Chatroom de Hideo Nakata
Sortie le 11 août 2010
Le célèbre réalisateur de film d’horreur Hideo Nakata ( Ring (1997), Ring 2 (1998) ou encore Dark Water (2002)) s’attaque avec Chatroom, l’adaptation d’une pièce de théâtre écrite pour les jeunes par Enda Walsh (qui a également écrit le scénario pour le grand écran), à un genre qu’il maitrise un peu moins, le thriller. Après l’impact des magnétoscopes sur les adolescents opérés dans Ring, quoi de mieux que de s’attaquer maintenant à celui causé par internet et les chats sur cette jeune génération, qui permet de rentrer en contact avec n’importe qui, n’importe où et de pointer les excès et les dérives d’une jeunesse en perte de repères, quelque soit le milieu dans lesquels ils vivent.

William (Aaron Johnson), 17 ans, passe son temps derrière son ordinateur à surfer sur internet. Il ouvre ainsi un forum de discussion pour les adolescents de sa ville qu’il appelle « Chelsea teens! », avec le point d’exclamation.
Rejoints par Eva (Imogen Poots), Emily (Hannah Murray), Mo (Daniel Kaluuya) et Jim (Matthew Beard), tous vident leurs sacs sur leurs parents, leurs soi-disant amis, leurs émois, leurs traumatismes…et s’apprêtent à vivre une nouvelle expérience, bien réelle, malgré certains d’entre eux…
http://www.youtube.com/v/_OxSvLiPJ5s?fs=1&hl=fr_FR
Chatroom – trailer – 2010
Si Chatroom a été présenté en compétition officielle du Festival de Cannes 2010 dans la catégorie « Un certain regard », c’est qu’il est d’abord, visuellement assez bien fait. En effet, la réalisation s’est concentré sur deux mondes, le monde virtuel, qui est coloré et lumineux et le monde réel , plutôt grisâtre, sans couleurs et terne. Cette dualité, qui est palpable tout au long du film de Nakata est réellement la toile de fond, pour ne pas dire la pièce maitresse qui va donc servir de moteur à l’histoire. La virtualité est d’ailleurs matérialisée avec un joli couloir et des pièces qu’empruntent les « chateurs » au gré de leurs envies du moment, comme les rooms de chats de n’importe quel site qui traine sur la toile. Cette conception en 3D est donc bien foutue, avec du vert comme toile de fond et décorées selon les goûts des protagonistes. Matérialisée de manière jolie, elles sont donc le lien qui unissent les uns et les autres et qui nous permettent nous, spectateurs, de s’immerger un peu plus en amont
Dans le monde virtuel, les adolescents sont libres et, sans contraintes d’aucune sortes, peuvent laisser libre court à leurs pensées et projeter certains de leurs fantasmes. Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois et c’est sans contexte le cas de William, adolescents à problèmes et vaguement suicidaire, pour manipuler ses gentils camarades.
Ces derniers ont d’ailleurs tous plus ou moins un problème. Plus ou moins grave, d’ailleurs. C’est à se demander si pour Nakata, la toile n’est qu’un dangereux repère de psychopathes et pervers en tout genre : manipulateurs, sociopathes, dépressifs, misanthropes, égocentriques, nihilistes et bien sûr nos stars du net parmi les stars, les pédophiles. Rien n’est évidemment épargné ici et à l’instar d’un Romero avec son Diary of the Dead, il semble que papy Nakata ait un train de retard en ce qui concerne l’utilisation de cette nouvelle technologie qu’est le web. On peut certes comprendre qu’au Japon, on se suicide pour un rien mais faut-il néanmoins en faire un film où les salons de chat sont des repères où les gens laissent libre court à toutes leurs perversités ?
C’est pourtant le point de vue choisi et il est quelque peu désagréable pour qui connaît un tantinet le net et les chats. Il y a bien sûr des grands malades mais l’histoire ici présentée manque cruellement de psychologie adolescente. On a ici un patchwork, à travers les cinq adolescents, de ce qui se fait de pire en matière de « cybersocial », sans aucun filet de sécurité alors que le principe du net est la liberté. On passe bien sûr ici sur le fait que la représentation des certains personnages est très tiré par les cheveux. N’est pas psy qui veut et j’ai un peu de doutes sur Enda Walsh qui nous a pondu et la pièce de théâtre et la trame du scénario. Mais passons.
Les acteurs de Chatroom sont plus ou moins déjà des acteurs chevronnés. Aaron Johnson, que tout le monde connaît depuis Kick Ass est ici magistral, sachant jouant à l’adolescent à (très gros) problèmes dans le monde réel et le dangereux manipulateur dans le monde virtuel. Imogen Poots (28 semaines plus tard, Cracks et la très jolie sorcière dans Centurion), la fille modèle qui ne supporte plus ses amies qu’elle trouve pathétique et méchante est divine en future ex copine de Williams (d’ailleurs, il y a de grandes chances qu’elle fasse une longue carrière). Matthew Beard (Hippie Hippie Shake, Une éducation) est terrible en dépressif et mal dans sa peau, par qui l’histoire va arriver (un peu trop d’ailleurs). Hannah Murray, encensé un peu de partout pour son rôle dans ce film semble un peu en retrait mais assez craquante. Et enfin, Daniel Kaluuya, oscillant entre l’amour pour la sœur d’un de ses amis, de 6 ans son cadet et l’envie de voir plus loin, en ayant les épaules rentrées, joue également très bien l’adolescent qui ne sait pas encore très bien où se situer.
Tout ce petit monde a donc été bien choisi à merveille et le réalisateur insiste également sur leur vie de tous les jours, où on apprend que le cher William est le fils d’une romancière à succès, Grace (Megan Dodds), qui écrit les histoires d’un Riley sur plusieurs tomes (et qu’il déteste profondément puisque c’est également le nom de son frère). Comment d’ailleurs ne pas voir là un clin d’œil appuyé à J.K. Rowling, à travers le personnage de la mère de William ?
Mais ce dernier est le maitre d’œuvre, du jeu si vous préférez, qui va tout faire pour briser et faire craquer ce brave Jim et qui y parviendra… (Presque). Jouant sur plusieurs cordes, insistant sur le « no future » de ce dernier et sur la séparation impromptue avec son père des années plus tôt, il va lui faire commettre l’irréparable. Enfin, du moins est-ce la trame principale de l’histoire de Chatroom.
Et un peu la seule d’ailleurs, ce qui fait que ce brave Chatroom, avec des images assez sombres de la toile, est assez pauvre finalement, sans twist final ni effet de manche. C’est sûr que l’on y aurait perdu en impact psychologique mais que l’on y aurait gagné en intérêt. Car on peut trouver le temps long en certains moments et c’est bien dommage.
Certains détails sont néanmoins à retenir, comme la relation au début entre Jim et la fille de passage, Candy (joué par la très jolie également Tuppence Middleton), qui trouve le garçon a son gout malgré la timidité de ce dernier. Elle le fera entrer dans des magasins et essaiera des vêtements devant lui, avant qu’il ne foute le camp, effrayé. Cela pour le gout, niveau psychologie, c’est plutôt bien réussi puisqu’il y en général souvent une fille comme cela à cet âge, qui a envie de jouer les bonnes fées. C’est juste dommage que ce personnage ne soit pas plus approfondie et totalement laissé de coté après la fuite de Jim. Pour sûr que l’on y aurait gagné en complexité psychologique mais tant pis1.
La musique du célèbre compositeur Kenji Kawai et la photographie de Benoît Delhomme sont aussi des éléments essentiels puisqu’elles donnent un impact fort à la réalisateur de Nakata et permet au film d’avoir une identité visuelle et auditive assez forte, ce qui n’est pas négligeable pour un film de ce calibre (niveau budget, j’entends). Le souci du détail a été poussé jusqu’aux fringues qui sont très bien étudiés et collent parfaitement à l’univers, tout comme d’ailleurs, les coupes de cheveux des personnages, plus ternes dans la réalité que dans le virtuel.
Tout ceci pour dire que finalement, et vous l’aurez compris, que Chatroom est une jolie œuvre au niveau formel. Mais sur le fond, cela pêche gentiment de tous les côtés. Le film aurait été fait il y a cinq années, je ne dis pas mais depuis, les myspace, facebook et twitter sont passés par là , sans compter que les chan IRC qui ne sont plus là que pour faire rire le chaland, comme le prouvait le défunt bash.fr avant de se refaire baptiser. Le virtuel a donc bougé, les lignes de démarcation aussi et il aurait été bien que le propos soit un plus actuel. Mais on gardera en tête plusieurs images du dernier Nakata et rien que pour cela, le réalisateur japonais a réussi son pari…
Chatroom de Hideo Nakata | Scénario de Enda Walsh d’après l’oeuvre d’Enda Walsh | Photographie de Benoît Delhomme | Musique de Kenji Kawai | Avec Aaron Johnson, Imogen Poots, Matthew Beard, Hannah Murray, Daniel Kaluuya, Megan Dodds, Michelle Fairley, Nicholas Gleaves, Jacob Anderson, Tuppence Middleton, Ophelia Lovibond, Richard Madden | Grande-Bretagne | 2010 | 87 min. | Thriller | Distribué par Diaphana Distribution | Crédit photographique : Diaphana.
- Peut-être que certaines scènes ont été coupées et qu’on les retrouvera dans le DVD, même si je n’y crois pas trop. [↩]








































Pas distribué à moins de 150km de chez moi. Dégoutée que je suis.
Ah ça, j’ai fait 70 bornes pour le voir (bon j’ai pas fait que ça mais presque). Je compatis.
[groupie]Mattthew Beard!!!![/groupie]
Vivement que Sonia rentre de vacances que j’aille le voir en sa compagnie, il me branchait bien quand j’ai vu la BA.
Ah parce qu’il est connu, Mattthew Beard??
je ne suis pas encore à la page concernant les djeuns…
Je ne sais pas s’il est connu tu sais. C’pas parce que j’aime un acteur qu’il est connu :p mais c’est surtout que je l’avais vu dans Une éducation (et j’ai trouvé ce film plat même si romantique…).
Ah oui, non mais je croyais qu’il avait déjà un fan club, des groupies, des mugs avec son nom en rose, toussa toussa.
Si c’est juste parce qu’il a joué dans Une éducation, ça va ^^
et l’actrice est terrible dans ce film mais elle a l’air plate de chez plate dans le dernier Oliver Stone…
Je l’ai vu et j’ai beaucoup aimé.
Ce qui m’ennuis plus en fait c’est que je suis allé le voir avec une fille mais je ne sais plus du tout laquelle…
je l’ai enfin vu. J’ voulais tellement aimer que j’ai été déçue… et pour beaucoup de raisons invoquées dans l’article.
Je l’avais vu aussi et en VO même pas sous titré, du coup je crois que j’ai plus apprécié que Djool, en tout cas, moi je l’ai bien aimé