C'est donc la vie de Gainsbourg, du jeune Lucien Ginsburg dans le Paris occupé des années 1940, jusqu'au poète, compositeur et chanteur célébré dans le monde entier.
Le film explore son itinéraire artistique, du jeune homme épris de peinture à la consécration de sa musique dont l'avant-gardisme en a fait une véritable icône de la culture française. Mais aussi la complexité de sa vie adulte à travers ses amours tumultueuses.
Le film prend beaucoup de liberté avec ce qui s'est passé. C'est voulu, c'est assumé. Le petit Lucien fume, a son étoile de Sherif, symbole d'une France occupée par les nazis et d'un des drames de notres longue histoire française. Il n'a déjà peur de rien. Le parti pris choisi est donc le surréalisme, très années 70. On sent que Sfar s'est limité : ces personnages imagés et imaginés ne sont pas assez exploités (il y en a deux : une grosse tête qui va le poursuivre pendant une partie et un dandy gainsbourgien plus grand que l'original). C'est la bonne idée du film. Ce qui fait que ce film est pas un biopic (je hais ce putain de nom). Mais je suppose que les producteurs avaient pas envie d'avoir une vision trop personnelle d'un jeune réalisateur.
Gainsbourg - (vie Heroique) - Trailer - 2009
Le film fait autant de raccourcis qu'il réécrit l'histoire. Mais on aura droit à toutes les étapes marquantes de sa vie : Vian, Gall (il faut que Forestier arrête le cinéma, au passage ou qu'elle change sa façon de jouer, au choix), Greco, Bardot, Birkin et Bambou. La partie Gainsbarre est bien bien raccourcie (je l'aurais dégagée moi, c'était seulement de la provoc d'un homme qui avait perdu pas mal de chose), on a dégagé tout ce qu'il faisait sur scène et à la télé comme pitrerie pour se faire remarquer.
Bizarre, quand on sait que c'est ce qu'il a fait de lui le personnage autant attachant qu'horripilant auprès du grand public. Fallait-il faire ce film, en s'inspirant de fait réels et en imaginant le reste? On reste un peu sur notre faim. C'est très très découpé et compartimenté, comme si la vie de ce monsieur n'était pas possible à résumer en deux heures. Pourtant, il y a eu plusieurs périodes. Mais ce film ne parle pas vraiment de ses doutes, de ses échecs et des malaises, hormis quelques scènes. La picole est mise de côté ou presque, au profit de la clope. Le personnage semble plus un dangereux séducteur qu'un homme enfant, comme le décrivent si bien celles qui l'ont connu. (entre les deux, mon coeur balance).
Mais il reste en fait, ce qui a fait autant la force que la faiblesse du personnage. Sa laideur. Elle lui a autant permis de franchir les obstacles que de developper une énergie créatrice. je me souviens d'ailleurs, en quatrième, d'un devoir à faire sur la laideur et la beauté en français. Le mec qui venait à l'esprit du professeur, comme de pas mal de monde à l'époque, c'était Gainsbourg. Car oui, à son époque, Gainsbarre, c'était plus l'ombre de lui-même que la lumière des décennies précédentes et il déclenchait surtout la répulsion.
Gainsbourg - (vie heroique) permettra aussi de se rincer l'oeil. Fun de voir autant de jolies mademoiselles dans un film, dans avec leurs atouts. Mais la cible est facile. La fascination encore plus grande. Comment ce mec a réussi son coup? On ne le saura pas. C'était peut-être pas l'objectif du réalisateur. On sent juste qu'il est séducteur (mais quel mec ne l'est pas, séducteur?). Ce magnestime, allié à son talent certain pour capter un certain air du temps, tout comme celui d'être encore écoute de nos jour, est légèrement mis de côté.
Dommage que Lucy Gordon ait décidé de passer l'arme à gauche. Elle est parfaite en Birkin. Parfaite dans ce rôle, qu'elle incarne vraiment bien, mieux exploitée en tout cas que Klapish dans ses Poupées Russes. Casta est parfaite en Bardot. Elmosnino a une interprétation intéressante de Gainsbourg, sans trop en faire tout en copiant ses gestes, devenus familiers. La réalisation est correcte et cohérente. On aurait aimé plus d'envolée lyrique, plus de haut et de bas. Parce qu'on ne peut pas imaginer un mec comme Gainsbourg vivre dans la demie mesure, comme semble l'indiquer ce film. Mais après tout, ce n'est pas ma vision du film. Mais celle d'un dessinateur de bande dessinée (j'crois que j'ai jamais lu une vraie BD de lui), qui a une très belle côte auprès de ceux qui ont du bon goût, et ça en vaut bien une autre.
Gainsbourg - (vie héroïque) est donc très instructif autant que purement factice. Ces deux éléments font autant le charme de ce film qu'il peuvent provoquer une irrésistible envie de partir écouter l'anthologie de Gainsbourg, le réalisateur ayant fait ici des trous, des petits trous et encore des petits trous dans la vie de Gainsbourg.
Gainsbourg - (vie héroïque) de Joann Sfar | Scénario de Joann Sfar | Photographie de Jérôme Brezillon | Musique d'Olivier Daviaud | Avec Eric Elmosnino, Lucy Gordon, Laetitia Casta, Doug Jones, Anna Mouglalis, Mylène Jampanoï, Sara Forestier, Kacey Mottet, Razvan Vasilescu, Philippe Katerine, Claude Chabrol | France | 2009 | 130 min. | Conte musical | Distribué par Universal Pictures International France







9 commentaires:
Putain, chuis d'accord avec TOUTE ta critique. Pour une fois.
J'crois qu'on a compris le film de la même façon, mon cher.
Oué, je suis faible, ces temps-ci. Je fais des critiques dans l'air du temps.
Ah pasque moi chuis "l'air du temps"? MDR
oué. Si tu l'étais pas, j'aurais pas droit à mon commentaire numéro 1: "pour une fois, je suis d'accord avec toi".
je regrette encore plus de pas pouvoir le voir avant des mois...
Bon, tu vois, c'était pas si mal que ça...
C'est Jane Birkin qui a tenu à ce que "UN Conte de Joan Sfar" soit présent dans le titre.
Pour les bd, il y en a plein à la maison ; c'est quand tu veux !
Et c'est elle qui a fait rajouter le message de fin, des propos de Sfar qui raconte en gros que ce qui l'intéressait, c'était pas les non dit de sa vie, plutôt que le reste, ou quelque chose comme ça?
Je sais pas pourquoi il fallait prendre autant de gant avec ce film. Le personnage n'est pas "grand public", en dépit de ses chansons qui ont été des tubes internationaux en son temps. Ca laissait donc pas mal de liberté créative pour présenter l'homme et jouer encore plus avec le réel et l'imaginaire. Surtout que ça devait être sa fille, qui a refusé, de jouer le rôle de son père. Ca aurait été intriguant.
Mais bon, c'est un point de détail, comme d'autres. Le film est pas un bio-pic (berk cette expression) et c'est ce qui fait vraiment son charme.
Quand aux BD de Sfar, je fais un blocage, surtout, pour le moment.
mouais, par contre, moi je pense sérieusement que casta doit arrêter le cinoche.
C'est ça Laetitia..... Cas'ta !
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