Ames en stock de Sophie Barthes

Sortie le 5 mai 2010

 

Coproduit par la Chaine Arte, Ames en stock (Cold Souls) est le premier long-métrage de Sophie Barhes, après deux court métrage en 2004 et 2006. Il fait la part belle à l’acteur Paul Gimatti,  vu récemment dans Shoot’Em up ou encore Duplicity dont le personnage et l’acteur sont ici intimement liés, dans un univers à la fois réalité et en même fantastique, puisqu’il s’agit ici de séparer l’âme du corps. Et on sait depuis 21 Grammes, que cette âme, si elle ne pèse pas lourd, est pourtant essentielle. Enfin du moins lorsque l’on croit à l’hypothèse d’une âme.


 

 

 

Paul Giamatti, célèbre acteur américain, est en pleine crise existentielle. Il se cherche, peinant même à trouver le ton juste lors des répétitions de sa prochaine pièce, « Oncle Vania » de Tchekhov. Il entend alors parler de la « Banque des Ames », laboratoire privé proposant un service des plus intrigants : soulager les patients de leur âme. Séduit, il décide de procéder à l’ablation de son âme. S’en suivent des réactions en chaîne dont il n’imaginait pas l’ampleur…

A cette occasion, il va rencontrer Nina (Dina Korzun), une passeuse d’âme ou encore une mulet, qui fait les voyages entre la russie et les Etats-Unis, parce que ce précieux chargement, avec humour, ne supporte pas le trajet dans les airs s’il n’est pas attaché à un corps.


Ames en stock – bande-annonce – 2009

Ames en stock est assez curieux dans le paysage cinématographique. C’est de toute façon assez voulu, ne serait-ce par la bande annonce qui nous plante bien le décor. D’emblée, le film oscille autant entre une comédie dramatique new-yorkaise, le film de science fiction classique et le drame. Mais comme ici, il s’agit d’un acteur de théâtre, donc un vrai et pur acteur, la volonté n’est pas de faire un film de science-fiction avec des gags à profusion et de l’entertainment à gogo, mais plutôt de traiter d’associer ici une déprime passagère (voire une dépression) que connait tout artiste à un moment de sa vie avec le genre du fantastique, puisqu’il s’agit ici d’une banque d’âmes, gérée comme une entreprise standard et donc pour Giamatti d’y déposer la sienne pour se sentir plus léger et pouvoir affronter le texte de Tchekhov totalement libéré.

Les décors sont d’ailleurs en ce sens bénéficier d’un soin particulier puisqu’ils sont aussi beau que froid, lors des passages dans cette « banque des âmes », relayés par une lumière vive et au relents réalistes qui mettent en évidence l’étrangéité. Cette dernière est plus chaleureuse lors des passages en Russie et lors des passages oniriques où elle donne un rendu contrasté avec l’impression d’apparente froideur lors des passages dans l’entreprise de dépôt. Elle contraste également avec les moments où Giamatti se rend au théâtre ou se retrouve chez lui. Le côté Cold Souls du titre original prenant d’ailleurs, dans ces moments, tout son sens.

Pour le reste, Ames en stock est plaisant à regarder, avec une humour particulier, même si la fin du film se traine un peu en longueur. Les passages avec le docteur (David Strathairn) sont assez drôles, comme par exemple la scène où après avoir montré les différentes âmes dans des flacons à Paul, lorsqu’arrive son tour, le docteur lui révèle que sa pauvre âme s’avère être un pois chiche. Pas de quoi pavoiser ni faire le malin pour Giamatti, n’est-ce pas ?

Le parallèle Russie et les Etats-Unis permet de traiter des différences entre les deux pays, même si, et c’est bien le problème, ils ont bien tendance à plutôt avec les mêmes différences entre les riches et les pauvres que des écarts de salaires. D’ailleurs, l’action du film aurait très bien pu se dérouler intégralement au Etats-Unis, vu les écarts de salaires que l’on voit également à l’heure actuelle dans ce cher pays. Mais comme les clichés ont la vie dure1, il est plus facile de faire pleurer le chaland avec cette opposition classique et un peu trop tirée par les cheveux à mon goût. On se rend bien compte tout de même la volonté de la réalisatrice est de montrer, dans une certaine mesure que l’âme slave a peut-être, et ce à juste titre penseront certains, une profondeur que n’a pas l’américaine, surtout lorsque l’on tente de jouer du Tchekhov.

Ames en stock fait surtout la part belle à Paul Giamatti, qui est dans un registre moins explosif que dans les deux films cités dans l’introduction, plus habitués à des roles comme dans The Hawk is Dying par exemple,  mais étant donné la nature de son rôle, c’est, somme toute, assez logique. La réalisation de Sophie Barthes est ici honnête, sans effets de mise en scène outranciers et, sans être du niveau de Dans la peau de John Malkovich du cultissime Spike Jonze, ce petit OVNI formellement assez intello plaira aux amateurs du genre (les intello plus que les geeks français, si vous voulez), même si le commun des mortels, entendez nous, y trouvera aussi son compte.

Ames en stock (Cold Souls) de Sophie Barthes | Scénario de Sophie Barthes | Photographie d’Andrij Parekh | Musique de Dickon Hinchliffe | Avec Paul Giamatti, Dina Korzun, Emily Watson, David Strathairn, Katheryn Winnick, Lauren Ambrose, Boris Kievsky | France et Etats-Unis | 2008 | 101 min. | Comédie dramatique et Fantastique | Distribué par Memento Films Distribution | Crédit photographique : Memento Films

  1. Les pauvre russes qui se sont pas remis du communisme alors que les loyers à Moscou sont plus élevés qu’à Paris, par exemple ou que les russes achètent à prix d’or des clubs de foot européens, que ces derniers ne peuvent plus se payer. []