Shutter Island de Martin Scorsese

Shutter Island marque une nouvelle fois la collaboration entre Martin Scorsese et Leonardo Di Caprio, après Gang of New York, Aviator et le remake du film hongkongais d’Andrew Lau et Alan Mak, Infernal Affairs, devenu Les infiltrés en France. C’est ici l’adaptation du roman de Dennis Lehane, publié en 2003 publié en France en 2006 (et qui a été également adapté en bande dessinée) qui voit le jour. L’auteur a déjà vu adapté Gone Baby Gone par Ben Affleck et Mystic River par Clint Eastwood au cinéma. C’est aussi l’occasion de revoir Scorsese dans d’autres choses que ces satanés documentaires. Est-ce que le film répond à toutes les attentes suscitées ? Là est bien la question, surtout que j’en attendais pas mal et que j’ai été un peu déçu…

Ainsi, nous sommes en 1954. Le marshal Teddy Daniels (Leonardo DiCaprio) et son coéquipier Chuck Aule (Mark Ruffalo) sont envoyés pour enquêter sur l’île de Shutter Island, île située aux environs de Boston, dans un hôpital psychiatrique où sont internés les plus dangereux criminels fous furieux que comportent les Etats-Unis à l’époque. L’une des patientes, Rachel Solando (Emily Mortimer, la fille de l’écrivain John Mortimer), a en effet inexplicablement disparu.

Comment la meurtrière a-t-elle pu sortir d’une cellule fermée de l’extérieur ? Le seul indice retrouvé dans la pièce est une feuille de papier sur laquelle on peut lire on peut lire une suite de chiffres et de lettres sans signification apparente. Œuvre cohérente d’une malade, ou cryptogramme ? Toutes ces questions, les deux détectives sont devoir y répondre pour percer le mystère…et faire face à la vérité, bien complexe…

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Shutter Island – Trailer – 2009

Véritable serpent de mer, Shutter Island a fait le tour des réalisateurs avant de passer dans les mains de Martin Scorsese. En effet, le (assez mauvais) cinéaste de film d’action Wolfgang Petersen avait été pressenti pour réaliser le film, tout comme David Fincher, avec Brad Pitt dans le rôle titre. Le film tombera finalement dans les mains du célèbre réalisateur de Raging Bull et Taxi Driver, et bien entendu, les producteurs ont fait appel à Leonardo Di Caprio.

Pour se rapproche de l’univers de Shutter Island, il faut avoir à l’esprit Shock Corridor et Laura, deux films que Scorsese a projeté à son équipe avant le début du tournage. Le premier, réalisé par Samuel Fuller, relate l’histoire d’un journaliste qui entend décrocher le Prix Pulitzer. Pour cela, il se fait interner dans un hôpital psychiatrique où il enquête sur une affaire de meurtre… Le second, Laura, d’Otto Preminger raconte l’histoire de l’inspecteur Mark McPherson qui mène l’enquête sur la disparition d’une jeune femme, Laura. Pour cela, il interroge notamment Lydecker, qui considère Laura non seulement comme sa création, mais aussi comme un être lui appartenant… fort de cette imagerie, le film de Scorsese plaçait donc la barre haute et, en même temps, s’inscrivait dans un courant classique du 7e art..

Ainsi donc, Shutter Island a un lourd passé derrière lui. Le film est, ce que l’on appelle, de facture classique. Dès les premières minutes, nous sommes plongés dans ce classicisme. En effet, lorsque les deux inspecteurs se parlent sur le bateau, on a vraiment l’impression que le film est tourné en studio, impression renforcée par le positionnement des acteurs. Cette impression ne quittera d’ailleurs jamais le spectateur, complètement immergé dans un film des années 50-60.

Pour le reste, Scorsese s’est beaucoup trop rapproché de Kubrick (entre l’ambiance et la musique, qui assène plus des coups de couteaux qu’accompagnatrice de l’action, comme dans Shinning ou encore Eyes Wide Shut) et bien entendu Hitchcock. Certains diront d’autant plus que le twist final leur fera penser à du Shyamalan, mais comme lui aussi s’inspire de ce cinéaste, ce n’est finalement qu’ne continuité. Le piège dans lequel semble être pris au piège Teddy Daniels, cherchant également Andrew Laeddis parmi les patients de cet hôpital, coupable selon Daniels d’avoir mis le feu et assassinant ainsi sa femme, joué par Michelle Williams (Dawson Creek), qui aura d’ailleurs un rôle important dans le film, puisque elle lui revelera en partie la vérité (qu’on peut qualifier de nue, même si le héros a bien du mal avec cela).

Pour faire simple, j’ai trouvé que Shutter Island était trop long. On devine aisément le sort de ce pauvre gugus au bout des trente premières minutes, parce que pas mal de choses clochent. Que les flashbacks sont longs et affreusement répétitifs. Que l’histoire en elle-même, même si elle n’est pas banale, ressemble un peu trop à celle vécu par Tom Hanks lorsqu’il était encore peu connu et qu’il jouait un personnage de jeux de rôle dans un téléfilm, Les Monstres du labyrinthe de 1982.

Mais en même temps, quand on voit des From Paris With Love, peut-on vraiment bouder ce film ? Je ne crois pas, même si Shutter Island mérite sûrement plus que ce que je dis, notamment pour son ambiance, glauque, ses personnages, la folie de l’ensemble, les passages oniriques, l’ambiance, les camps de la mort, ect, ect… Et pour le coup, Shutter Island est à voir, même s’il n’est pas un film pour tout le monde…

Shutter Island de Martin Scorsese | Scénario de Laeta Kalogridis d’après l’oeuvre de Dennis Lehane | Photographie de Robert Richardson | Avec Leonardo DiCaprio, Mark Ruffalo, Ben Kingsley, Max von Sydow, Michelle Williams, Emily Mortimer, Patricia Clarkson, Jackie Earle Haley, Ted Levine, John Carroll Lynch, Elias Koteas, Patricia Clarkson, Ruby Jerins, Drew Beasley | Etats-Unis | 2008 | 138 min. | Thriller | Distribué par Paramount Pictures France.