Shinjuku Incident de Derek Yee
Jackie Chan ne tourne pas souvent des films dramatiques. C’est bien dommage parce qu’il se révèle dans Shinjuku Incident parfait. On a même peine à croire que c’est bien lui le personnage principal qui n’est pour une fois le gentil petit chinois qui va sauver le monde. Le film de Dererk Yee est prénant, emballant, dur, raconte une vraie histoire (celle des milliers de chinois qui se sont exilé au début des années 1990 au Japon) sous fond de triade et yakuzas, et Shinjuku Incident aurait assurément mérité une sortie cinéma, ne serait-ce que pour voir une épopée actuelle, faite de heurts, de tragédie et qui nous ramène fatalement à quotidien que certains connaissent toujours aujourd’hui : l’exil, le déracinement, la perte de repère et la volonté, malgré tout, de survivre dans un endroit légèrement (c’est un euphémisme) hostile.
Au début des années 90, un réparateur de tracteurs chinois nommé « Tête de fer » entre de façon illégale au Japon à la recherche de sa petite amie Xiu Xiu. Celui-ci commence à travailler avec son nouvel ami Jie à Shinjuku, un quartier très vivant de Tokyo, en acceptant les petits boulots au jour le jour. Quand il finit néanmoins par apprendre que sa promise est désormais mariée à Eguchi, un leader des yakuzas, il décide de rester au Japon et de demander la nationalité japonaise. Pour veiller alors sur elle tout en obtenant la nationalité japonaise, il entre sous les ordres de Eguchi et devient un tueur à gages mais, bientôt, « Tête de fer » s’est tant imprégné du pouvoir et du monde des yakuzas qu’il lui semble ne plus être possible de faire demi-tour…
http://www.youtube.com/v/qWdIyUbdZSA?fs=1&hl=fr_FR
Shinjuku Incident- trailer – 2008
Shinjuku Incident est un film à la manière des affranchis. C’est-à-dire qu’il raconte la montée en puissance d’un groupe de personnes que rien ne prédestinait à dominer le marché. Se rendant compte, le personnage principal comme les autres, que les chinois ne pourrait pas facilement s’intégrer au Japon, le Tête de fer va prendre la voie de l’illégalité et mener sa petite troupe à commettre des actions répréhensible tout en améliorant grandement son quotidien.
On retrouve certains acteurs que l’on a l’habitude de voir, comme Lam Suet ou Ken Watanabe dans Shinjuku Incident, porté par un Jackie Chan et on même donner une mention spéciale à Fan Bingbing (Lily) qui est sublime ici. Les uns et les autres campent leurs rôles à la perfection, du gentil gars qui veut avoir un boulot honnête et qui se fera couper une main (passage assez dur) au flic qui se prend de sympathie pour ses immigrés chinois.
Le propos peut, à certains moments, est un peu trop gentillet, voire complaisant. C’est un film chinois et non pas japonais et il est logique que le point de vue adopté, malgré les actions répréhensibles de ces personnages principaux, soient minimisés. Il raconte une histoire qui sent le vécu, tout comme l’impossibilité pour des chinois de s’intégrer dans un univers japonais, malgré pourtant la seule mer qui les sépare. Bien entendu, aujourd’hui, il y a beaucoup moins d’exils autres que politique puisque la situation économique de la Chine s’est grandement améliorée et le Japon subit d’ailleurs une immigration d’un autre ordre. C’est peut-être aussi pour cela que le film est fait : pour ne pas oublier cette période, faite d’humiliation contemporaine pour un peuple qui peut-être revanchard. Tout du moins est-ce la réflexion que l’on peut se faire à la vision de Shinjuku Incident. Ce n’est peut-être pas la seule mais c’est celle qui marque lors de la scène finale.
Mélangeant un peu moins les genres – comédie, drame, thriller… – comme souvent, le film de Derek Yee est ici à la mesure de ses ambitions : présenter un personnage, des personnages dans un univers où des nouveaux codes doivent voir le jour pour survivre. C’est aussi basique que cela et cela fonctionne parfaitement ici. Encore une fois, on se demande bien pourquoi une sortie cinéma ne pouvait pas être envisageable, si ce n’est peut-être égratigner l’image que l’on a de Jackie Chan, le gentil petit chinois rieur redresseur de tord. Mais c’est un acteur, et comme tous les acteurs, il est possible qu’il change de registre et adopte ici un point de vue plus adulte, plus conforme d’ailleurs à son âge. Moins ostentatoire, son jeu est ici plus en retenue et en action retenue. Le passage des égouts est là pour le montrer, tout comme la décision qu’il prend de créer un gang qui va déclencher une guerre sans merci avec les yakuzas.
Le point de vue de Derek Yee peut sembler partial. Mais après tout, c’est le même point de vue qu’un réalisateur américain sur la guerre du Vietnam, qu’un coréen du sud sur la guerre de Corée ou les relations que ce peuple peut entretenir avec ses voisins chinois ou japonais. On peut reprocher tout de même le manque de subtilité final, trop happy end, et le fait que les méchants des deux camps soient morts pour que vivent les gentils. Mais c’est un défaut récurrent dans le cinéma et c’est donc pas vraiment quelque chose de rédhibitoire.
Shinjuku Incident (San suk si gin) de Tung-Shing Yee (Derek Yee) | Scénario de Derek Yee et Chun Tin-nam | Photographie de Nobuyasu Kita | Musique de Peter Kam | Avec Jackie Chan, Ken Watanabe, Jinglei Xu, Daniel Wu, Yasuaki Kurata, Bingbing Fan, Naoto Takenaka, Suet Lam, Kar Lok Chin, Hiroyuki Nagato, Jack Kao, Masaya Kato | Hong-Kong | 2008 | 120 min. | Action et Drame |
























