C’est la première fois que je vois un film français

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Posted 31 janvier 2011 by Dextarian in CDDJ PLUS

Le film français. Une espèce en voie de disparition. Alors que les blogs cinéma de France ne parle quasi exclusivement que des films américains ou de langue anglaise, le film français est laissé de côté. Jugé soit trop intello, soit trop bobo, il est une catégorie à part, comme pourrait l’être un thriller, un film d’horreur ou encore une comédie romantique.

Lorsque tu dis que tu es allé au cinéma pour voir un film français, souvent un commentaire revient « je ne vois jamais les films français ».

Le film français est donc un genre à lui tout seul. C’est l’héritage de la Nouvelle vague, synonyme de cinéma très centré sur lui-même et sur certaines situations, souvent dénué d’humour facile et d’images en numérique, le film français est le mal aimé des complexes cinéma. Pourtant, il en sort 5 par semaines mais ce ne sont que des comédies. De bonnes grosses comédies bien standarisées et calibrées. Ce n’est pas, pour le spectateur lambda, un film français.

Le titre de cet article renvoi donc à une réflexion à voix haute que se faisait un jeune adulte à sa copine pas bien plus âgée qu’elle, la vingtaine donc, et qui n’a pas manqué de faire sourire l’auteur de ses lignes : C’est la première fois que je vois un film français. Un film français : une insulte, un monde inconnu, un univers parallèle ? Toutes ces questions n’ont pas manqué à l’écoute de cette phrase. Qu’est ce que cela pouvait-il bien dire ?

Il est certes difficile de jouer avec les blockbusters américains qui nous resservent encore plus la soupe cette année que les autres, à grand coup de reboot, de resucée de succès des années 1980 et à grand renforts de promotions, de publicité, d’avant première distribuées gratuitement à tous les bloggers de France pour que ces derniers écrivent des articles pour ou contre leurs films (le contre est d’ailleurs aussi peu important que le pour, du moment qu’ils parlent beaucoup du sujet).

Dans ses condition, le film français, puisque c’est un genre à lui tout seul, n’existe pas. On ne sait pas trop ce que c’est, ce n’est ni du Besson ni du Boon puisque les français vont les voir et ne les catégorise pas. Cela pourrait être les films de Télérama mais même les lecteurs de ce journal ne se précipitent pas pour les voir. On pourrait dire que ce sont les lecteurs des Cahiers du cinéma mais mêmes ces derniers parlent de tous les cinémas et pas seulement du film français.

Le film français est pourtant en bonne santé. Plus de 260 films produits chaque année, avec des entrées ridiculement basses comparées au cinéma américain, que les gens connaissent bien mieux. Hormis une dizaine d’acteurs et d’actrices françaises, peu de gens sont capables de reconnaitre un quelconque visage. C’est comme, pour un cinéphile aguerris au cinéma nord américain et européen se plonger dans le cinéma chinois : ils ont tous la même trombine et on ne sait pas qui est qui. C’est un peu la même chose pour le cinéma français. Hormis la bande des petits mouchoirs, les soi-disant vrais potes de la vraie vie du réalisateur, et quelques autres comme Cornillac, Duris, toute une génération d’acteurs sont assez peu connu et tombent dans l’oubli. On ne parle évidemment pas des réalisateurs qui ne sont de toute façon que des mecs qui font un film français.

Ce dégout, cette répulsion, ce désamour, ce désintérêt pour ce cinéma qui est pourtant ce qui a permis au cinéma américain dans les années 70 de sortir de leur ornière insipide dans laquelle il s’était plongée, faute d’inventivité et de créativité, qui a permis au studio de l’époque de se refaire une santé en pompant le style, les cadrages, inventivité de toute une génération de cinéastes qui a brisé les codes d’un art encore trop vert et pourtant déjà bien mûr est maintenant une réalité. Une vérité établie. Les réalisateurs et les acteurs du cinéma français sont cataloguées, relégués vers des cinémas de quartier, des cinéma d’arts et d’essai, comme si toutes les bouses filmées en noir et blanc dans une chambre pouvait être du cinéma français.

Le film français, qui a sorti des pans entiers d’humour, de tranche de rire, de bons mots et autres choses ne sont plus, pour des gens de 15 à 30 piges actuellement, ceux pour qui le cinéma est égal à la télévision et aux séries télé US, qu’elles soient d’ailleurs animées ou autres, qu’un truc qui sent le formol, oublié, inregardable. C’est même pour certains, une expérience : ils sont allés voir un film français.

Alors, si au détour d’une conversation, lorsqu’une personne faisant partie de cette tranche d’âge nous parle d’un énième truc drôle d’une série US, que tu as vu dans un film français ou italien des années 70 ou 80, et que tu oublies de rire parce que tu sens que le créateur de la série a juste bien pompé un truc que tu as déjà vu quelque part ailleurs, ne jamais dire que tu l’as vu dans un film français. Tu aurais au mieux dans le regard de la personne concernée une espèce d’incompréhension, mêlée d’une douce compassion puisque tu fais partie d’une dernière vague de gens, celle qui va voir des films français.

Alors, je crois que moi aussi, je vais devoir dire, lors de ma prochaine sortie cinéma, que je ne suis pas allé voir un polar, un film de super héros, un blockbuster, un film d’horreur, un thriller mais tout simplement…. un film français (sic.).


Le Rédacteur

Dextarian
avatar

Le rédacteur ciné le plus prolifique (et je ne tiens pas à perdre ce titre!)

3 Commentaires


  1. avatar
     

    Moi j’ai vu Barbarella récemment, mais c’est en anglais.




  2. avatar
     
    Jun

    J’adore le cinéma français ! J’ai tout vu : taken, le transporteur, le baiser mortel du dragon ! C’est génial !





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