Agora d’Alejandro Amenábar

Quand on était petit, on avait tous un métier de rêve. Le mien c’était archéologue, mais archéologue en Égypte. J’avais même fait un exposé sur ce fascinant pays. Si je vous raconte ça, c’est parce qu’en ce début d’année 2010 je me souviens d’être allée voir un film dont le décor m’avait rappelé ce rêve d’enfant, Agora, un péplum philosophique.

Dans ma ville, il y a des cactus.

Quant au paysage, il n’y a rien à redire, du moins dans l’ensemble, parce que si on s’arrête à quelques petits détails, on peut voir certains éléments qui ne s’y trouvaient pas en 391 après Jésus-Christ. Vous voulez certainement un exemple, et bien en voilà un: les cactus qu’on peut voir dans les rues d’Alexandrie. Figurez-vous que cette fleur fut implantée en Méditerranée qu’après la découverte de l’Amérique, soit qu’après 1492. Et entre 391 et 1492, il y a tout de même un millénaire d’écart. Aïe Aïe!
Mis à part cela, on reconnaît l’architecture de l’époque: ses constructions en granit, ses théâtres, ses vestibules, ses temples et surtout lieu de scène principal, sa bibliothèque. D’entrée une envie nous surprendra: se plonger dans ce décor et s’y perdre quelques instants au milieu de la multitude de rouleaux de parchemins.

Dans ce domaine, Agora est donc plutôt réussit, j’ai pu rêver pendant tout le long du film.

Commençons par le commencement: l’enseignement et la découverte, autrement dit la transmission du savoir auquel Hypatie était très attachée au point d’en sacrifier sa vie. Agora est avant tout l’histoire du périple de la quête d’Hypatie, philosophe et astronome. Elle enseignait à quelques disciples les travaux de Platon et d’Aristote. C’était l’occasion de réviser des classiques. Au-delà de son enseignement, Hypathie cherche à comprendre le mécanisme du système solaire et la formule qui prouvera que la Terre tourne autour du soleil et non l’inverse comme il était coutume de le croire. La bibliothèque était donc pour elle un trésor vu qu’elle archivait tous les travaux de grands mathématiciens, philosophes, astronomes… travaux qui pouvaient l’aiguiller dans sa vocation!

Vocation enrayée par des principes religieux. La religion chrétienne commence à s’implanter à Alexandrie. Religion qui bafoue la science, dénigre la liberté d’expression pour la femme. Ces deux éléments avaient donc tout pour faire taire Hypathie. Déterminée, elle continuait cependant ses recherches, car elle était persuadée d’être proche de résoudre le mystère du système solaire. Malgré les mises en garde d’Oreste, un disciple d’Hypathie nommé préfet impérial, Hypathie persiste. Si Oreste faisait preuve de tant de prévention à son égard, c’est parce qu’il en était épris. Hypathie se réfugie dans la Bibliothèque d’Alexandrie la sachant menacée par les chrétiens, où elle tente de sauvegarder tous les travaux qu’elle peut, travaux si précieux à ses yeux, avant que la Bibliothèque ne soit incendiée. L’un de ses disciples, Davus, est tiraillé entre deux choix : celui de se convertir au christianisme qui monte en puissance ou rester fidèle à l’amour qu’il porte pour Hypathie. En plus d’être un film historique et philosophique, Agora est aussi une histoire d’amour. Et le mérite dans tout ça, c’est que ça n’est pas mielleux du tout! Il faut dire que les acteurs font preuve d’honnête maturité.

Guerre des religions.

L’autre point important dans ce film est l’accent mis sur l’implantation du christianisme dans l’Égypte romaine. Pendant qu’Hypathie s’adonnait à comprendre comment fonctionnait le système solaire, des conflits sanglants entre diverses communautés religieuses faisaient rage. Dès qu’un principe  ou une parole s’avère aller à l’encontre d’un autre contraire, les convertis se faisaient la guerre jusqu’à s’entretuer les uns après les autres. Et le film représente suffisamment ces discordes: lapidations, massacres aux armes blanches, etc.

Les chrétiens accusaient Hypathie d’entraver la réconciliation entre le préfet Oreste et le patriarche Cyrille d’Alexandrie que l’on peut voir quelques minutes. Patriarche qui a l’air de comprendre les intentions d’Hypathie, mais qui se voit contraint à quelques obligations pour mener à bien les accords… Agora a le mérite de dénoncer jusqu’où les hommes peuvent aller au nom de leur religion: tuer.

Agora a un titre plus que justifié: en Grèce antique, l’Agora désignait le marché de la Cité où s’échangeait diverses cultures et était la place des institutions politiques où s’élaboraient les lois. L’Agora c’était comme le forum romain antique. On comprend donc le choix d’Alejandro Amenábar de nommer ainsi son film.

Un autre point fort: les dialogues très pertinents et intéressants et qui passent même potablement en VF.

Si vous hésitiez, ne serait-ce que pour rêver, et bien ne le faites plus et regardez cette petite merveille qui vaut le coup d’oeil même si quelques petites erreurs, autre qu’un cactus, historiques se sont glissées. En plus, le casting fut mené avec brio. La belle Rachel Weisz nous émerveille.

Agora d’Alejandro Amenábar | Scénario de Mateo Gil et Alejandro Amenábar | Photographie de Xavi Giménez | Musique de Dario Marianelli | Avec Rachel Weisz, Max Minghella, Oscar Isaac, Ashraf Barhom, Michael Lonsdale, Rupert Evans, Richard Durden, Sami Samir | Etats-Unis et Espagne | 2009 | 127 min. | Drame, Aventure et Historique | Distribué par Mars Distribution | Plus d’info ici