Wall Street : l’argent ne dort jamais d’Oliver Stone
Fallait-il faire une suite à Wall Street ? La réponse serait, au regard de l’œuvre en question, toute trouvée : non. Mais l’auteur de ses lignes a complètement oublié le premier du nom, et comme une nouvelle génération, a peut-être besoin de cours de rattrapage sur la bourse. Sauf que le dernier film d’Oliver Stone, réalisateur que j’ai toujours bien aimé malgré ses derniers films relativement mou du genou et trop tape à l’œil pour être honnête, se révèle être plus un pauvre thriller à suspense qu’une réelle œuvre mélangeant à la fois l’actualité, une histoire digne d’intérêt et un petit coté pédagogique qui n’aurait pas été de refus, au regard de la crise un peu incompréhensible pour le commun des mortels que le monde a un subi de plein fouet.

Wall Street, New York : en plein krach boursier de 2008, un jeune trader, Jacob Moore (Shia LaBeouf), est prêt à tout pour venger son mentor, Louis Zabel (Frank Langella) que d’obscures tractations financières ont poussé au suicide. Il demande de l’aide à Gordon Gekko (Michael Douglas), le meilleur – et le pire – des gourous de la finance, qui vient de sortir de 8 ans de prison pour délit d’initié. Ayant rompu avec sa fille Winnie (Carey Mulligan) et désirant renouer le contact avec elle, Gekko va tout faire pour que son petit ami, qui n’est autre que Jacob, l’aide dans son entreprise. Il va apprendre à ses dépens que Gekko reste un maître de la manipulation, et que l’argent ne dort jamais.
http://www.youtube.com/v/CubwfzVXDIo?fs=1&hl=fr_FR
Wall Street : l’argent ne dort jamais – trailer – 2010
Wall Street : l’argent ne dort jamais est surtout une histoire de guest, avant tout. On a donc droit ici à un passage de Bud Fox, joué par Charlie Sheen, mais également de Donald Trump et Oliver Stone lui-même. Sans évoquer, bien entendu la présence d’ Eli Wallach, qui ne s’arrête plus de tourner pour terminer sa carrière en beauté, à tel point d’ailleurs que le réalisateur se paye le luxe de faire un clin d’œil à l’acteur du Bon, la Brute et le truand puisque la sonnerie de portable de Jacob est la célèbre musique du film en question.
En toile de fond, la crise. Mais elle n’est qu’en toile de fond. Pourtant, le scénariste du film, Allan Loeb, est un courtier en finances agréé. Il raconte ainsi qu’il a été lui-même fasciné par le scandale Madoff aux États-Unis. Mais et on ne comprend pas pourquoi le réalisateur Oliver Stone a nié le fait que son film fasse référence au célèbre banquier New Yorkais. Cela aurait donné un peu plus d’impact à cette histoire qui ne tourne finalement qu’autour d’une (très mauvaise et très mal mis en perspective) vengeance d’un gentil garçon qui ne fait finalement que du fric sur le dos des autres, comme tout brave trader qu’il est. Certes, il cherche des investisseurs pour un projet lié à l’environnement, mais il n’a pas fait que sa carrière là -dessus, ce que l’histoire oublie de nous dire d’ailleurs. Car il faut que le personnage soit sympathique pour qu’il nous touche nous.
Quant à Gekko et sa fille, j’avoue que question psychologie des personnages, ça se pose un peu là . Le premier est une pourriture sans nom mais qui retrouve a un cœur à la fin du film sans que l’on comprenne trop pourquoi. Certes, il va être grand père mais il n’a pas été père. On voit que la famille, finalement, ne l’intéresse pas plus que ça et c’est assez bien souligné vers la fin pour bien nous faire comprendre que ce brave vieil homme n’a toujours pas d’âme, vu qu’il a extorqué de l’argent à sa fille pour refaire fortune avec. Sans compter que justement, cette dernière, incarnée par Carey Mulligan, révélée dans Une éducation, est un peu perdu dans tout ça et que son rôle est aussi écrit à la serpe : elle n’aime pas son père et ce qu’il représente mais elle sort avec un ses semblables. Elle ne gagne pas sa vie avec son blog de gauchiste mais ça ne lui pose pas de problèmes d’habiter les quartiers huppés de Manhattan. Elle quitte le gus à un moment sans que sa situation ne change.
Et on ne parle pas de Brolin, « le méchant de l’histoire », qui a l’air de s’ennuyer et fait le métier. Avec tout ça, Wall Street : l’argent ne dort jamais, titre très ambitieux au regard de ce pauvre film très centré sur une famille caricaturée en diable et qui manque terriblement de sympathie, ne parvient pas vraiment à faire un état des lieux à et montrer les nuisances d’un capitalisme à outrance. Peu incisif, on ne voit d’ailleurs pas vraiment pourquoi l’argent ne dort jamais dans cette histoire puisqu’on se situe finalement assez loin des marchés, hormis quelques brèves séquences ici ou là . C’est peu. C’est maigre et finalement trop anodin pour susciter un véritable intérêt.
On aurait aimé un film un peu plus poussé, avec plus d’impact, plus de personnages, plus de pays (les États-Unis et la Grande-Bretagne, pour une crise mondiale, c’est un peu court), plus d’humour, plus de distance vis-à -vis de l’histoire bête de la famille en question. Bref, un film avec un réalisateur qui en interview et en français, veut dire beaucoup de choses mais que son film ne reflète pas. On peut toujours lui suggérer de faire des films avec moins de budget et plus de liberté car le monsieur, et c’est à tout à son honneur, a beaucoup de choses à dire. Et que faire des compromis avec les studios ne le sert pas forcément dans la portée de son message.
Wall Street : l’argent ne dort jamais (Wall Street: Money Never Sleeps) d’Oliver Stone | Scénario d’Allan Loeb et Stephen Schiff d’après les personnages créées par Stanley Weiser et Oliver Stone | Photographie de Rodrigo Prieto | Musique de Craig Armstrong | Avec Michael Douglas, Shia LaBeouf, Josh Brolin, Carey Mulligan, Eli Wallach, Susan Sarandon, Frank Langella, Austin Pendleton, John Bedford Lloyd, Vanessa Ferlito | Etats-Unis | 2010 | 136 min. | Drame | Distribué par Twentieth Century Fox France







































