Ouais, je vais vous parler d'un manga.Pas n'importe lequel.
Le premier volume de Berserk, sorti en 1990, commence ainsi:
un homme gigantesque, borgne, auquel il manque un bras, recherche de mystérieux démons afin de les abattre. Il semble victime d'une malédiction qui les attire à lui, donc, il choisit plutôt d'aller à eux pour se battre dans un combat qui semble des plus inégal au vu de sa nature humaine.
Qui est Guts, le héros? Comment a-t-il eu ses blessures? Comment fait-il pour manier cette épée d'une taille absurde? Quelle est sa relation avec les démons?
Vu comme ça, ça pourrait être le pitch d'un manga lambda. Mais ce point de départ n'est, justement, qu'un point de départ. Ne soyez pas rebutés par les premières pages, volontairement déroutantes et mâtinées d'heroic fantasy, ou plutôt, de dark fantasy. Vous allez très vite être plongés dans un flash-back d'une bonne dizaine de volumes, dans un monde médiéval européen au réalisme cru et brut qui vous fera oublier que vous êtes devant une bande dessinée japonaise. On suit, donc, l'itinéraire de Guts, et son ascension au sein de la Troupe du Faucon, une armée de mercenaires dirigée par le charismatique et très ambigu Griffith.
Là, ça ne sera pas la table ronde, les nobles chevaliers, bref, la vision d'épinal que tout le monde a du moyen-âge et qu'on voit généralement dans toutes les oeuvres qui le représentent. Dans Berserk, la guerre tue, viole, pille, détruit sans distinction. Beaucoup parlent d'un manga nihiliste, mais je pense que c'est un raccourci un peu facile. La cruauté, de Guts et des autres, l'apparition des démons dans un monde, au départ, réaliste, tout sera expliqué et justifié.
Ce qui différencie Berserk des autres manga, c'est que Miura est principalement influencé par la culture européenne. C'est même d'ailleurs frappant de se dire que c'est un japonais qui dessine et scénarise un truc tellement "européen". Giger, Gustave Doré, Bruegel, Hellraiser, Phantom of the Paradise, voilà plutôt les influences visuelles de Miura, auxquelles on peut ajouter, par exemple, une fascination pour l'histoire de la torture et de la Sainte Inquisition en particulier qui donne un réalisme assez glaçant lors de certaines planches.
Ça va faire vingt ans que la série existe, et on en est au trente-cinquième volume. Par comparaison, une série comme One Piece n'existe que depuis 97 est en est déjà au cinquante-sixième volume. Miura prend son temps pour une oeuvre profonde et marquante, parfois dérangeante. Sachant qu'une des influences de Miura est Guin Saga, une série de romans de SF-Fantasy commencée en 1979 et arrêtée en 2009, au bout de 100 volumes (et pas parce que c'était fini, mais parce que l'auteure est morte des suites d'un cancer), on peut penser qu'on en a encore pour un moment. En espérant que la qualité soit toujours là.
A noter qu'un très bon dessin animé de vingt-trois épisodes reprend les treize premiers volumes du manga, soit la partie flash-back et la genèse des rapports de Guts, Griffith et des démons.






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