Il était une fois dans l’Ouest de Sergio Leone
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L’histoire d’Il était une fois dans l’Ouest se situe à l’époque du Far West. Fraichement débarqué de la Nouvelle Orlean, Jill McBain (Claudia Cardinale) hérite des terres de son mari, tué avec ses trois enfants, alors qu’il prépare une fête pour sa femme. Ces terres sont convoitées par Morton (Gabriele Ferzetti), le commanditaire du crime puisque celles-ci ont de la valeur maintenant que le chemin de fer doit y passer. Il est aidé par Franck (Henry Fonda), le chef de gang. Mais les soupçons se portent sur un aventurier, Le Cheyenne (Jason Robards). Pendant ce temps là , Un homme sans nom qui joue de l’Harmonica (Charles Bronson), cherche à se venger. Il prêtera son concours à Jill pour se débarrasser des sbires de Morton et dans le même temps, assouvir sa vengeance….
Il était une fois dans l’Ouest – trailer – 1968
IIl était une fois dans l’Ouest, véritable chef d’œuvre plus que simplement culte, insiste sur le passage entre deux époques et dont la tonalité désenchantée se prolongera dans Il était une fois la Révolution, annonce, par le double thème du duo et de la désillusion Il était une fois en Amérique, le dernier film de Leone. Les trois films, sans être des suites, sont toutefois à voir dans l’ordre chronologique puisqu’ils traitent d’un pan de l’histoire de l’Amérique. On pourrait même rajouter Le Bon, La Brute et le Truand puisque ce dernier se situe en pleine guerre de sécession, réel début des Etats-Unis tels que nous les connaissons aujourd’hui, entre le déchirement du Sud et du Nord.
Il était une fois dans l’Ouest multiplie ainsi les savants cadrages et installe dans l’espace les personnages d’une façon souvent saisissante : fréquentes plongées et contre plongées, caméra placée sous un angle particulièrement insolite qui allonge les silhouettes ou remplit l’écran avec yeux présentés en très gros plans. Les combats sont filmés en deux temps comme autant de ballets : d’abord, une lente montée de l’attente qui accroît la tension avant que l’exaspération des nerfs n’explose dans les coups de feu. Ce procédé, déjà bien testé dans Une poignée de Dollars et Le Bon, La Brute et le Truand3 est donc ici appuyé.
Il était une fois dans l’Ouest se veut ainsi, dans une certaine mesure, prophétique. Ce n’est pas un mystère que de dire que Leone était féru d’histoire américaine et a toujours voulu inscrire ses films dans une réalité historique. On assiste donc ici au passage entre une Amérique très virile à une Amérique fondée sur le matriarcat. En effet, à l’époque de la réalisation du film, c’est-à -dire fin des années 1960, le mouvement de la libération de la femme connaissait son apogée aux États-Unis et Leone tient à marquer la différence en la symbolisant par le personnage interprété par Claudia Cardinale. Elle est forte, sait faire face avec ses armes. Le passage entre les deux époques est d’ailleurs parfaitement symbolisé par la construction de la voie ferrée qui relie non seulement deux espaces aux paysages différents et contrastés, l’Est et l’Ouest, mais aussi deux temps, celui des Pionniers du Far West qui s’efface peu à peu devant celui de la Civilisation moderne, qui se trouvait à l’Est. Le décalage est flagrant et les hommes de l’Ouest doivent laisser leur place. Le train est d’ailleurs souvent un élément du décor chez Leone, presqu’un personnage principal et il s’en sert d’ailleurs à plusieurs reprises dans ses autres films.
L’un des intérêts du scénario d’Il était une fois dans l’Ouest, écrit en partie par Bernardo Bertolucci et Dario Argento, est d’en montrer les répercussions sur les personnages eux-mêmes qui n’ont d’autre choix que de disparaître ou de s’adapter. En effet, trois d’entre eux ne peuvent pas s’intégrer et sont appelés à disparaitre. Leone les montre tour à tour. C’est d’abord Frank, hors-la-loi, chef de bande et rebelle à toute légalité, qui représente une époque révolue car désormais, la Loi se généralise. Le bandit généreux, Cheyenne, dont le romantisme n’a plus sa place dans une société devenue mercantile. C’est enfin L’Homme à l’Harmonica dont le mode de vie fondé sur le sens de la justice et le goût pour la solitude ne peut s’accommoder d’un monde de plus en plus organisé et collectif.
La fin du film est d’ailleurs magistrale à ce propos puisqu’un beau mouvement de caméra, par un travelling circulaire, montre, en un plan de plus en plus général, le chantier du chemin de fer, puis les dizaines d’ouvriers (en grand majorité chinois) travaillant d’arrache-pied et le personnage de l’Harmonica qui s’y fond comme s’il disparaissait en tant qu’individu, comme s’il s’agissait de la fin de l’individu au profit d’une société collective et globale. On le voit ainsi s’effacer et se fondre totalement dans le décor.
Jill, interprétée par Claudia Cardinale, prête à tout pour survivre après la mort de son mari, est la seule à réussir ce passage entre l’ancien et le nouveau monde. La séquence finale, qui la montre donnant de l’eau aux ouvriers, signifie sans doute la fidélité à ses origines, car elle choisit les ouvriers exploités et humiliés comme elle en même temps que son adaptabilité, les ouvriers construisant l’avenir. C’est Bernardo Bertolucci qui a proposé à Leone de centrer l’histoire du film sur un personnage féminin. Et il a très bien fait d’insister puisque c’est à travers ce personnage, le seul féminin, que se matérialise le passage des époques tout au autant que le féminisme qui arrivera.
Mais ce qui a fait aussi le succès d’Il était une fois dans l’Ouest, c’est sa musique originale, celle de l’immense Ennio Morricone qui joue sur les mêmes thèmes que les autres films de Leone, apportant de la grandeur à un simple western que le qualificatif de Spaghetti essaye de rabaisser. Les partitions sont géniale autant que surprenante. Le score de l’Homme à l’Harmonica divin et bien entendu la musique qui accompagne le dernier plan est magistral. Sans cette musique, le film aurait surement moins d’ampleur, tout comme les autres films de Leone, de toute façon. C’est peut etre aussi pour cette raison que le film totalisera 14 millions d’entrées au Box office français et en fera l’un des westerns les plus marquant…
Il était une fois dans l’Ouest (Once Upon a Time in the West et C’era una volta il West) de Sergio Leone | Scenario de Dario Argento, Bernardo Bertolucci, Sergio Donati, Mickey Knox et Sergio Leone | Photographie de Tonino Delli Colli | Musique d’Ennio Morricone | Avec Charles Bronson, Henry Fonda, Claudia Cardinale, Jason Robards, Jack Elam, Frank Wolff, Woody Strode, Lionel Stander, Keenan Wynn, Gabriele Ferzetti | Italie et Etats-Unis | 1968 | 165 min. | Distribué par Carlotta Films
- Même si le second Il était une fois la révolution n’a ce commencement de titre qu’en français [↩]
- Voir par exemple, celles de Jacques Lourcelles dans son dictionnaire du cinéma consacré aux films et édité chez Laffont. [↩]
- Voir la séquence de fin avec comme musique [↩]











































On peut dire que les films de Sergio Leone sont des films qui ont de la gueule ! Tant dans sa façon de filmer (l’impact des cadrages comme tu l’expliques est vraiment typique à son style) que par le choix de ses acteurs ! Je reste définitivement une inconditionnelle de Sergio Leone !
Il était une fois dans l’ouest un des plu grands western de tous les temps que dis-je un des plus grands film de tous les temps. . J’en ai une copie et je l’écoute à tous les ans. Il n’y a pas un film que j’ai vu plus souvent, et je le découvre à tous les fois.
Gipi