Fuck America d’Edgar Hilsenrath
Fuck America est l’histoire de Jacob Bronsky, juif immigré arrivé aux États-Unis dans le milieu des années 50. Sans boulot fixe, il n’a qu’une seule passion, les putes et écouter les vieux juifs raconter leur vie dans les cafétérias réservés aux immigrés. Il loue une chambre à une vieille juive, paye le loyer quand il a la motivation de se trouver un petit boulot et pique à son colocataire, un peu de nourriture dans le frigo quand il ne peut plus rien s’acheter.
Sa vie n’a rien d’extraordinaire jusqu’au jour où, il décide d’écrire un livre. Et pas n’importe lequel, il écrira sur les ghettos qu’il a connu pendant la Seconde Guerre Mondiale. Il a enfin trouvé un but à sa vie : oublier ! Oublier les ghettos et la guerre… Son père, un chef d’entreprise aisé a tout perdu quand Hitler est arrivé au pouvoir. En 1939, avec sa mère et son petit frère, il s’exile en Palestine pendant que son père est envoyé dans les camps, et miraculeusement, ils le retrouve à Lyon juste après la guerre. Ils y resteront quelque temps, jusqu’à immigrer aux États-Unis en 1953.
Son histoire pourrait être tragique si le ton donné au livre n’était pas complètement décalé de son récit. Le titre de son best-seller donne le diapason : LE BRANLEUR. Hommage à sa procrastination et à sa flemme qui l’empêche de garder un boulot pour vivre décemment et sa passion déraisonné pour les prostituées . Les échanges verbaux de Jacob avec ses intervenants, putes, juifs, vieux, patrons, logeuse, donnent un dynamisme loufoque, les dialogues s’enchainent comme une chaine de production et s’arrête net pour reprendre une narration aussi déjanté. Les pensées de Jacob s’entrechoquent, se mélangent, on ne sait plus ce qui est vrai, de ce qui est inventé par l’auteur.
Et c’est là que se trouve la résolution de l’énigme. Car ce livre s’inspire de la vie d‘Edgar Hilsenrath. Il connut les ghettos en Roumanie avant de s’enfuir en Palestine. Il retrouva sa famille en France après la guerre et ils s’installèrent aux Etats-Unis dans les années 50. Hilsenrath publia un livre « La Nuit » qui fut vite retiré de la vente car jugé trop cru. En effet, Hilsenrath ne passa pas par quelques circonvolutions de circonstances pour décrire l’horreur de la guerre et de l’enfermement. Même sans juger ou pointer du doigt un responsable, le livre fut retiré des ventes et il ne se fera reconnaître en tant qu’auteur qu’avec son deuxième roman « le nazi et le barbier », conte satirique et grotesque sur les juifs et les SS. Il n’a jamais cessé de se battre contre l’oubli de l’holocauste. Aujourd’hui, il vit à Berlin.
Fuck America seraient les premiers mots prononcés par son père en anglais quand il a touché le sol américain pour la première fois.
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J’avais entendu parler de ce livre mais comme je passe mon temps à lire professionnellement parlant, j’avoue que pour le moment, je ne trouve pas vraiment du temps ni de l’envie pour me pencher sur autre chose. Mais clairement, ca me tente.