Thunder Bay – Le Port des passions d’Anthony Mann, le DVD

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Posted 7 août 2009 by Cédric Le Men in

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by Cédric Le Men
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Sortie le 24 juin 2009

Petit à petit, les éditeurs DVD comblent les lacunes des catalogues de publication, qui s’enrichissent bien souvent de nouvelles sorties, au détriment des classiques du cinéma, pourtant fondamentaux. Opening nous gratifie donc d’une sortie pour le très bon Thunder Bay – Le Port des passions de l’illustre Anthony Mann. Nous y retrouvons James Stewart, qui signait là son quatrième film sous la direction du réalisateur, après le succès, notamment, de Winchester ‘73 en 1951, et avant le fabuleux L’Homme de la plaine en 1955.

Dans ce film, il incarne Steve Martin, un ingénieur tout juste démobilisé de l’US Navy et qui convainc un investisseur de le laisser diriger la construction d’une plate-forme pétrolière au large des côtes de la Louisiane. Accompagné par son associé Johnny Gambi, il va rapidement se heurter à l’hostilité d’une communauté locale de pêcheurs à la crevette cadiens, qui s’inquiètent, à juste titre, de l’incursion de Martin et de ses hommes dans leurs eaux, eux qui, déjà, peinent à vivre de leur pêche. Dès lors, tous les moyens seront bons pour tenter de les faire fuir. Mais Steve Martin, opiniâtre, n’est absolument pas disposé à abandonner son rêve, son œuvre.

À la lumière de la crise écologique que nous subissons aujourd’hui, le film propose une thématique et un propos qui sont pour le moins contestables. Cependant, s’en offusquer serait faire l’impasse sur tout un pan de la culture nord-américaine et leur relation au pétrole, tout particulièrement dans la deuxième moitié des années quarante, alors que l’Amérique sort tout juste de la Grande Guerre. À l’époque, loin des considérations actuelles, trouver du pétrole afin de faire avancer le « progrès » est considéré comme un devoir patriotique. Anthony Mann dépeint donc un univers où deux cultures et deux positions – aussi justes l’une que l’autre, placées dans leur contexte historique – se confrontent : d’un côté, les pêcheurs, symboles d’un certain traditionalisme, qui peinent à comprendre les motivations de Steve Martin. De l’autre, Martin, Gambi et leur équipe, résolus à aller au bout de leurs espoirs, quitte à s’attirer les foudres des pêcheurs, au nom de la Nation, au nom de valeurs supposément progressistes. Deux cultures opposées, qui devront trouver un moyen de coexister. C’est finalement une métaphore assez juste de la situation actuelle, tout bien considéré.

Ce film nous est donc livré dans un simple boîtier Amaray1, doublé toutefois d’un très beau fourreau cartonné dont le visuel rappelle un des moments forts du film : le premier véritable affrontement « violent » entre Steve Martin et la population locale, lors duquel il tente de les faire fuir en leur lançant des bâtons de dynamite. Loin de ses personnages de grand timide ou d’homme vertueux, James Stewart interprète ici un homme que son passé oblige à se surpasser, qui cherche à se prouver qu’il est capable de parvenir à ses fins, et qui se donne les moyens de le faire, quitte à devoir résister coûte que coûte à l’hostilité locale – et à s’attirer au passage l’antipathie du public à plusieurs occasions. Un contre-emploi bienvenu.

Un casting plutôt inspiré, tous les personnages étant plutôt hauts en couleurs, dans une mise en scène sublimée par un master de très bonne qualité, d’autant plus que l’éditeur y a mis les formes : bien que tourné au format standard 1.37, le film fut, pour une raison qui frôle l’incompréhensible, projeté à l’époque au format 1.85, en rognant donc l’image en haut et en bas de l’écran. Opening nous fait par conséquent l’honneur d’une sortie au format d’origine du film, ce qui est un plus considérable pour tout amateur de classiques et tout cinéphile qui se respecte. Malheureusement, cette édition est avare de bonus, c’est là son seul véritable défaut, puisqu’elle ne propose qu’une courte introduction du film par le critique Dominique Rabourdin ainsi que d’inutiles bandes-annonces2. Ceci étant dit, ces classiques se suffisent à eux-même et n’ont pas forcément besoin de se parer d’encombrants et redondants atours.

Thunder Bay – Le Port des passions est donc un excellent film d’aventures et d’action dans le plus pur style des années cinquante. Un cocktail explosif de personnages, de péripéties et d’histoires d’amour qui garde ce charme un peu désuet propre à cette époque de l’histoire du cinéma et qui fait mouche à presque tous les coups quand il est préparé par un maître de la trempe d’Anthony Mann.

À voir et à revoir !

Thunder Bay – Le Port des passions de Anthony Mann | Scénario de Gil Doud et John Michael Hayes Photographie de William H. Daniels | Musique de Frank Skinner | Avec James Stewart (Steve Martin), Dan Duryea (Johnny Gambi), Joanne Dru (Stella Rigaud), Gilbert Roland (Teche Bossier), Marcia Henderson (Francesca Rigaud) et Jay C. Flippen (Kermitt MacDonald) | Etats-Unis | 1953 | 99 min. | couleurs ; format 1.37 – 4/3 ; version originale sous-titrée et version française mono | Crédit photographique : Opening

  1. Amaray est un fabricant de boîtiers DVD, globalement dominant sur le marché. Il s’agit des boîtiers simples, généralement noirs avec un range-jaquette transparent, que l’on trouve sur la plupart des DVDs distribués dans le commerce. []
  2. À quoi bon mettre en bonus les bandes-annonces d’un film que l’on peut voir en intégralité ? Mystère… []

Le Rédacteur

Cédric Le Men
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Rédacteur en chef du magazine When you have to shoot, shoot, don't talk.

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