Invictus de Clint Eastwood

Invictus, avant d’être le nouveau film du très prolixe réalisateur Eastwood, qui était à Lyon en octobre dernier,  est le titre d’un court poème de l’écrivain William Ernest Henley, cité à de très nombreuses reprises dans la culture populaire et qui contribua à le rendre célèbre. Invictus qui signifie invincible est donc le titre du trentième film de Clint Eastwood, qui le cite puisque c’était également le poème favori de Nelson Mandela (enfin, il parait). Si on comprend aisément que le réalisateur avait besoin de faire un film sur ce Grand Homme pendant la Coupe du monde de Rugby en 1995, la troisième édition après celle de 1987 et 1991, j’avoue que j’ai trouvé un peu le temps long, surement parce que j’ai suivi cette histoire, comme des millions de gens, étant donné que la portée historique de l’évènement a été assez considérable. Mais bon, ce bon vieux Clint Eastwood n’a plus rien à prouver, et encore moins depuis son dernier film, Gran Torino (pour ne citer que le dernier en date et éviter de parler de ces 28 autres films… Quoique un mois Clint serait bien cool, mais ça serait à but purement narcissique vu que je parlerais trop de cinéma).


Nous sommes en 1994. Avec l’élection de Nelson Mandela (incarné par Morgan Freeman), premier président noir de l’Afrique du Sud, c’est définitivement la consécration de la fin de l’Apartheid, mais l’Afrique du Sud reste une nation profondément divisée tant sur le plan racial que le plan économique.

Pour unifier le pays et donner à chaque citoyen un motif de fierté et d’appartenance à une nation meurtrie, Mandela mise sur le sport, et fait cause commune avec le capitaine de la modeste (à l’époque) équipe de rugby sud-africaine, François Pienaar (incarné par Matt Damon). Leur pari : se présenter au Championnat du Monde 1995 et tenter de la remporter..

Ainsi commence l’histoire de l’Afrique du sud moderne…
http://www.youtube.com/v/E9Ovkye6lac&hl=fr_FR&fs=1
Invictus - Trailer – 2009

Invictus est l’adaptation du livre de John Carlin, Playing the Enemy: Nelson Mandela and the Game that Made a Nation. Le cadre est donc planté : La Coupe du monde. Mandela qui remet la coupe à un Afrikaners,  Pienaar, le capitaine des Springboks avait évidemment une valeur de symbole, d’ultime symbole pour la « réunification » (si tant est que l’on puisse utiliser ce terme) d’une Afrique du Sud moribonde.

Comment d’ailleurs critiquer ce film et son réalisateur? C’est pourtant loin d’être le meilleur de ce bon vieux Clint, celui-ci n’échappant pas à la succession de poncifs qui sentent bon une certaine idée de l’Afrique du sud et de l’homme Mandela. D’ailleurs, on est surpris au début de voir Freeman jouer ce rôle qui semble trop grand pour lui. Puis on s’y fait et puis on se dit que finalement, ce rôle était fait pour lui.

Ce film n’est de toute façon pas fait pour les européens, habitués de football et de rubgy et qui connaissent bien la situation, du moins sportive du pays. Les blancs jouent au rugby et les noirs au foot. C’est d’ailleurs une des premières images marquante du film puisqu’avec un très joli plan, on passe d’un « camps » à l’autre, symbolisé par une route qui semble cloisonner les deux mondes, où passe une voiture dont l’homme à l’intérieur va tenter de mettre d’accord les uns et les autres. Le plan est joli. Le Symbole évident. Le reste du film ne sera que la consécration de cette idée.

Car oui, l’Afrique du sud a été fière de ses joueurs à ce moment précis. Oui, le nouveau drapeau de ce pays, complètement foireux en terme de couleurs mais hautement symbolique a remplacé l’ancien. Oui, l’équipe de Rubgy sud africaine a été, à ce moment, l’équipe de tous les sud africains. Même si, à l’heure actuelle, on peut pas dire non plus que les noirs jouent toujours autant au rugby.

Eastwood a donc montré cela, avec sa mise en scène, sa photographie si caractéristique et ses compositeurs. Mais tout ceci nous semble si proche, encore. Les joueurs de l’équipe de France ont été ému par Mandela. Je serais même persuadé qu’ils ont été heureux de perdre leur match contre les Springboks, qui certes, avaient perdu de leur superbes pendant quelques années, mais qui n’a jamais été trop une petite équipe minable. D’ailleurs ils ont encore gagné cette putain de coupe du Monde en 2007.

Ce qui est intéressant, c’est aussi les phases de jeu. D’après ce que j’ai compris, ça s’apparente à un niveau de troisième division qu’à de la classe mondiale, mais c’était un peu logique. On voit même un acteur ressembler à peu près à Jonah Lomu, qui avait émerveillé tout le monde à l’époque par son physique impressionnant. C’était l’éclosion d’une star. Marrant de se rappeler de cela à travers le film.

Car pour le reste, Invictus est surtout un film pour rendre hommage à Mandela. Comment blâmer le réalisateur, même s’il n’apporte pas plus à l’Histoire avec un H. Oui, c’est important, tout comme l’organisation de la Coupe du monde de Football en Afrique du Sud, dans ce pays qui a bien changé en quelques années. Et où apparaissent d’autres phénomènes tout aussi condamnables que ceux décrits dans le film (les rapports de force ont changé et beaucoup de blanc sont dans une grande pauvreté, sans compter les autres qui se planquent pas mal).

C’est d’ailleurs pour cela qu’Invictus est une photographie d’un temps qui parait révolu. C’est aussi pour cela que le sujet est moins fort que s’il avait été tourné en 1998 ou 2000. Que Damon et Freeman incarnent très bien les deux principes protagonistes du renouveau sportif du pays et également donc, de la nation. Que le symbole d’un Mandela portant le maillot des Boks est évidement présent. Ainsi, si Invictus ne restera pas dans les annales comme l’un de très grand Eastwood, les problèmes de ce pays sont à peine évoqués et surtout pas encore vraiment réglés, il en constitue tout de même un hommage essentiel, comme d’autres films, autant pour l’homme que pour cette nation…

Invictus de Clint Eastwood | Scénario d’Anthony Peckham d’après l’œuvre de John Carlin   | Photographie de Tom Stern | Musique de Kyle Eastwood et Michael Stevens | Avec Morgan Freeman, Matt Damon, Scott Eastwood, Robert Hobbs, Langley Kirkwood, Tony Kgoroge, Bonnie Mbuli, Penny Downie, Julian Lewis Jones, Grant Roberts | États-Unis | 2009 | 133 min. |  Drame, Historique et Biopic | Distribué par Warner Bros. France. | Crédit photographique : Warner Bros.