Le Grand Couteau de Robert Aldrich, le DVD

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Posted 2 juillet 2009 by Cédric Le Men in

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by Cédric Le Men
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Sortie le 10 juin 2009

1955, le maccarthisme agonisait après que Joseph McCarthy s’en fut pris aux responsables de l’armée américaine un an plus tôt. C’est dans ce contexte politique pour le moins particulier que Robert Aldrich tournera et sortira son troisième film la même année, The Big Knife. Considéré par beaucoup comme un des grands classiques du cinéma hollywoodien, il nous parvient aujourd’hui pour la première fois en DVD grâce à la bienveillance de l’éditeur Carlotta, toujours soucieux de redonner au grand cinéma ses disques de noblesse !


Le Grand Couteau nous narre donc les lugubres mésaventures de Charles Castle, acteur en vue à Hollywood, qui se voit contraint de signer à nouveau avec son véreux producteur Stanley Shriner Hoff, quitte à subir le courroux de sa femme Marion. En effet, ce dernier détient des informations cruciales sur le lourd passé de Charles, informations qu’il est bien entendu tout disposé à laisser circuler si sa poule aux œufs d’or décide de lui faire faux-bond. L’insoutenable tenaille, sa famille d’un côté, sa carrière de l’autre, se resserre autour de lui, inexorablement.

Film étonnamment acerbe, « metafilm » mettant en abyme le cinéma en tant qu’institution, il n’hésite pas à ruer dans les brancards en proposant des personnages proprement abjects profitant de la bonté – pour ne pas dire faiblesse – des autres pour parvenir à leurs fins. Le buriné Jack Palance, grand habitué des rôles de méchants, y campe un acteur naïf, idéaliste, un libéral solitaire, dans un pays résolument conservateur et dans une ville où la moindre erreur est intolérable. Face à lui, un Rod Steiger impeccable dans le rôle de son producteur, un homme aussi faussement affable qu’aux méthodes parfaitement discutables, qui n’hésitera pas une seule seconde à faire chanter son acteur fétiche.

Le système de production hollywoodien tel que montré dans ce film produit à l’époque par la firme United Artists – non sans ironie – est un système dans lequel l’argent, la célébrité, sont vecteurs de pouvoir. Un pouvoir dont chacun use et abuse au détriment de ceux dont ils font de véritables victimes. Charles Castle, fragilisé par l’imminence d’un divorce avec sa femme, sombre peu à peu dans la dépression, étant par nature incapable de résister à tant de pression. Ce, malgré ses pénibles tentatives afin de sauver les apparences : il se montre souriant, enjoué, répond sans rechigner aux interviews de la redoutable et redoutée Patty Benedict, journaliste dont la parole est évangile…

Le Grand Couteau est adapté par James Poe d’une pièce de Clifford Odets, et Robert Aldrich y stigmatise les turpitudes de l’industrie du cinéma, s’offrant par la même occasion une véritable catharsis par le biais de son personnage principal. Cet homme brisé, aux idéaux abandonnés, cristallise à n’en pas douter les échecs et renoncements du réalisateur, qui se plait à y décortiquer les rapports de dominants à dominés, cette façon que les hommes de pouvoir ont d’étouffer les libertés individuelles.

Malheureusement, adaptation d’une pièce oblige, le film souffre d’une trop grande théâtralité dans son interprétation pour être apprécié pleinement aujourd’hui. Filmé en quasi huis clos, de façon ultra conventionnelle, la mise en scène est bien souvent trop statique et le film, malgré une thématique aussi forte – et, à n’en pas douter, toujours d’actualité –, étire son discours sur d’interminables minutes. Jack Palance et l’essentiel du casting y font une grande démonstration de pantomime, empruntant des attitudes et postures proprement incompréhensibles, tuant dans l’œuf toute velléité, tout semblant d’émotion.

Techniquement parlant, ce DVD propose le film dans un nouveau très beau master, compte tenu de son âge. Persistent quelques défauts de pellicule, mais l’image comme le son sont tous deux irréprochables. Côté bonus, on aura droit à une introduction d’une douzaine de minutes sur le film par Marc Cerisuelo, professeur à l’université de Provence et fin connaisseur du cinéma hollywoodien d’après-guerre, ainsi que les bandes-annonces du film. C’est déjà bien, d’autant que cette présentation est passionnante, mais on aurait adoré disposer de davantage de renseignements sur la période, le contexte du film lors d’un éventuel documentaire qui se fait donc cruellement désirer.

Le Grand Couteau mérite donc d’être vu pour le discours qu’il déploie. Les amateurs de grands classiques et autres étudiants en cinéma se verront par conséquent dans l’obligation de se procurer cette édition, qui plus est présentée dans un fourreau cartonné du plus bel effet.

Le Grand Couteau (The Big Knife) de Robert Aldrich, scénario de James Poe, d’après la pièce de théâtre de Clifford Odets | Photographie de  Ernest Laszlo | Musique de Frank De Vol | Avec Jack Palance (Charles Castle), Ida Lupino (Marion Castle), Rod Steiger (Stanley Shriner Hoff) et Shelley Winters (Dixie) | Caractéristiques techniques : 111 minutes ; Noir et blanc ; 4/3 (format 1.33 respecté) ; version originale sous-titrée en français et version française | Crédit photographique : Carlotta Films


Le Rédacteur

Cédric Le Men
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Rédacteur en chef du magazine When you have to shoot, shoot, don't talk.

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