Splice de Vincenzo Natali
Sortie le 30 juin 2010
Splice. Depuis le temps que que l’on en entend parler. Ca remonte d’ailleurs à l’Étrange Festival de Lyon 2010, vous savez là où il y a eu l’avant première de Noé. Comme je n’étais pas là cette semaine, je n’ai donc pas pu ni voir Enter the Void, Ni Splice. Il a fallu attendre donc quelques mois avant que ce film franco-canadien ou canado-français débarque dans nos très chères salles de cinéma pour que l’on puisse enfin voir ce qui est considéré comme le renouveau du film fantastique à la manière d’un David Cronenberg du XXIe siècle, entendez par là l’exploitation du corps, les gènes, le mélange des genres et des espèces. En somme, tout ce que le maitre canadien faisait au siècle dernier. Est-ce que Vincenzo Natali, le réalisateur des films considérés comme culte tels Cube, Cypher et la figure de style Nothing est son digne successeur ? La question mérite d’être posée et je ne suis pas sûr d’avoir la réponse…
Dans Splice, Clive (Adrien Brody) et Elsa (Sarah Polley) sont des superstars de la science. En effet, ils ont réussi à combiner l’ADN de différentes espèces animales pour obtenir deux fantastiques hybrides. Ces deux chercheurs sont amoureux l’un de l’autre autant que de leur travail et veulent à présent passer à l’étape suivante : fusionner de l’ADN hybride et de l’ADN humain.
Comme le laboratoire pharmaceutique qui les finance fait signe de refuser de les soutenir, Clive et Elsa décident de poursuivre leurs expériences en secret. Ils créent ainsi une créature étonnante dont la croissance rapide la fait devenir adulte en quelques mois, qui répond au doux nom de Dren. Alors qu’ils redoublent d’efforts pour préserver leur secret, leur intérêt scientifique pour Dren se mue peu à peu en attachement. Elle finira par dépasser les rêves les plus fous du couple ainsi que leurs pires cauchemars…
http://www.youtube.com/v/t6o_Vl2f07Q&hl=fr_FR&fs=1
Splice - trailer – 2010
Vincenzo Natali a ses fans et on les comprend. Il sait créer des ambiances propres, froides et s’est bâti un univers particulier à travers une filmographie déjà assez riche. Même lorsque cela n’est finalement qu’un simple exercice de style comme son Nothing, que je ne vous conseillerais que trop quand même. En effet, c’est à partir de thématiques simples qu’il crée des situations, cherchant plus à mettre une forme qu’un message original à un fond pourtant ambitieux.
C’est peut-être au final ce que l’on peut reprocher à Splice. Le film est super bien foutu. Les effets spéciaux sont tellement chiadés que l’on a l’impression que Dren, la créature du film, existe bel et bien sous nos yeux. De ce point de vue là, rien à redire (hormis peut-être le générique du début, sous l’eau qui est trop numérisée mais cet élément a toujours été le problème des spécialistes FX tellement il est difficile à reproduire). L’équipe a donc bossé comme un dingue et la mutation progressive de Dren est tout bonnement incroyable. Ca pour le coup, c’est la réussite du film.
D’ailleurs, la photographie de Testuo Nagata tient pour une grande part à l’aspect esthétique du Splice. Bien sûr, elle ne surprendra pas les spectateurs qui ont vu le film de pur action Riders puisque cette lumière bleu et froide, présente par moment dans le film de Gérard Pirès mais surtout dans celui de Natali, même si beaucoup d’eau (non numérisé) a coulé sous les ponts depuis. Il a de toute façon une belle carrière derrière lui aussi, au niveau de la photo, même si ses films ne sont pas tous des chefs d’œuvres absolus, loin de là (Blueberry, Micmacs à tire-larigot, Le dernier chaperon rouge, Narco ou encore La môme).
Ce qui dérange dans Splice, c’est que l’histoire est assez basique et surtout, légèrement torturée pour qu’on puisse voir que ce n’est pas un film de genre mais pas assez pour que tout ceci nous colle à la peau. En effet, que les superbes créatures changent comme par magie de sexe à un niveau de leur évolution peut passer, que la fille qui ne veut pas d’enfant en a en fait un également.
Mais pourquoi, pourquoi nous pondre « une fin de film à la con », où l’on voit Elsa enceinte et qu’on se dise « mais il est de qui le petit ? » et le réalisateur de nous suggérer qu’il peut provenir autant de son mec que de la créature qui a mué en homme dans les dix dernières minutes du film (sans compter d’ailleurs que la créature provient de l’ADN de la fille est que ça devient donc une espèce d’inceste déguisé.. c’est presque fun). Même si, au regard du superbe contrat qu’Elsa signe avec Chorot (Simona Maicanescu) la dirigeante avide du laboratoire, il est à parier qu’il provient de Dren… Elle a donc tout perdu et est victime de ce qu’elle a fait en manipulant l’ADN. Voilà le message en gros : Il ne faut jamais jouer les apprentis sorciers, JAMAIS!1.
Mais le réalisateur ne s’arrête pas là. En effet, il associe à cela un univers très geek : les chercheurs sont tous des mecs de gauche à principes mais ils bossent tous pour une world company qui cherche, bien entendu à faire du pognon. Le couple forment deux superstars de la recherche mais ont l’air surpris du cynisme de leur employeur. Ils sont très fan du japon mais aussi de musique plus conventionnelle (c’est très à la mode) et leur labo s’appelle le NERD (dont j’ai oublié la signification, désolé). C’est un peu trop stylisé, un peu trop tiré par les cheveux dans le sens : « aimez mes personnages, attachez-vous à eux pour souffrir avec eux ».
C’est donc la faiblesse du scénario qui m’ennuie plus qu’autre chose dans Splice. Faiblesse qui est de toute façon récurrente dans tous les films considérés comme de genre (les fantastiques ou les horreurs) et dont le remake du film de Romero, The Crazies, est un parfait exemple : on cherche à tout prix de la profondeur, de l’humanité dans les personnages principaux, comme si ce qui leur arrivait ne pouvait pas être compris sans une description approfondie de tout l’univers qui les entoure.
Ce qui fait que le film, bizarrement, se traine en longue, entre des allers/retours incessant du labo à la grange, en passant par l’appart alors que justement, ce qui aurait pu faire tout l’intérêt de Splice, c’est de se contenter de rester dans un laboratoire froid et déshumanisé. On y aurait gagné dans le message même si on y aurait perdu dans l’empathie pour les personnages.
Mais Splice est aussi une œuvre originale, très bossée, voire chiadée et avec beaucoup de caractère. On aimera ou pas la tournure que prend le scénario, comme ce final un tantinet tiré par les cheveux (mais somme toute assez logique). Et puis les fans d’Adrien Brody en auront pour leur argent (tout comme ceux de Delphine Chaneac, complètement méconnaissable ici) : il est presque de tous les plans et crève l’écran, malgré une coupe de cheveux improbable et la voix française de Sam Worthington… Ce dernier point étant particulièrement ennuyeux, vu le physique de type brindille de mister Brod’.
Splice de Vincenzo Natali | Scénario de Vincenzo Natali, Antoinette Terry Bryant et Doug Taylor | Photographie de Tetsuo Nagata | Musique de Cyrille Aufort | Avec Sarah Polley, Adrien Brody, Delphine Chaneac, Brandon McGibbon, Simona Maicanescu, David Hewlett, Abigail Chu, Jonathan Payne | France et Canada | 2010 | 107 min. | Science fiction et Fantastique | Distribué par Gaumont Distribution | Crédit photographique : Gaumont Distribution
- Vous noterez donc que le propos relatif au clonage et la génétique n’évolue donc pas depuis que l’on fait des films de SF sur cette thématique. [↩]






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