Paul, une Tourtel !
Sortie le 2 mars 2011
C’est un fait : le geek est un client comme un autre maintenant. Au même titre que celui qui lira Télérama sans même avoir la télé, comme celui qui lira les Inrockuptibles qui vont prendre plaisir à démonter tout film ne rentrant pas dans leurs critères obscurs, la communauté dite geek se gargarisera surement de ce Paul car fait par des geeks pour des geeks. Enfin des geeks. Des enfants geeks plutôt. En effet, le surcoté, depuis SuperGrave, Greg Mottola, revenant de son très plat Adventureland : un job d’été à éviter, met en scène le scénario du duo Nick Frost / Simon Pegg, que l’on connaît à travers les cultissime Shaun of the Dead et le rigolo Hot Fuzz nous réalise une comédie plate de chez plate, aux gags et références tellement éculés et lissés que l’on trouve le temps très, très long….
Depuis 60 ans, Paul, un extraterrestre, vit sur terre et collabore avec le gouvernement américain. Il se cache à l’abri des regards dans une base militaire ultra secrète… Paul est à l’origine de tout ce qu’on a pu imaginer sur les extraterrestres, du merchandising aux scénarios de Rencontres du troisième type , E.T. ou encore X Files.
Hélas pour lui, maintenant que le gouvernement américain lui a soutiré toutes les informations intéressantes sur la vie extraterrestre, il décide de se débarrasser de lui. Paul réussit alors à s’échapper et tombe nez à nez avec deux adolescents attardés fans de science-fiction qui sillonnent les États-Unis en camping car. Paul les convainc de l’emmener avec eux et de l’aider à quitter la terre. La tâche s’avère d’autant plus difficile pour nos deux « héros du dimanche » qu’ils sont poursuivis par un flic implacable assisté de deux pieds nickelés du FBI…
Paul - Bande-annonce – 2010
Le premier problème de Paul, c’est qu’il n’est pas réalisé par Edgar Wright, c’est-à -dire celui qui s’était occupé de Shaun of the Dead et Hot Fuzz. Il faut dire qu’il était occupé à faire un vrai film de geek, malgré ce que l’on en pense de ce dernier d’ailleurs, avec Scott Pilgrim vs. The World. C’est un problème dans la mesure où on y perd pas mal en esprit outrancier pour retrouver un esprit très cul cul la praline qui se veut outrancier comme savent si bien le faire les Yes Men outre-Atlantique. Ce qui faut que ce Paul, sous couvert de nous présenter un alien qui fume des pets et dit de la merde, est en fait complètement un standard de ce que peuvent déjà pondre les comédies américaines.
Et ce ne sont pas les références, encore une fois très centrés sur Star Wars et Star Trek en grande majorité1 que cela arrange les histoires de Paul. Le film est sensé prendre beaucoup de références de part et d’autres, en étant un hommage aux films de science-fiction des années 70. Mais au final, on se retrouve plus finalement à quelque chose comme un manuel de culture geek pour débutant, avec toute la collection de clichés lié aux genre.
Tout ceci ne serait pas particulièrement ennuyeux si ce n’était le fait qu’on arrive à se gargariser devant ce film. Paul est en effet surtout destiné à plaire aux enfants et adolescents de maintenant et à ceux qui ne possèdent pas ce bagage technique, qui n’ont pas entendu un milliard de fois les thèmes de comédies américaines qui accompagnent l’action, qui n’ont pas vécu 30 ans avec Star Wars en fond et qui n’ont pas eu vent des conventions gigantesques aux Etats-Unis dédiés à leurs personnages favoris, que l’on nous a bien importé chez nous.
S’il est destiné à un public relativement neuf, c’est surtout parce que l’histoire n’est qu’un hommage, que les références ne sont que des hommages. Que tout baigne dans l’hommage. Lorsque c’est Tarentino, ça peut passer, ne serait-ce que parce qu’il va détourner un peu les codes pour en poser d’autres. Lorsque c’est Rodriguez, ça passe parce qu’il nous insuffle toujours un petit coté politique et également un « viva México » dans ces productions (Sans compter que ces films sont geek parce qu’il y a des valeurs geeks mais pas forcément des personnages geeks). Lorsque c’est Wright, il va insuffler un peu d’humour anglais qui manque tant aux productions américaines et françaises et qui font le charme des deux films cités plus haut. Lorsque c’est Mottola, c’est juste une bien brave comédie des familles où même le fait de fumer de la « Majijuana » (rien que le nom employé est déjà hilarant… il n’y a que ceux qui fument pas qui doivent dire « je fume de la marijuana ») est un acte politique (waaaaa, la trouvaille). Là , l’impression d’être dans un film pour apprendre le geekisme en 10 leçon est omniprésente. Et ce n’est pas le fait d’avoir deux gros attardés de 30 ans comme personnages principaux qui pourra faire dire le contraire.
Alors ce brave Paul, avec ses scènes convenues, ses dialogues déjà entendus, ses hommages grands publics, a bien tendance à nous montrer que finalement, on ne perd rien à ne pas voir ce truc si on connaît déjà l’univers. Le titre de cet article est donc à l’image du film : on aurait bien aimé boire une bonne bière mais on nous sert une bière sans alcool2. Même le film Fanboys était déjà plus sympathique que Paul. Ici, l’esprit marketing bon enfant a définitivement pris le pas sur l’aspect fun. Le coté accessible de la chose fera donc perdre les spectateurs qui connaissent déjà tout ça. C’est bien dommage. Et on aurait qu’une chose à dire : Edgar, revient !!!
Paul de Greg Mottola | Scénario de Simon Pegg et Nick Frost | Photographie de Lawrence Sher | Musique de David Arnold | Avec Simon Pegg, Nick Frost, Jason Bateman, Kristen Wiig, Sigourney Weaver, Bill Hader, Joe Lo Truglio, Jane Lynch, Blythe Danner, Jeffrey Tambor | France, Etats-Unis, Grande-Bretagne et Espagne | 2010 | 102 min. | Comédie et Science fiction | Distribué par Universal Pictures International France | Crédit photographique : Universal Pictures
- On reconnaitra aussi un peu des références liées à Retour vers le futur ou encore Rencontre du troisième type, évidemment puisque c’est le scénario, par exemple, mais c’est beaucoup moins appuyés, dont beaucoup plus sympa. [↩]
- Paul, une Tourtel ! tiré de la publicité vantant cette marque, a hanté les jours de l’auteur de cet article, déjà parce qu’il n’avait pas l’âge pour boire de la bière mais aussi parce que pour vendre cette marque, rien de mieux qu’une phrase répétée en boucle… [↩]







































