Crime d’amour d’Alain Corneau
Sortie le 18 août 2010
Avec Alain Corneau, on a souvent droit au pire comme au meilleur. Le pire, on l’a eu avec Le Prince du Pacifique ou Le Deuxième souffle et le meilleur, on l’a eu avec Police Python 357, La Menace, Série noire, Tous les matins du monde,  Fort Saganne ou encore Le Cousin. Dans Crime d’amour, qui démarre un peu comme la bluette de combat des années 1980, Working Girl, avec une opposition classique entre deux femmes qui veulent et le poste et le mec, ici incarné par le duo Ludivine Sagnier et Kristin Scott Thomas, on a en fait deux films, deux ambiances et d’un point de vue personnel, un regain d’intérêt pour ce réalisateur. Comme quoi, il suffit d’un film. Juste dommage que l’affiche soit d’une mocheté sans nom et que la première partie soit d’une platitude à tomber par terre…
Avec Crime d’amour, nous sommes dans le décor aseptisé des bureaux d’une puissante multinationale. Deux femmes s’affrontent autant qu’elles font mines de s’apprécier… La jeune Isabelle (Ludivine Sagnier) travaille sous les ordres de Christine (Kristin Scott Thomas), une femme de pouvoir qu’elle admire sans réserve. Elle n’hésite pas à passer du temps à potasser des dossier et à remplacer sa boss pour les présenter.
Convaincue de son ascendant sur sa protégée, Christine entraîne Isabelle dans un jeu trouble et pervers de séduction et de domination. Elle n’hésite d’ailleurs pas à s’accaparer tous les mérites, et notamment ceux d’Isabelle. Mais ce jeu dangereux va trop loin, jusqu’au point de non retour, une humiliation en public, qui va entraîner chez la jeune femme un autre genre de désir…
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Crime d’amour – Bande annonce – 2010
On peut penser à l’ambiance de Police Python 357, Stupeur et tremblements et de La Menace, mais c’est plutôt du coté des films de Claude Chabrol et de Match Point d’Allen, qu’on se situe plus, à mon sens. Car il faut bien le dire, Crime d’amour est assez amoral et bien froid, malgré quelques moments soi disant « d’amour », ou la photographie et la mise en scène nous rappelle les derniers Chabrol et l’implacable vengeance amorale le point de vue d’Allen dans son Match Point.
Mais Crime d’amour est un thriller autant qu’un film policier. Le monde de l’entreprise n’est qu’une toile de fond où se manifeste les rapports les plus vifs, les plus acerbes et cruels entre être humains. Ce monde dur est un cadre souvent brossé dans ce pays mais rarement avec une certaine maitrise. On peut dire que dans l’œuvre de Corneau, c’est assez bien réussi. La photographie y est pour beaucoup (enfin l’image, puisque c’est le terme technique utilisé dans le générique, que l’on doit à Yves Angelo).
Aux antipodes du remake raté du Deuxième souffle, Crime d’amour réussi en étant simple. la seconde partie est nettement plus intéressante que la première, qui se contente juste de nous expliquer le pourquoi du comment. J’aurais bien utilisé la technique du flashback si j’avais été monteur, histoire de nous dévoiler la trame. Mais le final ne le justifie pas puisqu’en fait, ce n’est pas seulement une opposition entre deux femmes mais plusieurs protagonistes. Kristin Scott Thomas est magistrale en bonne pourriture égocentrique qui se rêve dans les bureaux de New York au lieu de Paris et Sagnier campe parfaitement son rôle de femme psychorigide, méticuleuse et ambitieuse, tout en étant issu d’un milieu modeste et peu reluisant. D’autant plus que l’absence de musique, contrebalancée par le choix judicieux d’un morceau de Pharoah Sanders, intitulé Kazuko, totalement à contre courant par rapport à l’ambiance, nous permet de nous évader à la fin, autant qu’il est parfait pour décrire les rapports entre les deux femmes.
On peut certes trouver Ludivine Sagnier complètement nulle dans ce rôle. Pour  je crois qu’elle est simplement parfaite. Elle a 30 ans, elle n’est pas encore une business girl/woman aguerrie et le côté « jeune secrétaire qui ne sait pas être boss » lui va comme un gant. Cheveux tirés, cheveux détachés, elle semble incarner deux personnages différents. Sa démarche avec des talons aiguilles, trop appuyée par moment, confirme qu’elle incarne un personnage qui n’est pas toujours à sa place. Mais la seconde partie révèle une femme froide, calculatrice et manipulatrice. Ce changement, qui s’opère physiquement (elle porte des tenues plus conformes à son rang et a détaché ses cheveux) pour l’accentuer, est bien mis en valeur par Corneau qui prend du plaisir à dresser le portrait de cette femme.
Crime d’amour aurait donc été un peu chiant s’il s’était contenté encore une fois de nous passer au vitriol les rapports humains dans l’entreprise. Mais la seconde partie mérite, je le répète, de voir le film, rien que pour voir, malgré quelques ficelles un peu grosse, une femme réussir son coup. C’est un peu l’anti thèse de Working Girl où la blonde prenait le pas sur la brune à force de gentillesse et de patience avec l’aide du gentil monsieur. Si vous avez ce film en tête, comme je l’ai eu, il y a de grandes chances que vous apprécierez le contrepied choisi par Corneau. Mais si vous avez d’autres Å“uvres, des trucs plus intenses, plus dramatiques et peut-être plus approfondis au niveau des études de caractère, Crime d’amour va un peu vous énerver (ou vous endormir).
Crime d’amour d’Alain Corneau | Scénario d’Alain Corneau et Nathalie Carter | Photographie d’Yves Angelo | Sans musique sauf Pharoah Sanders et le morceau Kazuko | Avec Ludivine Sagnier, Kristin Scott Thomas, Patrick Mille, Guillaume Marquet, Gérald Laroche, Julien Rochefort, Olivier Rabourdin, Marie Guillard, Mike Powers, Matthew Gonder | France | 2009 |104 min . | Thriller | Distribué par UGC Distribution | Crédit photographique : UGC Distribution









































Intéressant… je vais sûrement m’y intéresser. Merci.
Je ne sais pas ce que vaut le film mais l’article donne envie
La comparaison avec Match Point est loin d’être malvenue, à un détail près, et tu le dis bien : « on peut trouver Ludivine Sagnier complètement nulle ».
C’est mon seul souci vis à vis de ce film que j’ai hautement apprécié malgré sa prestation plus que discutable. Tous les acteurs sont parfaits sauf elle. Ce qui est problématique quand on sait que c’est l’actrice principale, et pour le coup, Testud eut été un choix 1000 fois plus judicieux, tant l’excellence des autres acteurs fait ressortir le jeu ma foutu de Sagnier.
Patrick Mille en connard opportuniste jeté comme un os aux chiens alors que bon, il mérite pas à ce point ce qui lui arrive (un peu comme Scarlett Johannsonn dans Match Point d’ailleurs).
Kristin Scott-Thomas en biatche manipulatrice froide, rôle dans lequel elle a souvent excellé.
Daniel, l’assistant : c’est la 1ere fois que je vois cet acteur, mais alors pour moi, ce second rôle est une révélation, il gère super bien, surtout le twist final, j’aurais jamais pensé qu’il « savait », tant son jeu était subtil.
Pour justifier en quoi le jeu de Sagnier me gêne : je dirais simplement que ce rôle n’est absolument pas fait pour elle. Sa façon de regarder avec des yeux de veau sa boss quand elle découvre que cette dernière la prend pour une conne alors que bon, elle est censé être une nana intelligente mais un peu naïve, là elle a juste un air complètement idiot.
A la fin quand elle fait sa belle genre : « regardez, j’ai pris la place de la boss » elle en fait archi des caisses alors que justement, après tout ce qu’il vient de se passer, le personnage aurait nécessité de la subtilité et un tant soit peu de profil bas.
Les moments où elle a l’air perdue, c’est tellement pas crédible que ça annonce immanquablement la suite et gâche une partie de l’effet de surprise.
Bref, de toutes façons Sagnier en working Girl opportuniste mais naïve, ça fonctionne pas. J’imagine que Cornaud l’a prise parce que justement son visage respire la naïveté, mais à mon sens, il fallait une actrice qui sache jouer ça, pas qui en ait l’air au naturel.
Il n’en reste pas moins qu’on a un scénario solide, une mise en scène sobre mais efficace… On ne se fait pas chier.
Mais quand même, je reviens sur Sagnier, quand elle se met à chialer dans le parking, mais ce lol quoi,PERSONNE ne chiale comme ça, même s’il est fortement désappointé.
Bon, j’avais tartiné un super long commentaire pour expliquer que j’avais globalement beaucoup apprécié le film, mais que j’avais trouvé la prestation de Ludivine Sagnier déplorable.
J’avais justifié point par point toutes les phases de jeu où elle était à la limite du ridicule, ôtant absolument toute once de crédibilité de la femme naïve working girl qui devient manipulatrice.
J’avais souligné le talent de Mille, Scoot Thomas, et surtout de la révélation du film : Daniel l’assistant. Mais j’ai la flemme alors on en parlera de vive voix, huhu.
Je sais pas si Testud aurait eu l’air mieux. Surement en tant qu’actrice mais elle a l’air beaucoup moins candide que Sagnier, je trouve. Après, c’est sur qu’il y a des séquences qui sont limites, limites.
Et Guillaume Marquet, le Daniel dans le film, est bon. C’est clair.