Dead Man’s Shoes de Shane Meadows

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Posted 22 mai 2009 by Dextarian in Télé/ Medias

Dead Man’s Shoes est le quatrième film de Shane Meadows, après Once Upon a Time in the Midlands (2002), A Room for Romeo Brass (1999) et 24 heures sur 24 (Twenty Four Seven) qui permettra à Bob Hoskins d’obtenir le prix européen du meilleur acteur au festival de Berlin. Le réalisateur est maintenant connu et suivi de près depuis This Is England, véritable film coup de poing sur la culture Skinhead, la violence et le racisme durant les années 1980, c’est-à-dire les (douloureuses) années Thatcher, un des thèmes récurrents du metteur en scène.

L’histoire de Dead Man’s Shoes est donc simple. Richard (Paddy Considine), un soldat désaffecté et désenchanté, véritable Rambo des temps modernes, suivi de son frère Anthony (Toby Kebbell), revient dans sa ville natale des Midlands. Richard a la ferme intention de venger son frère qui a fait l’objet de maltraitances de la part de la population locale et plus particulièrement de la bande de voyous. Et c’est ainsi que va démarrer une vengeance savamment orchestrée.

Estampillé comme « un revenge-thriller britannique réaliste », « percutant et sans concession », Dead Man’s Shoes lorgne sur le film indépendant et d’auteurs plutôt que sur un teenage movie. En fait, la vengeance n’est que la toile de fond à ce qui apparaît comme une histoire de famille et un retour aux sources dans une petite ville des Midlands. Ce thème est d’ailleurs cher au réalisateur, comme le montre le reste de sa filmographie. L’image se veut réaliste par son côté sombre et les décors s’y prêtent d’ailleurs bien. Nous sommes très loin d’un Londres ou de l’image d’Épinal des cottages que l’on peut souvent se représenter. Ici, c’est juste la campagne anglaise, avec ce qu’il y a d’ennui et de petits trafics en tout genre pour pouvoir exister. Cette vision se veut réaliste, au dépend d’ailleurs de l’intrigue.

C’est une histoire de famille, aussi bien par le thème que par la fabrication, puisque la famille Considine, comme la famille Meadows constitue l’essentiel du casting. Le film semble d’ailleurs assez fauché. Les rues de la ville sont complètement désertes, et peu d’acteurs au final sont présents au générique. Mais cette impression permet aussi de rentrer encore plus dans l’univers des Midlands, régions de laissés-pour-compte de l’Angleterre. D’ailleurs, véritable symbole de l’interruption de croissance économique, le film nous montre une très belle 2 CV (elle est d’ailleurs au centre des seuls passages véritablement comiques du film). Si l’action ne s’y déroulait pas dans les années 2000, on pourrait presque s’y perdre.

Le rôle principal, tenu par Paddy Considine (24 Hour Party People, The Bourne Ultimatum, Hot Fuzz), coauteur du scénario, est réellement intriguant et très bien interprété. L’histoire étant dure, Considine donne le ton avec un personnage torturé et assoiffé de vengeance, avec un regard à glacer le sang, bien décidé à en finir avec tous ceux qui ont fait du mal à son frère.

Le final du film semblera un peu grandiloquent. Le réalisateur joue en effet sur plusieurs tableaux, lorgnant tout autant vers l’underground efficace et percutant dans un premier temps et dans un second temps vers un film à morale, où la notion de justice prend ici une autre saveur. C’est d’ailleurs un peu les regrets que l’on pourrait avoir. Ne sachant pas vraiment où se positionner, le spectateur est plongé dans une univers qu’il ne maîtrise pas.

On est assez loin des standards hollywoodiens où la psychologie des personnages est plus codifiée, on se rapproche plutôt de l’Asie, avec des personnages souvent grisés, ni tout à fait blanc, ni tout à fait noir. C’est le cas dans ce film, puisque cette vengeance non seulement obnubile Richard, mais le détruit. On sent que d’ailleurs le parallèle avec Rambo (le premier du nom, les autres n’existent pas hormis pour le côté second degré du plaisir jouissif à voir des actions movies) n’est pas si loin, ce dernier étant réellement atteint par la guerre. Le côté désabusé dans les traits de Considine, est peut-être encore plus poignant que dans ceux de Stallone, quelques vingt années plus tard.

Dead Man’s Shoes de Shane Meadows | Scénario de Paddy Considine et Shane Meadows | Photographie de Danny Cohen | Musique d’Aphex Twin | Avec Paddy Considine (Richard), Gary Stretch (Sonny), Toby Kebbell (Anthony), Jo Hartley (Jo) et Emily Aston (Patti)


Le Rédacteur

Dextarian
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Le rédacteur ciné le plus prolifique (et je ne tiens pas à perdre ce titre!)

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