Affreux, sales et méchants d’Ettore Scola
Resortie le 8 juillet 2009
Affreux, sales et méchants d’Ettore Scola, considéré comme le plus français des réalisateurs italiens1, a bénéficié d’une ressortie au cinéma le 8 juillet 2009 et c’est pour nous l’occasion de (re)voir et (re)découvrir cette oeuvre.
Dans un bidonville situé sur une des hauteurs de Rome, le patriarche Giacinto (Nino Manfredi) règne en tyran sur sa nombreuse famille, composée d’enfants, petits-enfants, maris et femmes. Tous acceptent son autorité et sa mauvaise humeur, car le patriarche possède un magot, un dédommagement important suite à un accident de travail qui lui a coûté un œil, que chacun espère bien lui voler. Chaque jour, il lui faut trouver de nouvelles cachettes et défendre son bien, fusil en main. Mais lorsqu’il décide d’installer sa concubine fraîchement rencontrée dans le baraquement, la révolte gronde et la famille commence à élaborer un stratagème pour s’emparer du butin hautement convoité, quitte à se débarrasser de l’odieux chef de famille.
Le casting est composé d’acteurs professionnels (Nino Manfredi), mais aussi d’acteurs non professionnels choisis parmi les habitants de bidonville, notamment la plupart des enfants. Il a été tourné à Rome, dans le quartier Monte Ciocci. Présenté au festival de Cannes en 1976, Affreux, sales et méchants a permis à Ettore Scola d’y remporter le Prix de la mise en scène. La qualité de la photographie y est sûrement pour quelque chose.
Affreux, sales et méchants est ainsi admirablement réalisé. En effet, si l’histoire est simple, le ton est très vite donné dès les premières minutes où, à travers un long plan séquence, toute la famille est présentée, et on peut déjà sentir les rapports qui règnent entre eux, faits de tensions, de tentations et aussi de désinvoltures. Ce dernier mot est choisi sciemment, bien que le décor présenté, le bidonville de Rome, ne s’y prête pas. Mais le film se situe dans les années soixante-dix et il flotte comme une certaine légèreté dans cet enfer de crasse, de malnutrition, de larcins divers et variés pour continuer à (sur)vivre. La caméra suit les différents acteurs sans réellement faire de plans serrés et donne souvent l’illusion que l’on regarde un documentaire.
En effet, Ettore Scola imaginait d’abord le film comme un documentaire sur les bidonvilles de Rome2 avant de se raviser. L’aspect fictionnel de l’ensemble permet pourtant une plongée réaliste dans les tâches quotidiennes domestiques, comme lorsque la caméra suit la petite fille de la famille qui va chercher de l’eau ou encore lorsque celle-ci amène tous les enfants jouer dans ce qui sert de parc, à savoir une cage faite de palette et de grillages récupérés et où quelques ustensiles servent à l’amusement de la petite troupe.
Á l’origine, Ettore Scola souhaitait que Pier Paolo Pasolini, le réalisateur sulfureux de Théorème et Salò ou les 120 journées de Sodome, écrive et récite une préface au film. Le cinéaste italien devait y faire un parallèle avec son Accattone3 qui évoquait, quinze ans plus tôt, la situation des petites gens. Malheureusement, il fut assassiné avant le tournage et ce passage ne put se réaliser.
Affreux, sales et méchants est une œuvre plaisante à regarder et constitue une leçon de cinéma. On s’étonne d’ailleurs que des comédiens, qui ne sont pas tous professionnels, arrivent autant à porter le film, même si Nino Manfredi y est pour quelque chose, gesticulant et hurlant sans cesse et donnant le tempo au déroulement de l’histoire, qui reste toujours d’actualité.
Affreux, sales et méchants (Brutti, Sporchi e Cattivi) d’Ettore Scola | Scénario de Ruggero Maccari et Ettore Scola | Avec Nino Manfredi (Giacinto Mazzatella), Linda Moretti (Matilde Mazzatella), Francesco Annibaldi (Domizio), Ettore Garofalo (Camillo), Franco Merli (Fernando), Maria Bosco (Gaetana), Maria Luisa Santella (Iside) | Italie | 1976 | 111 min. Date de sortie : 15 Décembre 1976 , date de reprise : 8 Juillet 2009. | Crédit photographique : Carlotta Films
- Il a notamment remporté le César du meilleur réalisateur pour Le Bal en 1983. [↩]
- Comme ces derniers ne plaisaient pas au réalisateur, celui-ci a fait construire son propre bidonville qu’il a volontairement placé face à la coupole de la basilique Saint-Pierre de Rome, d’où cette vue imprenable du monument lorsque la caméra suit les différents protagonistes. [↩]
- Son premier long-métrage, datant de 1962. [↩]






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