Au-delà , un Clint pas comme les autres
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Clint Eastwood, au panthéon des stars hollywoodiennes, est très certainement un personnage à part. Mieux connu pour son travail d’acteur, il est néanmoins passé de l’autre côté de la caméra dès 1971, avec Play Misty For Me, connu chez nous sous le titre Un Frisson dans la nuit. Menant véritablement deux carrières de front, l’une avec au moins autant de brio que l’autre, ce n’est que récemment qu’il abandonne, du moins partiellement, sa carrière d’acteur, pour se concentrer sur celle de réalisateur : de fait, il n’a pas tourné de film pour d’autres réalisateur que lui-même depuis Casper, de Brad Silberling, en 1995. En contrepartie, il réalise depuis 1995 pas moins de treize longs-métrages, se révélant par la même occasion au grand public en tant que réalisateur. Son dernier film en date, Au-delà , est loin de faire l’unanimité (et, pourrait-on ajouter, une fois n’est pas coutume).
Réunissant comme souvent un casting de luxe – en même temps, qui ne voudrait pas tourner sous la direction d’Eastwood ? – celui qui est aujourd’hui l’un des derniers dinosaures de l’histoire du cinéma aborde une thématique chère à son coeur sous un angle résolument nouveau. Jusqu’alors, au travers de films tels que Mystic River, Million Dollar Baby ou Gran Torino, Eastwood avait manifesté son intérêt pour la perte de l’être cher, le deuil et l’abandon, sans jamais s’attarder sur ce qui suivait ces moments. Dans Au-delà , il prend comme point de départ la perte mais s’intéresse pour le coup davantage à ses conséquences et livre une analyse juste et vibrante du processus de deuil, de ce besoin presque viscéral de comprendre la mort.
Il est question ici de Marie, jeune journaliste de télévision à qui tout sourit et qui va, lors d’un voyage en Asie du sud-est, faire partie des nombreuses victimes d’un violent tsunami. Ramenée à la vie et en proie à des visions pour le moins troublantes, elle n’aura de cesse de vouloir partager son expérience, au mépris de sa propre carrière. De l’autre côté du spectre, les jumeaux Jason et Marcus, qui luttent comme ils le peuvent afin de protéger leur famille et leur mère, alcoolique et dépressive, des services sociaux anglais. Lorsque Jason meurt tragiquement, Marcus est placé dans une famille d’accueil et n’aura dès lors qu’un seul but : s’expliquer la disparition de son frère. Enfin, pris au milieu de tout ça, George, un voyant que son « don » démolit peu à peu.
A n’en pas douter, Au-delà est un film mineur dans la carrière de réalisateur de Clint Eastwood. Il ne possède en rien la puissance narrative d’Impitoyable (1992), la force dramatique de Million Dollar Baby (2004), la tendresse hésitante de Sur la route de Madison (1995), ou la puissance mystique de L’Homme des hautes-plaines (1973). Tout en longueur, le film s’étend autant sur les relations – certes prévisibles – entre les personnages, qui finiront par tous se rencontrer, que sur leurs démons intérieurs, leur questionnement à la frontière du mysticisme et de la métaphysique. En cela, le film est parfaitement anti-cinématographique et peut, dès lors, être difficile à appréhender.
Il n’empèche qu’Au-delà reste un excellent film, de par la justesse de son propos et des questions qu’il soulève. La question d’un au-delà , ancrée dans l’esprit des plus sceptiques, se révèle à l’aune de la perte d’un être cher : imprégnés de culture judéo-chrétienne, il est difficile d’échapper à l’espoir d’une vie après la mort, d’un besoin tellement humain de communiquer avec l’être perdu. Et ce besoin est d’autant plus fort qu’il est inexpliqué, abrupt, injuste, violent. La mort de Jason dans le film, gamin d’une douzaine d’années, est parfaitement révoltante et l’on ne peut que souhaiter à son frère de trouver des réponses aux questions qu’il se pose.
On pourra bien sûr reprocher à Eastwood de perdre le spectateur dans des considérations qui, finalement, ne sont que des corollaires de cette thématique. L’obsession de Marie peut indifférer, mais c’est là encore une question de point de vue : les personnes ayant survécu à une catastrophe de l’ampleur d’un tsunami y seront très certainement sensibles. Le personnage de George fera sourire les sceptiques, mais sa présence et sa propre souffrance – incompréhensible pour ses proches – justifient finalement la présence des autres personnages et le personnage agit dès lors comme un catalyseur.
Au-delà est un film que tout le monde ne sera pas en mesure de comprendre pleinement, ce qui explique probablement en partie la réception du film à sa sortie. Le fait est que les personnes ayant subi le traumatisme que constitue la perte d’un proche ne pourront que difficilement rester de marbre face à la sensibilité d’un réalisateur hors-pair qui, à 80 ans bien tassés, n’hésite pas une seule seconde à remettre son cinéma en question.
Au-delà de Clint Eastwood | Scénario de Peter Morgan | Photographie de Tom Stern | Musique de Clint Eastwood | Avec Matt Damon, Cécile de France, Bryce Dallas Howard, George & Frankie McLaren, Thierry Neuvic | Etats-Unis | Drame | 2011 | 128 min. | Distribué par Warner Bros. France | Crédit Photographique : Warner Bros. France









































Super bon article. C’est clair que ce film est loin de faire l’unanimité.
En fait le mec il est mort depuis le début, et c’est pour ça que y’a que le gamin qui le voit…
C’est son sixième sens ???
ayé, on s’est récupéré les trolls ! le site décolle …