Terminator Renaissance de McG
Sortie le 03 juin 2009
Si une seule chose devait être à retenir de Terminator 3 : Rise of the Machines en 2003, c’est qu’il n’est vraiment pas facile de passer après un génie de la trempe de James Cameron. Jonathan Mostow, pourtant porteur d’une aura plutôt favorable après le fort sympathique U-571 trois ans plus tôt, en a fait les frais et a essuyé, sinon une déculottée publique, un revers critique des plus déplaisants. C’est ainsi que, comme bien souvent, à l’annonce du réalisateur associé au projet Terminator Salvation, les fans se sont sentis défaillir. McG1, le rouquin coupable de Charlie et ses drôles de dames et sa suite, diriger un Terminator ? La belle affaire…
Dès lors, exit Claire Danes et Nick Stahl dans les rôles de Katherine Brewster et John Connor qu’ils étaient pourtant supposés tenir à nouveau dans un quatrième volet, pour accueillir à leur place la ravissante Bryce Dallas Howard et l’inégalable Christian Bale. Exit aussi Jonathan Mostow. Le pourquoi du comment ? La franchise, alors associée aux producteurs Mario Kassar et Andrew G. Vajna2, est passée en 2007 à Halcyon Company3, qui a immédiatement décidé de lancer une nouvelle trilogie de films, dont l’opus Salvation n’est que la première partie. Les scénaristes John Brancato et Michael Ferris rempilent donc quant à eux après avoir écrit Le Soulèvement des machines et livrent un scénario qui, tout en conservant évidemment la moelle de la trilogie, se permet le luxe de prendre malgré tout le spectateur à contre-pied.
C’est ainsi que Terminator Renaissance – puisque c’est là son inexplicable titre français4 – commence dans le présent pour ensuite se dérouler dans le futur (en 2018 plus précisément), là où ses aînés débutaient dans un futur dévasté pour revenir ensuite au présent. Il n’y est plus question d’un Terminator remontant dans le passé pour y assassiner Sarah ou John Connor, mais des prémices de la résistance, de comment John est passé de simple soldat à la destinée prophétique, mais soumise aux doutes et aux sarcasmes de ses dirigeants, à leader incontesté de ce bastion d’humanité.
John Connor, d’un côté, et de l’autre Marcus Wright, que le premier libère accidentellement lors de la spectaculaire opération commando menée par la résistance contre une base de Skynet qui sert d’ouverture au film de McG. Marcus Wright, un personnage que l’on pourrait à tort supposer unidimensionnel, tant le mystère autour de sa véritable nature n’est que peu entretenu, et ce depuis les premiers instants du film – puisque c’est sur ce personnage que le film débute. À tort, puisqu’il s’avère rapidement être infiniment plus travaillé et plus complexe que prévu, d’autant que le film se concentre un long moment sur ses pérégrinations.
Terminator Renaissance s’ouvre donc sur la cellule dans laquelle Marcus est détenu, attendant le moment fatidique de son exécution par injection léthale. Il est visité par le Dr Serena Kogan, qui le supplie de confier son corps au bon vouloir de ses expérimentations scientifiques, une fois passé de vie à trépas, ce qu’il finit par accepter. Flash-forward, nous sommes en 2018 et nous suivons maintenant l’avancée des forces résistantes dans une base de Skynet. Les soldats, parmi lesquels John Connor, tombent sur un mystérieux projet mené par les machines : un nouveau Terminator, à l’apparence humaine cette fois-ci, le T-800. Un goût de déjà vu pour Connor5, qui alerte immédiatement l’état-major de cette découverte. De son côté, Marcus, libéré par Connor et son équipe lors de leur attaque, tombe sur Kyle Reese – le père de John6 – et l’accompagne dans son périple pour rejoindre la résistance et John Connor afin d’échapper aux machines.
La première force du film se situe donc au niveau de son scénario, ou plutôt dans ses références aux précédents films, qui sont légion. Car, bien que le film se situe dans le futur, c’est bel et bien d’une préquelle qu’il s’agit, comme il est d’ailleurs courant en ce moment7 et McG s’attache donc à dresser l’origine du mythe Terminator avec le plus de fidélité possible, en grand admirateur du travail de James Cameron8. C’est ainsi que nous est dévoilée l’évolution des machines, l’avènement des différents modèles Terminator, y compris celui qu’incarne Sam Worthington, inconnu de John Connor9, en replaçant les personnages dans le contexte de la guerre contre les machines alors que celle-ci bat son plein, là ou Terminator 3 : Le Soulèvement des machines n’en annonçait que les prémices.
Le scénario fait donc allusion à de nombreux éléments connus, le plus important étant la présence de Kyle Reese, qui n’est autre que le père de John Connor. Un Kyle Reese adolescent, loin de l’image de survivant buriné dressé par l’excellent – et malheureusement sous-exploité – Michael Biehn, incarné ici par Anton Yelchin, que l’on a pu voir récemment dans un rôle au contre-emploi total dans le très bon Star Trek de J.J. Abrams. Kyle Reese, un jeune résistant dans l’âme qui rêve de rencontrer John Connor et qui va bientôt se retrouver accompagné et protégé par Marcus Wright, bon gré mal gré. McG joue dès lors sur l’ambivalence de la relation entre John et Kyle, annoncée par la mère de John plusieurs années plus tôt et qui pourrait se résumer ainsi : « l’enverras-tu malgré tout, si tu sais que c’est ton père ? » D’un côté de la balance, un père que John ne connaissait pas qu’il rencontre enfin adolescent et de l’autre, son devoir de résistant.
Bien que clairement orienté « action », Terminator Renaissance fait donc la part belle à une histoire infiniment moins bête qu’il ne semble, les ressorts dramatiques ne manquant pas, jusqu’à un final tellement ancré dans la mythologie de la saga qu’il ne manquera pas d’en surprendre plus d’un. Le casting, impeccable, est par ailleurs là pour soutenir l’édifice et si Christian Bale y est très bon, on saluera davantage la performance livrée par Sam Worthington, acteur quasiment inconnu dont l’essentiel de la carrière s’est faite dans des séries télévisées, avant de faire une apparition dans Rogue de Greg Mclean en 2007. Nul doute que son rôle lui a ouvert des portes, puisqu’il est en belle position au générique de l’arlésienne Avatar de James Cameron10.
Le film, en plus d’une réalisation parfaite, est encore une fois servi par des effets spéciaux absolument magnifiques, signés Charles Gibson, des décors grandioses créés par Martin Laing et une lumière particulièrement soignée, sculptée par le désormais célèbre Shane Hurlbut, qui participent activement à transformer ce 2018 de cauchemar en un univers presque palpable. Une sacrée équipe aux vues de leurs références, que la présence d’un Danny Elfman à la composition du score original ne vient pas déparer. Il compose une musique hyper dynamique, extrêmement puissante et parvient ainsi à insuffler un vent épique aux scènes d’action déjà plutôt costaudes. Et, bien sûr, la reprise du thème principal du film constitue, comme à son habitude, un grand moment de frisson.
Terminator Renaissance est donc un excellent film, dans la plus pure tradition de l’entertainment à la hollywoodienne et gagne en valeur grâce, notamment, au respect du réalisateur et de l’équipe pour une saga d’anthologie, malgré un troisième épisode résolument moins bon. Ce film-ci relève donc le niveau d’un bon cran et on espère que les piètres résultats affichés au box office américain11 ne lui réserveront pas le même sort qu’à la série Terminator : the Sarah Connor Chronicles, récemment abandonnée par les networks malgré un niveau tout à fait convenable.
Prions, mes frères, prions…
Terminator Renaissance (Terminator Salvation) de McG | Scénario de John Brancato, Michael Ferris et Jonathan Nolan | Photographie de Shane Hurlbut | Musique de Danny Elfman | Produit par Jeff Silver, Moritz Borman, Derek Anderson et Victor Kubicek | Avec Christian Bale (John Connor), Sam Worthington (Marcus Wright), Anton Yelchin (Kyle Reese), Bryce Dallas Howard (Kate Connor), Moon Bloodgood, Helena Bonham Carter, Jadagrace, Common | Allemagne, Grande-Bretagne et Etats-Unis | 2009 | 108 min. | Science-Fiction, thriller, aventure et action | Distribué par Sony Pictures Releasing France | Crédit photographique : Sony Pictures Releasing France.
- Joseph McGinty Nichol de son vrai nom. [↩]
- Producteurs célèbres et fondateurs de la firme Carolco qui a produit des grands succès du cinéma d’exploitation tels que Rambo, Piège de Cristal (Die Hard) ou Total Recall. [↩]
- Fondée quant à elle par Derek Anderson et Victor Kubicek et qui présente comme fait de guerre le plus marquant, outre l’acquisition des droits de la franchise Terminator, l’achat des droits sur l’intégralité de l’œuvre de Philip K. Dick ! [↩]
- Rappelons que le mot anglais salvation se traduit par salut, rédemption… [↩]
- Le T-800, plus précisément modèle 101, est le Terminator incarné par Arnold Schwarzenegger dans les trois premiers films de la franchise. [↩]
- N’oublions pas que dans Terminator, Kyle a été envoyé dans le passé par John lui-même afin de protéger sa mère, Sarah, du T-800 envoyé par Skynet pour la tuer. Les deux tomberont finalement amoureux et concevront John lors d’une nuit d’ébats passionnés. [↩]
- Les Batman Begins et autres X-Men Origins : Wolverine ne font que l’attester. [↩]
- L’histoire raconte qu’il lui aurait même demandé son approbation avant le tournage, ce à quoi James Cameron aurait répondu qu’il préférait se réserver le droit de ne pas aimer son film. [↩]
- Ce dernier avait été confronté à trois modèles différents : le T-800 ; le T-1000, incarné par Robert Patrick dans T2 ; et le T-X, incarnée par Kristanna Loken dans Terminator 3 : Le Soulèvement des machines. [↩]
- Date de sortie prévue au 16 décembre 2009. [↩]
- Le film a été programmé entre les sorties de grands films familiaux tels que La Nuit au musée 2 et Up, le prochain Pixar… difficile d’y survivre! [↩]









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