Eyes of War de Danis Tanovic
Sortie le 16 juin 2010
Réalisateur du très remarqué No Man’s Land, le réalisateur Danis Tanovic s’interesse avec Eyes of War (Triage en langue originale, comme le titre du roman dont il est tiré) aux photographes de guerre, ceux qui passent le plus clair de leur temps dans les zones de conflits pour ramener des images assez impressionnantes de combat, de morts et de désespoir. Métier particulier s’il en est et assez difficile à concevoir pour le commun des mortels en occident, il est évidemment assez dangereux. Adapté du livre de Scott Anderson (qui se situait aux États-Unis et transposé ici en Espagne et en Irlande), de manière assez libre puisque la relation entre certains des personnages est très lissée, voire gommée, le film ne tient malheureusement pas toutes ses promesses, peut-être justement à cause de certaines ellipses…
Photographes de guerre chevronnés, Mark (Colin Farrel, qui a pris 20 Kg de moins pour le rôle) et David (Jamie Sives) sont en mission au Kurdistan. Tandis que le premier décide de rester sur place quelques jours de plus en quête du cliché susceptible de le rendre célèbre pour qu’il puisse couvrir la guerre pour Times, le second ne supporte plus la violence et le désespoir quotidiens. Surtout, il veut rentrer pour retrouver sa femme Diane (Kelly Reilly), qui attend un enfant.
Grièvement blessé, Mark échoue dans un hôpital de campagne, avant d’être rapatrié à Dublin, où il apprend que David, lui, a disparu…
http://www.youtube.com/v/g-4S891nDcw?fs=1&hl=fr_FR
Eyes of War – Bande annonce – 2010
Si Eyes of War ne tient pas toutes ses promesses, c’est que l’histoire du livre débute réellement avec l’apparition de Joaquin, joué ici par Christopher Lee et grand père d’Elena, la copine de Marc, interprété par la jolie Paz Vega. En effet, ce vieil homme a fait office de « purificateur d’âme » pour tous les bourreaux de la guerre civile en Espagne et est considéré par sa petite fille comme un salaud pour avoir aider ces hommes à se sentir mieux..
Psychologue chevronné et qui en a vu d’autres, il est un peu le dernier recours pour Marc qui refuse de se rétablir après son séjour plus que mouvementé au Kurdistan. Le seul problème ici est d’avoir confié ce rôle à Christopher Lee. En effet, doté d’un charisme toujours aussi hallucinant et imposant, il efface, malgré ses efforts, la tension et le conflit intérieur que subit ce photographe de guerre… On ne peut évidemment pas lui en vouloir, le réalisateur le filmant sous des angles qui efface le reste. Un peu dommage lorsque l’on sait que tout se joue à travers ses deux hommes, comme aurait du se jouer également puisque c’est dans le livre, le rapprochement avec sa petite fille. Tout ceci est très vite passé au second plan et on se retrouve très rapidement avec le fin mot de l’histoire….
Mais il reste la première partie du film, très réussie et assez impressionnantes, avec ce médecin kurde (Branko Djuric) qui n’a d’autre choix, faute de médicament, que de soulager les combattants trop lourdement atteint en leur tirant une balle dessus dans le but d’abréger les souffrances. D’ailleurs, il y a deux sortes de blessés : ceux qui bénéficie d’un ticket ou une bande jaune, sensé représenter qu’ils vont s’en sortir et ceux qui auront une bande bleue, montrant ainsi que leurs blessures seront trop importantes. Dans cet enfer entre la vie et la mort, le Mark est victime de ce terrible choix à ce moment là .
Pour cette partie, Danis Tanovic la met en scène de manière sobre et efficace. Pas de melodrame ni de musique trop présente suggérant le coté dramatique et à la fois pathétique de la chose. C’est plutôt dans les rapports entre les personnages que par contre, le niveau de mise en scène n’est pas la même, comme si le réalisateur avait du mal à capter les émotions des personnages pour que cela transparaisse pleinement à l’écran. Tout est très vite, trop vite évacué, mis de coté, comme si le réalisateur serbe n’avait pas voulu s’attacher à la psychologie des personnages, pourtant ici le thème central de la chose, autant que le métier assez particulier de photographe de guerre, qui donnent à ces derniers un regard si particulier, très dur et particulièrement impressionnant. Mais ils sont aussi comme un cheveu sur la soupe, ne devant pas interférer mais ne pouvant pas faire autrement, comme cela est montré à certains moments du film.
Alors Eyes of War est autant réussi sur la transcription du métier du photographe de guerre qu’un peu loupé du coté du retour à la vie réelle. Les choix de cadrage ne sont pas toujours très excellents, la musique pas toujours mise au bon moment et on reste un peu sur notre faim à ce niveau là . C’est d’autant plus dommage que les acteurs, et Colin Farrell, le premier, se donne un mal fou à faire transparaitre un maximum d’énergie et d’enthousiasme pour ce projet. Il reste des bons mots, comme par exemple le fait que ce soit les anglais et les français qui ont contribué à ce que ce soit la merde dans pas mal de conflits actuels (avec un peu les américains maintenant d’ailleurs) et aussi l’histoire en elle-même, assez intéressante malgré tout.
Eyes of War (Triage) de Danis Tanovic | Scénario de Danis Tanovic d’après l’oeuvre de Scott Anderson | Photographie de Seamus Deasy | Musique de Lucio Godoy | Avec Colin Farrell, Christopher Lee, Paz Vega, Kelly Reilly, Jamie Sives, Branko Djuric, Mozaffar Shafeie, Ian McElhinney, Juliet Stevenson, Eileen Walsh | Belgique, Espagne et Irlande | 2009 | 96 min. | Guerre et drame | Distribué par Bac Films | Crédit photographique : Bac Films








































