une somme et cette somme, il faut la gagner »
Clin d’œil du réalisateur sur ce qui allait être l’un des films, avec Il était une fois dans l’ouest qui allait asseoir Leone dans la légende des grands réalisateurs, n’en déplaise d’ailleurs aux commentateurs de l’époque qui ont vu dans ce film muet pendant les dix premières minutes comme la fin du cinéma, d’un certain cinéma.
Mais dans Le Bon, la brute et le truand, il y a une association d’acteurs, de talent, comme le compositeur Ennio Morricone qui signe ici une bande originale d’une très grande puissance. D’ailleurs, pour la petite histoire, pour composer le célèbre air du Bon, la brute et le truand, Ennio Morricone se serait inspiré du cri de la hyène avec son énergie et son agressivité. Le morceau est repris à de très nombreuses fois dans le film comme une sorte de ponctuation du récit. Le compositeur est resté très célèbre pour ses musiques de film est notamment celles des westerns spaghettis. Véritable mythe fondateur d’un nouveau genre de western, plus brute, plus incisif, faisant plus appel au visuel qu’à des symboles, comme en témoigne les différentes scènes d’exécution, du fort, de l’attaque du pont, qui sont toutes restées comme des scènes mythiques. D’ailleurs, faire sauter le pont a été vraiment dangereux pour ses acteurs, à tel points qu’Eastwood failli y laisser un membre.
Le Bon, la brute et le truand est un western désenchanté sur l’absence de raison pour se battre, sur l’opportunisme individuel qui prime sur le collectif. L’amorce d’une société occidentale dans tous ses travers acctuels, qui sont pourtant montré d’une manière compréhensive dans le film puisque l’on s’attache à ces personnages qui n’ont rien pour plaire de prime abord. Mais C’est surtout le rôle de Tuco qui nous émeut puisque c’est celui qui est le plus développé ici, avec son frère, sa vie suggérée, sa façon de parler, de se tenir et de s’exprimer, sans compter également ses petites phrases qui font mouche à tous les coups. Pour sa part, le personnage de l’homme sans nom, incarné par Clint Eastwood et qui apparaît dans Le Bon, la brute et le truand, Pour une poignée de dollars et Et pour quelques dollars est inspiré par Toshirô Mifune dans Yojimbo et Sanjuro, les deux films de samouraïs décalés d’Akira Kurosawa.
Une suite était prévue, Luciano Vincenzoni écrira le scénario mais Sergio Leone s’opposera toujours à ce que le projet voie le jour même avec un autre réalisateur, allant même jusqu’à interdire l’usage du titre du film. Eastwood refusera de participer au tournage d’Il etait une fois dans l’Ouest et cela marquera d’ailleurs la fin de leur collaboration. Il devait de toute façon mourir, avec les deux autres, Eli Wallach et Lee Van Cleef dès la première scène du train. Il craignait que son image en pâtisse.
Le Bon, la brute et le truand (Il Buono, il brutto, il cattivo) de Sergio Leone | Scénario de Luciano Vincenzoni, Sergio Leone, Furio Scarpelli, Agenore Incrocci et Sergio Donati | Photographie de Tonino Delli Colli | Musique d’Ennio Morricone | Avec Clint Eastwood, Eli Wallach, Lee Van Cleef, Lee Van Cleef, Luigi Pistilli, Rada Rassimov, John Bartha, Antonio Casale, Lorenzo Robledo, Aldo Giuffre, Aldo Sambrell | Italie et Espagne | 1966 | 180 min. | Western







































