Jimmy Rivière de Teddy Lussi-Modeste
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Sortie le 9 mars 2011
La communauté des gens du voyage n’est pas un thème récurrent au cinéma. Hormis le récent Liberté de Tony Gatlif (sorti en février 2010) les films à ce sujet se font rares et restent inconnus du grand public. Jimmy Rivière est le premier long-métrage de Teddy Lussi-Modeste, jeune réalisateur diplômé de la prestigieuse école Fémis. Ce film a de quoi faire taire les on-dits1 sur le prétendu formatage des élèves et surtout de rassurer quant au sort des diplômés de la section réal, les fameux 1% de réussite au concours d’entrée qui sont plutôt absents des génériques français. Lui-même issu de la communauté des gens du voyage, Teddy Lussi-Modeste dédie ce film « à tous les voyageurs » et réalise un très beau premier film pour lequel il a reçu le prix du public lors de la 23ème édition du festival des Premiers plans d’Angers.
Jimmy Rivière est un jeune gitan de 24 ans, vivant dans les alentours de Grenoble. Sous la pression de sa communauté, il va se convertir au pentecôtisme et entreprendre une véritable rédemption qui le contraint à renoncer à ses deux « passions », la boxe thaï et Sonia, sa petite amie. Nerveux et fier, le jeune homme va éprouver sa foi.
Jimmy Rivière – Bande annonce VF – 2010
La scène d’ouverture est sublime. Le choix de la musique est parfait. On se surprend même à penser aux films de Terrence Malick. Voyez Le Nouveau Monde avec ses plans sur une forêt, le bruissement des feuilles, les branches qui craquent… Peut-être que mon cerveau appréhende anormalement la sortie du très attendu Tree of Life, toujours est-il que le talent de ce jeune cinéaste est bel et bien là  tout comme ses multiples influences cinématographiques.
Ce film pourrait être qualifié de primitif, d’instinctif. Jimmy est en pleine tourmente, en pleine quête de lui même. Abandonné par son père (rejeté par la communauté), Jimmy ne sait pas comment s’affirmer au sein du groupe, comment vivre en bon chrétien d’une part et heureux d’autre part. Suivre le troupeau ou bien vivre. La tentation du pêché est présente à deux niveaux : le désir intense qu’éprouve Jimmy pour Sonia ou encore le besoin de monter sur un ring, d’exister ailleurs que seulement au sein d’un groupe. Serge Riaboukine est le pasteur, la personnalité hautement respectée et influente au sein de la communauté. Son discours très manichéen montre le droit chemin et condamne le mauvais : « le Christ n’oblige pas », effectivement la contrainte vient bel et bien de la communauté. Jimmy qui s’engage à ne plus boxer, ne plus boire, ne plus voir Sonia… On assiste à sa rechute irrésistible qui, malgrè ses efforts, s’écarte de la « ligne de bonne conduite » qu’il s’est imposée par crainte de décevoir les siens. Béatrice Dalle et Hafsia Herzi incarnent les tentations, ce sont un peu ses bulles, son échappatoire à la pression morale de sa communauté. Et pourtant ces deux mêmes personnes ne comprennent pas l’engagement de Jimmy dans la religion. L’une voit en le Christ une personne de trop dans le couple et l’autre perd un talentueux boxeur. La soeur de Jimmy, Becka, est un peu l’opposée de son frère : elle a mis de côté ses propres envies et désirs (ou du moins essaye) pour se consacrer entièrement à sa vie dans la communauté, elle ne veut / peut pas prendre le risque de perdre ça, alors que son frère « s’émancipe » peu à peu.
Le casting est plutôt réussi : Guillaume Gouix, remarqué dans Poupoupidou2, en flic secrètement gay, est très convaincant dans ce premier rôle principal ce qui devrait lui ouvrir pas mal de portes. Hafsia Herzi, connu et reconnu (un César !) pour son rôle dans La Graine et le mulet d’Abdellatif Kechiche a tendance, ici, à surjouer quoique la plupart de ses scènes sont intenses. Serge Riaboukine est parfaitement crédible dans le rôle du pasteur mais il en fait un peu trop, surtout lorsqu’il a un micro dans les mains. Quant à  Béatrice Dalle en entraîneuse de boxe (Gina) le rôle lui va plutôt bien même si elle n’est pas vraiment présente dans le film.
La musique est signée R O B (membre du groupe Phoenix) qui a notamment composé la bande originale de Belle Epine, de la réalisatrice Rebecca Zlotowski (ici co-scénariste). Contrairement à ce que le synopsis laissait envisager, aucun violon, guitare ou chants tsiganes ne sont de la partie. Le réalisateur a confié avoir cherché « une mélodie qui appartienne davantage à une culture cinéphilique qu’à une culture de Voyageurs ». Une manière de rendre son film plus universel, moins « communautaire ».
Ce n’est pas vraiment un film sur la religion, mais plus sur la relation que l’homme peut avoir avec sa foi, comment il la vit, l’assume et se l’impose en quelque sorte. La difficulté de trouver sa place, son identité au sein d’un groupe, voilà ce que veut exprimer le réalisateur. Ce premier film est autant une surprise pour les yeux que pour le cinéma français qui est décidément entre de bonnes mains.
Jimmy Rivière de Teddy Lussi-Modeste | Scénario de Teddy Lussi-Modeste et Rebecca Zlotowski | Photographie de Claudine Natkin | Musique de ROB | Avec Guillaume Gouix, Hafsia Herzi, Serge Riaboukine, Béatrice Dalle, Pamela Flores, Jacky Patrac, Canaan Marguerite, Nadia Esposito, Kévin Debar, David Ribeiro | France | 2010 | 90 min. | Drame | Distribué par Pyramide Distribution | Crédit photographique : Pyramide Distribution
- « Fémis, fournisseur exclusif de moutons pour l’industrie du cinéma ». [↩]
- Deuxième long-métrage sorti en Janvier dernier de Gérald Hustache-Mathieu qui avait lui aussi réalisé un premier long-métrage très poétique et axé sur la spiritualité (Avril sorti en 2007). [↩]











































