Green Hornet de Michel Gondry
Sortie le 12 janvier 2011
Si on devenait des héros en se faisant passer pour des criminels ?
Le personnage du Frelon Vert (The Green Hornet) est né à la radio dans l’émission de George W. Trendle, puis adapté en série télévision en 1966. Diffusé la même année que Batman et usant des même codes que celui-ci (un héros masqué, un acolyte, une grosse voiture, des gadgets), elle a cependant moins plu et n’a donné lieu qu’à une seule saison. Mais étant le premier rôle de Bruce Lee à la télévision (dans la peau de Kato), elle a atteint le statut de série culte. A l’époque les héros n’étaient pas tout le temps en train de se prendre la tête, le monde était divisé entre gentils et méchants, et personne ne se formalisait d’être sauvé par un type en collant. Cependant Le Frelon Vert et Kato auraient pu disparaître à jamais de la culture télévisuelle (si l’on excepte la référence indirecte faite dans Kill Bill I où les 88 Furieux portent tous le masque du Green Hornet et se battent sur la musique du générique du feuilleton), justement à cause de leur absence de collants colorés. Après plusieurs adaptations, c’est Michel Gondry qui s’y colle, et pour notre plus grand plaisir…
Michel Gondry n’est pas un inconnu, et on lui doit des films aux genres aussi hétéroclites que Eternal Sunshine of the spotless mind et Be Kind Rewind. C’est d’ailleurs ce dernier long métrage qui motiva mon accompagnatrice à venir voir ce film sur un vieux héros télé plongé dans l’incognito depuis longtemps… Or donc le film commence… Britt Reid voulait, petit, jouer les héros dans la cour de récréation, mais son père ne le voyait pas de cet œil et fustigeait toute entreprise violente et inutile, tout en ayant pas le temps de s’occuper de son fils. Devenu grand, c’est désormais un playboy dilettante qui enchaîne les actes stupides et les fêtes. Seulement voilà , ce père détesté et moraliste meurt de façon inopinée et il se retrouve à la tête d’un empire journalistique… Il rappelle à lui un ancien employé de son père, Kato, parce que personne ne fait le café comme lui, et il s’aperçoit que le dit Kato a bien d’autres tours dans son sac, des tours grâces auxquels ils vont pouvoir jouer les justiciers masqués.
Le Frelon Vert est donc un héros parce qu’il s’ennuie et qu’il veut aider les gens en rentrant dans le tas de la pègre local, et quand je dis rentrer dans le tas ça n’est pas qu’une expression. Brett et son « acolyte sans nom », Kato alias Kato, tabassent, défoncent, arrosent de balles et de missiles tout ce qui semble travailler pour la pègre et leur dirigeant, Chudnovsky (Christoph Walz), méchant cruel et ingénieux mais en pleine crise de la quarantaine quand à sa capacité à inspirer la peur (et fun).
Seth Rogen n’avait rien pour faire un héros de cinéma au vu de sa filmographie très orientée « grosse rigolade de l’américain moyen », et pourtant le rôle lui va très bien, il faut dire qu’il l’a écrit pour lui… Un grand gosse qui veut jouer au héros, enthousiaste mais brouillon, de mauvaise foi, enfant gâté gentil mais tirant toujours la couverture à lui alors que c’est son acolyte qui fait le gros du boulot. Son Frelon Vert est déjanté, voir complètement barré, et si le ton du film ne tombe jamais c’est en grande partie grâce à lui et ses excès de gamin de 30 ans (fun).
Jay Chou, à moins que vous ne soyez une jeune chinoise entre 15 et 25 ans, ce nom ne vous dira rien. Jay Chou est à la fois artiste martial et chanteur à Minette, né à Taïwan et qui est surtout connu pour les mélanges qu’il fait de musique chinoise traditionnelle et de rythmes plus modernes (la BO du film comporte un de ses titres « Nunchuks » une sorte de rap/fusion sauce citronnelle qui se laisse bien danser). Demi dieu en Asie, Jay Chou reprends donc le rôle tenu par Bruce Lee dans les années 60. Ce Bruce Lee Timberlake, malgré un anglais limité et le fait que se glisser dans un rôle dont l’épaisseur scénaristique approche celle de la feuille de riz n’était pas un challenge insurmontable, s’en sort plutôt bien en donnant à Kato bien plus qu’un rôle d’acolyte qui construit des voitures de dingue (la Black Beauty), le rendant touchant, naïf mais loyal (et fun).
Cameron Diaz campe ici un personnage secondaire de secrétaire dont pourtant le rôle est central (je n’en dis pas plus), et a certainement dû faire preuve d’autodérision quand à son statut de jeune nymphette sur le retour vu la scène qui lui en met plein la tronche sur son âge au passage, mais toujours dans la bonne humeur (donc fun).
Christoph Walz, l’officier nazi polyglotte de Inglorious Basterds reprend ici un rôle de méchant au nom imprononçable, à la limite du has been et qui tient la dragée haute aux petits jeunes tout en ayant peur de ne plus être dans le coup. Excellent acteur Walz ne parle ici qu’anglais mais nous fait profiter de son jeu à la fois minimaliste, maîtrisé et pourtant très expressif (et très fun).
The Green Hornet n’est pas qu’un film c’est une heure vingt de marrade qui fonce à cent à l’heure avec un scénario (existant), une intrigue (qui se déroule), des personnages improbables et énormes shootés au Bruce Lee en poudre, un quota de destruction qui ne cesse de s’accroître de façon exponentielle au fil des minutes avec un credo qui semble être « toute situation peut se régler avec plus de missiles et de mitrailleuses », et pourtant ça reste drôle du début à la fin. Notons des personnages secondaires qui ne sortent pas de nul part, comme Edward James Olmos (Battlestar Galactica), Edward Furlong (American History X) et James Franco (Spiderman 2).
On ne peut pas pas dire que les deux héros, Le Frelon Vert et Kato, sont des loosers, ils sont tellement au-delà de ça… On dirait deux gosses voulant jouer les héros, avec du matériel énorme, et qui surtout ne savent pas du tout ce qu’ils font ni où ils vont, mais ils y vont. Le film aurait pu plusieurs fois risquer de plonger dans le mélo, mais heureusement il garde le même ton tout du long et reste juste fun (aka Canadien). Il ne se prend pas au sérieux, comment le pourrait il avec un héros méconnu du grand public ? Effectivement le Frelon Vert n’est pas un héros sombre et glacé comme le nouveau Batman, mais au final, un héros frais qui déconne et fait n’importe quoi, ça fait du bien de temps en temps, et il offre un bon moment de divertissement que je recommande.
L’interview de Seth Rogen, Michel Gondry, Christoph Waltz, Tom Wilkinson, Jay Chou et Cameron Diaz :
The Green Hornet de Michel Gondry| Scénario de Seth Rogen et Evan Goldberg | Photographie de John Schwartzman | Musique de James Newton Howard| Avec Seth Rogen, Michel Gondry, Christoph Waltz, Tom Wilkinson, Jay Chou et Cameron Diaz | Etat-Unis| 2011  | 119 mn | Action / supers héros | Distribué par Sony Pictures Entertainment | Photos : Sony Pictures Entertainment









































