Tetro de Francis Ford Coppola
Tetro (interprété par le monstre sacré vivant Vincent Gallo, qui sait très bien en joué, d’ailleurs) est un homme sans passé. Il y a dix ans, il a rompu tout lien avec sa famille pour s’exiler en Argentine et vivre à La Boca, quartier hors du temps avec Miranda (Maribel Verdú). A l’aube de ses 18 ans, Bennie (Alden Ehrenreich), son frère cadet, part le retrouver à Buenos Aires à l’occasion d’un arrêt de son paquebot où il officie en tant que serveur.
Entre les deux frères, l’ombre d’un père despotique, illustre chef d’orchestre, continue de planer et de les opposer. Mais, Bennie veut comprendre. A tout prix. Quitte à rouvrir certaines blessures et à faire remonter à la surface des secrets de famille jusqu’ici bien enfouis.
Tetro – Trailer – 2009
Comme Brian de Palma avec son dernier film en date, Redacted, Francis Ford Coppola depuis un Homme sans âge, fait des films atypiques, explorant de nouvelles pistes, comme un jeune réalisateur qu’il est, à 70 ans. Certains ont dit que Tetro pourrait être un premier film ou un second film. Un film d’un jeune réalisateur. C’est un peu vrai. Cette exploration d’un univers fascinant (l’argentine) où Tetro s’y perd et va finalement se retrouver par l’intermédiaire de son frère, qui lui apporte un second souffle, une nouvelle vitalité, comme si ce frère était bien plus que cela.
A ce propos, Alden Ehrenreich, qui joue Bennie, est subjuguant de maturité et incarne à la perfection ce frère, entre un Brando (dixit Coppola) et un Di Caprio. Le réalisateur dira d’ailleurs de lui qu’il fera une vraie carrière. C’est ce qu’on lui souhaite. Il donne le ton au film, laissant Vincent Gallo exploser, se calmer, rire, exploser, se calme. Il est le métronome, il donne le tempo et le véritable personnage principal du film est bien plus lui que Tetro.
Mais Tetro est intéressant parce qu’il joue sur les couleurs, les lumières et les niveaux de gris. C’est un film en noir et blanc. Mais un N&B numérique au début, il passe bien vite à un autre ton de noir et blanc. Mais il y a également la couleur. Qui renvoi au passé. La couleur, c’est ce qui se passe avant, le noir et blanc, ce qui se passe aujourd’hui, à la Boca, dans un quartier de Buenos Aires, en Argentine, là où on peut se perdre sans que jamais on ne nous retrouve.
Le jeu sur les lumières et sur les couleurs ou leurs absence de couleurs est la forme du film de Coppola. D’ailleurs, Tetro est éclairagiste pour un théâtre. C’est le seul boulot qu’il puisse encore faire, lui, l’écrivain au génie non encore éclot, qui s’est perdu, est devenu fou (à ce propos, le passage dans l’asile, La Colifata, existe vraiment : c’est un asile où on pratique la thérapie par le son, c’est-à-dire la radio, où les patients viennent expliquer leurs histoires. Manu Chao a d’ailleurs composé un album là bas). C’est là-bas, dans un asile, qu’il est redevenu humain.
Les personnages du film n’en sont pas vraiment. C’est un opéra. Ce sont, chacun, des mises en scènes: un auteur raté, une danseuse, un frère matelot, une critique omnipotente qui s’appelle Alone (nom tout à fait prédisposé d’ailleurs pour les critiques), la figure du père omnipotent et omniprésent, étouffant (« The Big One« , comme Tetro ne cesse de l’appeler à chaque fois qu’il daigne le nommer). Le père renvoi au succès, à la rivalité entre un père et un fils, ce conflit qui existe lorsqu’il ne peut y en avoir qu’un, un seul, qui a du succès. C’est avec les flashbacks en couleurs que l’on se rencontre du drame qui se joue, autant que ce qui va se jouer par la suite, dans la sobriété du noir et blanc.
C’est un film de lumière, c’est un film d’opéra, un film intimiste autant qu’universel (par son histoire), un film de soif de reconnaissance autant qu’un film original. Coppola peut maintenant s’amuser. Il en a le droit. Peut-être que cette nouvelle carrière qui se dessine, avec l’Homme sans âge, va être encore plus passionnante que la première, après une longue coupure.
Il y aurait tellement d’autre choses à dire sur Tetro. Mais après tout, une analyse encore plus poussée de ce qui nous a marqué dans ce film équivaudrait à faire sien un film qui ne l’est pas. Parce que ça ressemblerait presque à une histoire de famille, à celle des Coppola, même si le parallèle, un peu trop évident, est surtout un peu trop facile.






je suis en ce moment même stagaire à la Colifata, je voudrais préciser, que le terme asile est assez désué… on utilise maintenant hôpital psychiatrique, ce sont deux choses différentes. Ensuite, la Colifata ne fait pas une thérapie par le son, c’est une véritable radio menée par les patients de l’hôpital, chacun y apporte ce que bon lui semble, et l’aspect thérapeutique n’est pas à détacher de l’artistique et du communautaire!
merci pour la publication de mon commentaire, c’est assez important de repréciser ces non-détails.
Oui, c’est vrai, le terme asile est désuet. Je n’ai faut que reprendre le terme du caractère principal qui parle d’asile et non d’hopital psychiatrique. Mais c’est le terme d’asile qui prévalait dans ce film, si je me souviens bien, vécu comme cela pour le protagoniste. C’est bien sur une fiction et non pas la réalité et j’en sens conscient.
Comme d’ailleurs, on ne dit pas Prison mais Maison d’arrêt.
Je suis conscient que ce n’est pas la même chose mais je tenais à garder une ligne directrice pour ce post.
Quand à ma description de la thérapie, elle ne s’arrête pas au son, qui est certes un peu trop large mais je parle bien de la radio où les patients viennent expliquer leurs histoires.
Je parle bien ici de « patient » donc je n’exclue pas l’aspect thérapeutique même si cela peut paraitre ambigu et je le conçoit aisément quand je me relis.
Quoiqu’il en soit, merci pour ces précisions qui éclairent sur la thérapie pratiquée et sur le thème qui est, il est vrai, désué. Et je publie tous les commentaires.
Et à titre personnel, je suis content qu’une personne qui travaille dans ce lieu daigne venir laisser commentaire sur ce site. Cela me fait plaisir.
… WTF…
Bref. Film totalement magnifique. J’aurais bien dit le meilleur de 2010, mais il est techniquement sorti en 2009. Dommage, il ne sera pas dans mon classement alors qu’il était vraiment number one.
Par moments, j’ai trouvé qu’on était proche d’Almodovar.
Oui proche d’Almo avec une photo et une lumière de malade.
Et dommage que tu l’ai vu que maintenant, tu l’aurais mis dans top 2009…
Ah ah ! Vu à sa sortie (et donc à la première place dans un hypothétique top à l’époque) je suis franchement content de voir que ça a plu par ici. Je me souviens qu’à l’époque, ce film n’a pas vraiment fait l’unanimité.
Et puisque j’arrive 2 ans après : l’absence sur les écrans d’Alden Ehrenreich (juste vu dans une pub Dior cette année) depuis la sortie de ce film est ABSOLUMENT inexplicable.
Ca a été une petite claque visuelle ce film.
Pour Ehrenreich, je suppose qu’il doit finir ses études et que peut-être il veut faire une carrière à la Emile Hirsch, un film tous les deux ans.