L’Assaut de Julien Leclercq
Sortie le 9 mars 2011
Intéressant de revenir sur les événements de 1994. Beaucoup moins le traitement proposé dans L’Assaut. Pourquoi, par exemple, nous balancer encore les « pleureuses » musicales en fond sonore comme tout bon film américain traitant de la guerre au Moyen Orient ? Par contre une chose est sure, on reconnaitra la patte du réalisateur avec cet espèce de filtre bleuâtre dépressif qui a fait le charme (ou non) de son premier long-métrage Chrysalis. Jeune réalisateur, il a été marqué par les images en direct de l’intervention et cela a contribué d’ailleurs à faire reconnaitre le GIGN dans le monde entier. Parce qu’il faut se voiler la face, c’est l’un des meilleurs groupes d’intervention où il y a plus de morts à l’entrainement qu’en mission. La télévision adore passer des reportages sur ces entrainements puisque c’est en général un succès garanti. Et il n’en fallait pas plus pour faire un film tiré de cet événement, à travers l’adaptation du livre de Roland Môntins qui porte le même nom, un ancien du GIGN qui a vécu les événements de l’intérieur.
Samedi 24 décembre 1994. Quatre terroristes du GIA prennent en otage à Alger l’Airbus A-300 d’Air France reliant la capitale algérienne à Paris et les 227 personnes présentes à bord. Personne ne connaît leurs intentions : ils sont armés et apparaissent extrêmement déterminés.
Les terroristes revendiquent la libération de leurs camarades d’armes et exigent le décollage immédiat de l’avion. Mais ce n’est finalement qu’après de longues négociations diplomatiques tendues entres les gouvernements français et algériens et l’exécution de 3 passagers que l’avion quitte l’aéroport d’Alger.
Nous sommes le lundi 26 décembre, il est 3h33 du matin, quand l’Airbus d’Air France atterrit à Marseille-Marignane.
Trois personnages, Thierry, un soldat du GIGN, Carole Jeanton, une technocrate ambitieuse et Yahia Abdallah, un Djihadiste déterminé sont au cÅ“ur de l’événement.
Leurs logiques vont s’affronter jusqu’au dénouement final. Devant 21 millions de téléspectateurs, l’assaut du GIGN va mettre un terme à cette prise d’otage sans précédent dans l’histoire du terrorisme…
L’Assaut – Bande annonce – 2011
L’Assaut raconte donc l’histoire vraie du détournement d’un vol Alger-Paris, dont l’équipage est pris en otage le soir de noël 1994. L’avion décollera ensuite et se posera sur l’aéroport de Marseille-Marignane. Pour régler la situation, une équipe va être envoyée pour une opération musclée qui sera suivie en direct par 21 millions de téléspectateurs. Gregori Derangère interprète le Général Favier qui est toujours aujourd’hui, commandant du GIGN.
Il fallait choisir un point de vue pour raconter une histoire et ce fameux assaut qui ne dura que quelques minutes. On l’attend d’ailleurs dans le film. On attend que cela. Mais avant, il faut se coltiner les méchants messieurs du GIA, le Groupe islamique armé1, tout comme la vie de famille de l’un des protagonistes du GIGN, incarné par Vincent Elbaz et qui a bien du mal à pouvoir se vider la tête lorsqu’il rentre chez lui. Tout comme sa femme a bien du mal à le voir partir en mission à chaque fois.
On aurait souhaité une musique un peu moins mou du genou, qui ne touche pas forcément la corde sensible du spectateur. Après tout, ces événements sont dramatiques par nature. A quoi bon vouloir en rajouter avec des chants de pleureuses? A quoi bon aussi nous parler d’un quotidien des membres comme si tout ceci n’était que tragédie ? Faire partie du GIGN est un rêve et on a un peu du mal à comprendre pourquoi il faudrait nous dépeindre cela comme si c’était qu’une tragédie. Aussi, les passages de familles semblent tomber comme des cheveux dans la soupe. Inutilement larmoyant, ils alourdissent le récit. Sans compter que sans faire non plus dans du film Hollywoodien, il était possible de dépeindre cet événement autrement que par une espèce de lorgnette sentimentale en bois.
L’Assaut n’est donc pas un film de genre. Il veut dire des choses. Mais lesquelles ? On ne sait pas trop. Ah si, que Denis Favier est un commandant hors pair et qu’il fallait le saluer à travers ce film. Que cet Assaut préfigurait les attentats du 11 septembre, peut-être, sans que cela soit vraiment la même chose puisque le GIA veut imposer un gouvernement en Algérie et ne pas foutre le feu à tout l’occident. Qu’à l’époque, justement, on voyait plutôt cela comme un événement « local » qu’il est difficile de relier à un truc planétaire.
L’Assaut a des allures de film sérieux et honnête. Mais ça reste une Å“uvre qui ne se démarque pas de ce qui se fait aux Etats-Unis et il manque donc surtout d’ambition. Pourtant la promotion a été assez importante. Pourtant, il y a de l’envie. Pourtant le sujet en lui-même était intéressant. Juste dommage que ces filtres bleuâtre, cette musique en bois et ce fameux assaut où on ne voit finalement rien font que le film de Julien Leclercq ne restera pas vraiment dans les annales… On est trop proche d’un traitement de film d’action et malgré le coté réaliste, la forme reste trop stéréotypée.
L’Assaut de Julien Leclercq | Scénario de Julien Leclercq et Simon Moutaïrou d’après l’oeuvre de Roland Môntins | Photographie de Thierry Pouget | Musique de Jean-Jacques Hertz | Avec Vincent Elbaz, Gregori Derangère, Mélanie Bernier, Aymen Saïdi, Chems Dahmani, Mohid Abid, Djanis Bouzyani, Marie Guillard, Naturel Le Ruyet, Philippe Bas | France | 2010 | 90 min. | Action , Policier | Distribué par Mars Distribution | Crédit photographique : Mars Distribution
- Organisation dont le but apparent est de renverser le gouvernement algérien pour le remplacer par un État islamique. [↩]









































