Duel de Steven Spielberg
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Duel est le premier film d’un jeune réalisateur, Steven Spielberg, âgé de 25 ans. Ce film était destiné à la télévision, mais après le succès de sa diffusion sur ABC, en novembre 1971, il sortira en salles. C’est donc une ambiance très téléfimesque mais avec un souci de mise en scène assez impressionnant déjà que commença la carrière du célèbre réalisateur. Le film devait être tourné en 10 jours mais vu la qualité de production de Steven Spielberg il a été rallongé en 13 jours, et avec un budget de 375 000 dollars. Cela mécontenta fortement le studio, qui ne le regrettera pas pourtant par la suite puisque le film sorti à la télévision fut un véritable succès…
La particularité de Duel est son histoire simple. En effet, c’est un thriller mettant en scène un représentant de commerce, interprété par Dennis Weaver, dont la vie est menacée par un poids lourd sur des routes désertes des Etats-Unis : tout le film va consister en une longue course poursuite sur les routes du désert de Californie. L’horreur du film vient en grande partie du fait que l’on ne voit jamais le visage du chauffeur du camion (on ne voit que ses pieds quand il descend du camion, et parfois son bras) et que l’on ne sait rien de ses motivations profondes et surtout pourquoi il s’en prend à cet homme en particulier…
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Duel – trailer –1971
Le titre, Duel, annonce dès le début l’analogie avec le genre du western, et plus particulièrement du western spaghetti : le combat se déroule dans de grands espaces qui évoquent les étendues désertiques du Bon, la Brute et le Truand (Sergio Leone, 1966), mais l’intérêt pour Spielberg était d’avoir un endroit ou décor qui fasse ressortir le rouge (la proie) de la plymouth et le camion rouillé presqu’anachronique comme le poursuivant implacable, dont on ne connaît pas la motivation. le conducteur du camion, Carey Loftin, que l’on n’aperçoit jamais, était à l’époque un cascadeur bien connu à Hollywood. Il était renommé pour être un excellent conducteur. Engagé surtout pour faire des courses-poursuites, il a travaillé dans des films comme Bullitt, Les Diamants sont éternels et French Connection. Né en 1914, il a pris sa retraite en 1990 et est mort en 1997.
Duel est une métaphore entre un monde qui bouge et un homme statique. Le conducteur de la voiture est un homme moderne, bien dans son temps et son époque. Il a une voiture rutilante, ne cherche pas nécessairement les problèmes et se demande pourquoi quelqu’un lui en veut alors qu’il sait se fondre dans le décor. C’est surtout la voix off qui nous suggère tout cela et qui nous fait prendre conscience que ce pauvre chauffeur, c’est un peu chacun de nous, avec nos forces mais surtout nos faiblesses, comparées au chauffeur de ce poids lourd qui semble d’un autre âge, et incarne surtout un homme, un vrai.
Le combat du moderne contre l’ancien semble donc émailler en filigrane le film, tout comme la volonté de mettre en avant une véritable duel à mort entre deux époques, que tout oppose. C’est pour cela que les références aux films de Leone n’est pas seulement pour faire bien mais parce qu’également chez le réalisateur italien, il y avait souvent cette épisode entre la génération montante et celle qui avait connu la gloire, tout comme cet esprit de changement. Le fait que le camion soit rouillé, mal entretenu, suggère une fin d’époque, totalement révolue et qui appartient définitivement au passé. Mais pour enterrer cette époque, il faut que l’homme a la voiture sache se dépasser. Spielberg joue énormément sur les sentiments qui émaillent chez l’homme, tout comme ses doutes et ses joies lorsqu’il pense se débarrasser du camion, qui revient pourtant toujours et encore… Il arrivera finalement à s’en défaire, au pris d’une longue chute de ce dernier… Ainsi, tout à la fin du film, quand le camion chute, on entend un bruit de ferraille se pliant. Véritable souffrance et qui relève d’ailleurs le coté humain de cette machine, très rouillé et pourtant qui nous rappelle un animal qui souffre… Ce son sera d’ailleurs pour le film de Spielberg « Les dents de la mer », quand le requin meurt à la fin, ce bruit nous revient, comme un rappel des débuts du réalisateur…
Duel a sû, par son histoire simple et efficace, poser les jalons de ce que sera les codes du réalisateur : donner autant du spectacle à ses films qu’une certaine vision de la société, certes conformiste pour certains mais qui dénote du changement opéré dans les années 1970 et qui se poursuivra dans les années 1980. Le réalisateur a déjà une très bonne culture cinématographique à l’époque et nous le sert sur un plateau à travers ce qui n’aurait dû être qu’un simple téléfilm pour le vendredi soir. C’est tout le talent et le génie, qui a pu donner libre court à travers une histoire simple, à des thèmes qui sont passionnants et surtout toujours, d’actualité.
Duel de Steven Spielberg | Scénario de Richard Matheson | Photographie de Jack A. Marta | Musique de Billy Goldenberg | Avec Dennis Weaver, Eddie Firestone, Gene Dynarski, Lou Frizzell, Gene Dynarski, Lucille Benson, Shirley O’Hara, Carey Loftin | Etats-Unis | 1971 | 92 mpin. | Thriller |







































