Never Let Me Go de Mark Romanek

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Posted 5 mars 2011 by Dextarian in

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by Dextarian
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Sortie le 2 mars 2011

Never Let Me Go, le nouveau film de Mark Romanek1 est l’adaptation du best-seller Auprès de moi toujours, le sixième roman de l’anglais d’origine japonaise, Kazuo Ishiguro. Ce n’est d’ailleurs pas le premier ouvrage de l’auteur porté à l’écran puisque Les Vestiges du jour a été adapté en 1993 par James Ivory avec Anthony Hopkins et Emma Thompson. Acclamé par la critique, le roman a ainsi été nommé en 2005 au Booker Prize2, au Arthur C. Clark Award et au National Book Critics Circle Award. Time Magazine l’a désigné comme le meilleur roman de la décennie et l’a placé même dans les 100 meilleurs romans modernes jamais écrits. Dans ces conditions, on comprend pourquoi une adaptation a été mise en branle dans cette fable de science-fiction située dans un monde parallèle à l’Angleterre des années 90 et qu’elle met en valeur trois acteurs qui comptent : Carey Mulligan3, Keira Knightley4 et Andrew Garfield5.


Le point de vue de Never Let Me Go est centré sur Kathy (Carey Mulligan) qui se retourne sur son passé. Sa mémoire lui fait revisiter ses années d’apprentissage, passées dans un pensionnat britannique perdu au milieu de la campagne, sans beaucoup de contact avec l’extérieur. Ainsi, Kathy, Ruth (Andrew Garfield) et Tommy (Keira Knightley), des pensionnaires de Hailsham, une école en apparence idyllique où seuls comptent leur éducation et leur bien-être, vont apprendre à vivre ensemble, aimer et grandir.

Mais une fois devenus jeunes adultes, leur vie bascule : ils découvrent un inquiétant secret qui va bouleverser jusqu’à leurs amours, leur amitié, leur perception de tout ce qu’ils ont vécu jusqu’à présent. La jeune femme semble ne pas pouvoir dépasser d’anciennes blessures de jeunesse. Au fil de l’histoire, la vérité sur ces enfants coupés du monde durant plusieurs années se fait jour…


Never Let Me Go – bande-annonce – 2010

Le roman d’Ishiguro a la particularité de mêler triangle amoureux et portrait d’un monde où le clonage humain est devenu possible. Le scénariste et le réalisateur de Never Let Me Go ont choisi d’adopter le même angle que le roman, à savoir narrer une histoire humaine avant tout. Certains trouveront donc le point de vue adopté  assez naïf, voire même très enfantin. Mais il recèle une certaine part de réflexion qu’il appartient à chacun de mener à son terme ou non, à travers une petite histoire (le triangle amoureux) et une grande histoire (le clonage).

Never Let Me Go, tout comme le roman, est ainsi divisé en trois parties. Un découpage qui se ressent également dans son esthétique6 et confère au film un certain charme et une poésie. A bien des égards, on ne peut s’empêcher de le comparer avec Bienvenue à Gattaca, ne serait-ce que par le mélange de science-fiction avec des éléments très anciens. Nous sommes presque dans une uchronie7 même si le terme le plus adapté pourrait être celui de dystopie puisque nous sommes plus dans une société où les humains ne peuvent accéder au bonheur8. Dans ce cadre et ce contexte, l’évolution des trois personnages se fait sans heurts, sans révolte et c’est en cela que le point de vue adopté est quelque peu original, voire complètement désabusé. On sentirait presque la patte de Danny Boyle tellement il est un auteur contemporain assez désabusé avec son époque, ne serait-ce que dans Petit meurtres entres amis, Trainspotting, La Plage ou bien encore Sunshine, pour ne citer que quelques uns de ces films marquants à ce niveau là9.

Les personnages de Never Let Me Go sont sans cesse soumis aux contraintes du temps. Une inéluctabilité qui se ressent jusque dans les moindres détails puisque tout semble de désagréger progressivement dans le film même s’il faut rester assez attentif tout le long à ces détails. Sous l’apparence d’un petit film d’auteur peu séduisant, il recèle une réflexion assez manifeste sur l’absence de révolte comme un ordre établi, comme si tout était écrit par avance et que l’on ne pourrait rien changer, à commencer par nous-mêmes. Les acteurs, dans ce cadre là, à commencer par Carey Mulligan, jouent parfaitement leur partition, entre une naïveté compréhensible et une résignation muette.

En évitant une mise en scène très tarte à la crème, comme l’avait pourtant fait notre cher Michael Bay avec son The Island qui ne parvenait qu’à ébaucher ce concept (et c’est le moins que l’on puisse dire), Mark Romanek, aidé de son scénariste et du matériel original, parvient à retranscrire une histoire finalement assez intéressante, malgré le rythme très contemplatif du film. Une bien belle curiosité en somme, même si le vernis de naïveté qui s’y dégage ne parvient pas toujours à craquer.

Never Let Me Go de Mark Romanek | Scénario de Alex Garland d’après l’oeuvre de Kazuo Ishiguro | Photographie d’ Adam Kimmel | Musique de Rachel Portman | Avec Carey Mulligan, Andrew Garfield, Keira Knightley, Charlotte Rampling, Sally Hawkins, Kate Bowes Renna, Hannah Sharp | Grande-Bretagne et Etats-Unis | 2010 | 103 min. | Drame et Romance | Distribué par Twentieth Century Fox France | Crédit photographique : Twentieth Century Fox

  1. Réalisateur de Photo obsession avec Robbie Williams en 2001 et également de nombreux clips de publicité et vidéo. []
  2. Prix que le romancier avait d’ailleurs déjà remporté en 1989 avec Les Vestiges du jour. []
  3. Elle a été nommée à l’Oscar de la meilleure actrice pour Une éducation en 2009. []
  4. qu’on ne présente plus et que l’on vient de quitter dans Last Night. []
  5. Révélé par Boy A, on le connaît mieux pour son rôle d’Eduardo Saverin dans The Social Network. []
  6. En effet, à Hailsham, le lieu de l’action au début, tout est sombre et boisé, dans des tons de bruns et de verts. Ensuite, au Cottages, c’est plus clair et lumineux, avec l’utilisation des mêmes couleurs mais dans des teintes plus légères, gaies et naturelles. Dans la dernière partie du film, une atmosphère plus scientifique et médicale se dégage, avec beaucoup de bleu, de vert d’eau et de gris []
  7. L’uchronie est une évocation imaginaire dans le temps. C’est un néologisme du XIXe siècle fondé sur le modèle d’utopie, avec un « u », négatif et « chronos » (temps). Etymologiquement, le mot désigne un « non-temps », un temps qui n’existe pas. En littérature, c’est un genre qui repose sur le principe de la réécriture de l’Histoire à partir de la modification d’un événement du passé. On utilise également l’expression « histoire alternative » (alternate history en anglais) ou histoire contrefactuelle. Lorsqu’elle est associée à des moyens techniques qui permettent de remonter dans le temps et donc de modifier le passé, l’uchronie est directement associée au genre de la science-fiction. Source : Wikipedia. []
  8. Une dystopie — ou contre-utopie — est un récit de fiction peignant une société imaginaire, organisée de telle façon qu’elle empêche ses membres d’atteindre le bonheur, et contre l’avènement de laquelle l’auteur entend mettre en garde le lecteur. La dystopie s’oppose à l’utopie : au lieu de présenter un monde parfait, elle propose le pire qui soit. La différence entre dystopie et utopie tient moins au contenu qu’à la forme littéraire et à l’intention de son auteur. Source : Wikipédia. Évidemment, dans ce genre littéraire, on pense à plusieurs ouvrages essentiels comme Le Meilleur des mondes (1932) d’Aldous Huxley, La Kallocaïne de Karin Boye (1940), 1984 (1948) de George Orwell, Fahrenheit 451 (1954) de Ray Bradbury et Nous autres (1920) de Ievgueni Zamiatine. []
  9. Certains membres de l’équipe du film ont ainsi collaboré de nombreuses fois avec Lui. Alex Garland a écrit les scénarios de 28 jours plus tard et Sunshine. Par ailleurs romancier, il a écrit La Plage, porté à l’écran par Boyle en 1999. Le premier film produit par Andrew MacDonald est Petits meurtres entre amis en 1994. Il produit par la suite Trainspotting, Une vie moins ordinaire, La Plage, 28 jours plus tard et Sunshine, toujours réalisés par le cinéaste anglais. Quant à Allon Reich, collaborateur de MacDonald, il a travaillé au développement et à la production de Petits meurtres entre amis et Trainspotting. Tessa Ross, productrice exécutive de Never Let Me Go, a financé Slumdog Millionaire et 127 heures. Mark Digby a créé les décors de Slumdog Millionaire, Millions et 28 jours plus tard. Enfin, Rachael Fleming a élaboré les costumes de Trainspotting, Une vie moins ordinaire, La Plage et 28 jours plus tard. []

Le Rédacteur

Dextarian
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Le rédacteur ciné le plus prolifique (et je ne tiens pas à perdre ce titre!)

3 Commentaires


  1. avatar
     

    Comment faites-vous pour avoir des notes infrapaginales plus denses que le corps même du texte ? La personne qui a écrit cette critique fait-elle une thèse en ce moment ?




  2. avatar
     

    Je l’ai vu hier, il est très bien ce film … ce qui est relativement unique, c’est cette idée de filmé de la science-fiction comme un drame social anglais (un peu à la Loach quoi) sous couvert d’un mélo romantique … Ca se fait à grand renfort de pulls hors des mode. Le monde « réel » celui pour lequel les clones sont conçus et meurent n’apparaît que très rarement, par touche … on y devine les modes. Alors qu’on part d’un pensionnat aux allures idylliques, et sans jamais voir le vrai vaste monde tout autour, on le ressent d’autant plus cruel au fur et à mesure, ce qui peut -de mon point de vue- expliquer que les héros ne cherche pas plus que ça à s’y aventurer, à se libérer de leurs devoirs. D’autant qu’ils sont tout à fait inadaptés. Le monde est cruel, mais les humains qu’on y côtoie sont bons (finalement) … c’est la conclusion à laquelle on arrive en fin de compte, et c’est assez étrange. Et très triste, donc …




  3. avatar
     

    Et j’oubliais … c’est bien meilleur que n’importe quel film de Boyle.





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