Jeudi soir, nous nous sommes retrouvés avec Djool sur les grands boulevards pour aller voir le dernier Blier. Vous me direz qu’à part le Grand Rex, y’a peu de cinémas dans ce coin là de Paris, et pour cause, c’est même le repère de la nomenclatura parisienne qui vient se rassasier de théâtre. Nous sommes donc bel et bien allés voir la dernière création de Bertrand Blier, Désolé pour la moquette, dans l’un des plus beaux théâtres de boulevard de Paris. L’idée lancée par Ulike et Les Théâtres Parisiens Associés est promouvoir le théâtre par rapport au cinéma et de rendre à nouveau attractif (voire populaire) ce genre de plus en plus laissé de côté.

En l’occurrence Les Théâtres Parisiens Associés, qui regroupent une cinquantaine de théâtres privés, proposent des tarifs préférentiels et des opérations spéciales. L’occasion pour nous, habitués aux salles de ciné de redécouvrir les planches. Il faut le dire la pièce qu’on nous a invité à aller voir n’a laissé personne de marbre.
Et c’est là l’originalité du théâtre : il est beaucoup moins sous la pression de l’audience et du coup se permet encore plus d’audace. Blier, scénariste et metteur en scène, ne s’est rien refusé, au point de pousser encore plus loin le grotesque auquel on est habitué chez lui (repensez au Bruit des Glaçons où le personnage recevait la visite de son cancer). Dans Désolé pour la moquette, il n’hésite pas à faire se soulever les décors pour faire apparaitre le fond du théâtre. Les acteurs discutent alors en abandonnant leur personnage : ça a le mérite de nous secouer un peu.
Il y a là un paradoxe amusant : le théâtre, fréquenté par des gens d’une moyenne d’âge élevée (j’étais sans doute le plus jeune dans la salle), et bardé de tout le prestige d’une institution très vieille (le théâtre Antoine n’en est pas moins superbe) se trouve être le lieu de l’expérimentation sur l’acteur, le décor, les scènes de sexe sur scène ou encore sur la mort du personnage. Quand on arrive à faire sens avec tout ce que l’on voit, alors c’est vraiment prenant. Le problème de Désolé pour la moquette, c’est qu’à de très nombreuses reprises, la pièce nous laisse médusés : on ne comprend pas. En l’occurrence, si ça avait été du cinéma, on aurait jugé ça impardonnable. Au théâtre, on se regarde dans le noir, on sourit et on laisse Anny Duperey nous montrer ses portes jarretelles.
Il est enfin amusant de voir que le théâtre est constamment comparé au cinéma (et je suis le premier à faire la comparaison). On ne sait plus d’ailleurs lequel des deux est le genre le plus important. En tous cas, l’initiative de Ulike et Les Théâtres Parisiens Associés a le mérite de relancer notre intérêt pour le théâtre qu’il ne faut surtout pas laisser de côté tant il nous reste des choses à apprendre de ce genre.
En conclusion, je vous laisse avec ce petit film assez bien foutu qui vous montre quelques extraits de la pièce et qui participe au débat cinéma vs théâtre :
http://www.youtube.com/v/3cvhrWkxP9w?fs=1&hl=fr_FR
Une soirée au théâtre
Désolé pour la moquette de Bertrand Blier | Mise en scène de Bertrand Blier | Avec Myriam Boyer, Anny Duperey, Patrick Préjean, Abbès Zahmani, Jean Barney
J’ai toujours vu dans l’oeuvre de Blier un auteur de théâtre qu’un réalisateur de ciné. Cet article confirme un peu ce que je pense.
Bon article, M. Q.