We Want Sex Equality de Nigel Cole
Sortie le 9 mars 2011
We Want Sex Equality est un bon titre racoleur. Encore une fois, nous avons droit à une « traduction » d’un titre anglais par un autre titre anglais, en l’occurrence ici Made in Dagenham. Certes, il était difficile de garder le titre original qui fait référence à un lieu de Grande-Bretagne que peu de français connaissent mais pourquoi alors mettre un titre anglais plus large que l’objet du film, qui parle de l’égalité de salaire entre les hommes et les femmes ?1. C’est pourtant le principal objet du film, issu d’une période houleuse, 1968, pour les sociétés occidentales bâties sur des inégalités manifestes entre les hommes et les femmes. Ce qui peut paraître du moyen âge existait pourtant il y a encore 50 ans…Nigel Cole, responsable déjà d’un autre film mettant en valeur les femmes avec Calendars Girls, signe ici un petit film, finalement…
Le film conte l’histoire vrai du soulèvement de 183 ouvrières des usines Ford survenu à Dagenham dans la banlieue est de Londres. Un jour de 1968, ces femmes décident de braver leurs patrons américains en annonçant qu’elles feront grève. Elles demandent une mise à égalité des salaires entre hommes et femmes. La révolution est en marche…
We Want Sex Equality – bande-annonce – 2010
Ce qui est bien avec le monde ouvrier, c’est que soit on le dépeint de manière dure, réaliste, comme par le passé avec des réalisateurs anglais que l’on ne présente plus, soit on le dépeint avec un petit coté glamour. C’est ce qu’a choisit de nous montrer le réalisateur Nigel Cole avec son We Want Sex Equality. Ses actrice sont toutes très charmantes, quelque soit leur âge d’ailleurs et ne ressemble pas vraiment à ce que l’on peut rencontrer dans les usines, à savoir des femmes « normales ». Il est bien entendu évidemment que nous sommes dans une société où les films coutent chers et qu’il faut bien les rentabiliser. Pour cela, faire appel à Sally Hawkins et la trop discrète mais néanmoins glamour et charmante Rosamund Pike2 s’imposait comme une évidence pour attirer le chaland. Sans compter que l’on s’identifie plus à ce genre de personnes qu’à des gens normaux. Ce bref passage un brin cynique passé, passons un peu plus en profondeur sur We Want Sex Equality.
Il est déjà important de le voir en version originale, ne serait-ce que pour gouter les savoureux échanges des acteurs du film. Bob Hoskins a l’air de bien s’amuser à écrire l’histoire et Hawkins est parfaite en Rita O’Grady même si cette Rita n’a évidemment jamais existé3. C’est peut-être déjà le problème du film, qui a très envie de prendre les spectateurs pour plus bête qu’ils sont ou peut-être ratisser un public plus large4. Toujours est-il que le sujet est évidemment porteur, en cette années 1968, fameuse année donc, où cela a pété en France comme en Grande-Bretagne.
On pourrait, si on est vraiment manichéen, de reprocher au film d’être une grosse publicité pour Ford, malgré le sujet, ne serait-ce que pour la fin du film où l’on nous explique, de manière textuelle, que Ford est devenue une entreprise où il fait bon vivre maintenant (en grossissant à peine). Mais il était évident que de toute façon, on n’aurait jamais autorisé un film à salir une marque si la suite des événements ne leur aurait pas donné raison. Il ne faut quand même pas déconner.
Ce qui fait que les enjeux du film, essentiels, sont mis de coté. On cherche plus à nous parler de la situation de chacun et à jouer sur une corde mélodramatique pour bien justifier les choses. Mais sans aller trop loin puisque le film est surtout fait pour plaire et être agréable. On serait presque dans un « feel good movie » à la manière du surcoté Good Morning England (encore une traduction d’un titre anglais par un autre titre anglais, au passage).
Certes, We Want Sex Equality ne manque pas de charmes : La photographie est belle, la musique sympa, les décors bien retravaillés et fort à propos, les costumes et coiffures d’époque bien respectés (par contre, sur un ou deux plans, on voit de jolies chaussures à talon qui semble un peu trop récents) et les acteurs font très bien leur boulot, à commencer bien sûr par les actrices incarnant les ouvrières et la ministre du travail5. On peut d’ailleurs citer encore une fois le rôle de Rosamund Pike qui est peut-être celui le plus touchant de sincérité, ne serait-ce que parce qu’elle n’en fait pas trop en étant juste. D’ailleurs, le réalisateur semble évacuer toutes les motivations profondes de Rita O’Grady puisqu’on ne sait pas pourquoi, d’un seul coup, elle devient la cheftaine de ce mouvement de femmes qui va faire basculer le Royaume-Uni dans l’égalité des salaires entre les hommes et les femmes. On ne sait pas ce qui la motive, hormis l’injustice forcément très compréhensible et normale. Toujours est-il qu’Hawkins aura droit à son petit moment dans la scène où elle explique la vie à son mari.
On voit aussi bien les enjeux, qui nous sont très bien expliqués et on comprend bien d’ailleurs où cela va aboutir. On est de toute façon loin de ce que réalisait Ken Loach et Stephen Frears par le passé (On pourrait même citer le réalisateur des Géants, Sam Miller même si ce dernier depuis fait surtout de la télévision et des séries comme Mi-5.)). Nigel Cole préfère insuffler humour et légèreté à un sujet brulant, comme si un regard distinct et presque poli était nécessaire pour raconter un pan de l’histoire moderne de ce pays, qui touche de toute façon, de manière générale, les travailleuses du monde entier. On ne saurait lui en vouloir si on en avait aussi pour notre argent dans les tenants et les aboutissants. Mais las, que cela soit les syndicats, les patrons ou les politiques, tout est évacué à coup de dialogues courts et bien sentis, comme si la vie se résumait à des coups d’éclat.
C’est donc bien dommage. We Want Sex Equality aurait pu être un bon grand film. Même si le film a reçu beaucoup de prix au festival de Dinard6, ce n’est ni une satire sociale (forcément) dramatique, ni un feel good movie en plein, comme pouvait l’être Soul Kitchen l’année dernière. Sans compter qu’à l’heure actuelle, l’égalité entre les hommes et les femmes est encore loin loin d’être complète, dans la mesure où si pour les bas salaires, cette égalité existe, le fossé entre les hommes et les femmes pour les postes à responsabilité ne cesse de se creuser. Sans être particulièrement mauvais, le film de Nigel Cole ne décolle pas…
We Want Sex Equality (Made in Dagenham) de Nigel Cole | Scénario de William Ivory | Photographie de John De Borman | Musique de David Arnold | Avec Sally Hawkins, Bob Hoskins, Miranda Richardson, Rosamund Pike, Geraldine James, Jaime Winstone, Andrea Riseborough, Rupert Graves, Daniel Mays, Nicola Duffett | Grande-Bretagne | 2010 | 113 min. | Drame, historique et comédie | Distribué par ARP Sélection | Crédit photographique : ARP.
- Pour ne pas être totalement de mauvaise foi ici, le titre fait référence aux banderoles qu’arboraient les ouvrières lorsqu’elles manifestaient en juin 1968 devant le parlement afin de se faire entendre par Barbara Castle, alors secrétaire à l’emploi et à la productivité. Fait amusant : une des banderoles est mal déployée et ne laisse apparaître que les mots « we want sex« , slogan qui enthousiasme les passants et les automobilistes qui le sifflent ou le klaxonnent pour montrer leur soutien. [↩]
- Jouer dans Demain ne meurt jamais, Doom ou Clones ne fait pas avancer le schmilblick même si, en parallèle, elle est apparue dans Une Education depuis. [↩]
- A la différence de Norma Rae, dont l’histoire a fait l’objet d’un film éponyme en 1979 sur les conditions de travail en usine et le syndicalisme en général [↩]
- à entendre les applaudissements à la fin de la projection du film, on peut indéniablement pencher pour la seconde solution [↩]
- Cette dernière, au doux nom de Barbara Castle est interpretée par Miranda Richardson [↩]
- le Hitchcock d’Or, le prix du meilleur scénario ainsi que le prix du public. [↩]








































