J'ai du mal à parler de ce bouquin. Ce n'est pas grace à lui que j'ai découvert l'univers de Gaiman, j'avais déja lu "Sandman".
J'ai découvert "American Gods" durant une nuit de novembre à Hamburg. Il neigeait dehors, et ça faisait marrer mes amis teutons de me voir écarquiller les yeux devant la neige. Difficile de leur faire comprendre que pour moi la neige en ville est un plaisir rare.
C'était en 2003, je rentrais d'Egypte après un séjour plus que désastreux qui m'avait mis face a moi-même et à mes démons, et je ressentais le besoin de voir mes amis les plus proches, et je pris le premier vol pour Hamburg.
Nos soirées existentialo-européennes me manquaient, même si désormais elles se limitaient plus qu'à un échange franco-germanique. Notre petit mélange de nationalités avait fondu avec le temps, l'argent et la Vie oeuvrant de concert pour dissoudre ce ciment qui nous liait. Mais j'aimais toujours autant me retrouver dans cet appartement de Friedrichstrasse, mélange bordelique baroque-boheme qui caractérisait Marcus et Lidia, et je ne compte plus les nuits passées à discuter en sirotant de l'absinthe bien avant que ce soit à la mode.
Ce soir là nous étions réunis, avec Lidia, Eva, Michiel and Marcus. Ce dernier était assis haut sur le canapé, et il semblait troner sur le bas peuple, ce que nous n'avions pas manqué de souligner et de copieusement le brocarder a ce sujet.
L'ambiance était d'une chaleur qui contrastait violemment avec le froid qui regnait à l'extérieur, un peu comme si nous étions en dehors du temps et de l'espace. D'ailleurs nous voulions à l'époque créer notre propre pays que nous aurions appelé "Nowhere", et nous y installer.
C'est ce soir là que Marcus m'a parlé de ce bouquin. Je l'écoutais me parler de l'histoire et des personnages, et sa derniere phrase qui disait "If you give some credits to my opinion, you should read this book". J'ai mis du temps à le faire, et à comprendre pourquoi on en avait parlé ce soir là.
C'est l'histoire d'un taulard nommé Ombre, qui est libéré quelques jours plus tôt parce que sa femme vient de mourir dans un accident de voiture. Il bénéficie donc de deux jours de moins de violon.
Quelques péripéties vont l'emmener à changer de vol, de classe, et il va se retrouver a coté d'un type assez agé, plutot costaud, arborant une longue barbe blanche, qui visiblement l'attendait pour lui proposer un boulot. Ce monsieur va se présenter sous le nom de Voyageur (Wednesday en anglais, ce qui a son importance, ce mot étant tiré de "Odin Woden's Day", surement en mémoire du sacrifice d'Odin sur une branche d'Yggdrasil ).
Ombre va accepter sa proposition et réaliser que M. Voyageur n'est autre que le dieu Odin, et qu'au cours de leur péregrinations, il va rencontrer encore d'autre dieux des anciennes mythologies, mais aussi des leprechaun, djinns, kobold et autre chimères.
Tous ces dieux existent à cause de la Foi. La foi des premiers colons qui emmenerent leurs croyances aussi bien que leur science et coutumes. C'est leur Foi qui a donné corps à ces dieux, et c'est leur nouvelle Foi qui en a fait ce qu'ils sont aujourd'hui. En effet, les divinités croisées sont pour la plupart minables, sans le sou, et autres. Voyageur/Odin est un escroc de haut vol, Czernobog est rongé par la clope et vit dans un appart crasseux, Thot et Anubis sont croque-mort dans la ville de Karr, Horus a pété les plombs et passe son temps sous forme de faucon et Thor a mal fini.
Les colons sont venus, puis le christianisme a fait son travail, de même que la société, et toutes ces anciennes croyances sont devenues désuetes, rendans les anciens panthéons obsolètes. Pour citer un des protagonistes, Jésus roule en limousine aux USA, mais on l'a vu en guenilles faire du stop en Afghanistan.
Mais tandis que ces reliques prenaient la poussière, de nouveaux dieux ont fait leur apparition, tant la ferveur de l'espece humaine était forte. Ces nouveaux dieux sont le dieu de l'Electricité, de la Télévision, de l'Automobile, et ces parvenus entendent bien faire la nique aux vieux et les effacer de la réalité.
"American Gods" se présentent comme un road trip, un bon road movie comme on les aime, et le héros, Ombre, qui porte bien son nom tant il traverse l'aventure plus comme un spectateur qu'acteur, véritable pantin dans les mains d'Odin, va finalement tirer son épingle du jeu et écrire l'épilogue de l'aventure.
Lire "American Gods" c'est faire un long voyage au coeur des mythologies et de l'âme humaine, et de son rapport avec la Foi, et c'est aussi l'occasion de retrouver les anciennes magies et légendes, comme si toutes ces croyances essayaient désespérement de rester à la surface de la terre, écrasées par le poids de la science, du rationalisme et du matérialisme. C'est aussi vivre une véritable critique de la société de consommation, et de rappeler a quel point nous en sommes devenus dépendants.
C'est aussi un moyen de rappeler a l'homme qu'il est lui même créateur de magie et de dieux, et qu'il est une créature capricieuse passant d'un jouet à l'autre, oubliant le précédent.
Je ne suis pas près d'oublier cette soirée à Hamburg, alors que la neige recouvrait le Riepperbahn d'un duvet blanc et froid, et que l'absinthe nous réchauffait le corps dans ce grand salon encombré de vieille étoffes, de fauteuils fatigués et de chandeliers baroques. Depuis, "American Gods" m'accompagne à chacun de mes voyages, et je le relis avec toujours autant de plaisir.
Je dois avoir quelque part l'espoir d'aller un jour en Islande pour offrir un morceau de soleil à un vieillard borgne...







3 commentaires:
Donc ça veut dire qu'il va falloir que je lise ce livre un jour :D
A toi de voir ;)
Ce livre est énorme. Jamais je ne me suis autant intéressé au goût de la tarte faite dans ce minuscule village américain pris par le froid...
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