Easy Money de Daniel Espinosa
Sortie le 30 mars 2011
Snabba cash (« argent facile »), rebaptisé Easy Money pour le public nord-américain par The Weinstein Company a connu un grand succès en Suède et aux États-Unis, à tel point d’ailleurs qu’un remake est dores et déjà prévu avec dans le rôle titre, Zac Efron. Ce n’est pas une surprise si le film débarque en France, avec le titre anglais, d’autant plus que si le cinéma français est assez moribond en film de genre, ce n’est pas le cas de la Suède qui après Morse et la saga Millénium, confirme donc qu’il faudra, au même titre que l’Espagne depuis quelques années, compter sur elle dans les années à venir. Easy Money s’inspire du roman à succès de l’auteur suédois Jens Lapidus, premier tome de la trilogie « Stockholm Noir ». Avocat de renom avant tout, Lapidus a participé aux procès de célèbres criminels. C’est dans les tribunaux, en observant de près la pègre de Stockholm, qu’il a puisé l’inspiration nécessaire pour écrire ses romans, désormais bestsellers mondiaux.
L’histoire d’Easy Money suit trois personnages. JW (Joel Kinnanman), tout d’abord, un étudiant en école de commerce en difficulté financière, mais futé qui se fait passer pour un fils d’ambassadeur parmi des fils de « bourges » riches et cocaïnés alors qu’il conduit et taxi et vends des devoirs à ses congénères. Sans compter qu’il habite un rade minable perdu dans une banlieue sans âme.
Ensuite, Jorge Salinas Barrio, un chilien, est allé en prison après avoir été pris dans le commerce de la drogue. Il a maintenant réussi à s’échapper et est en fuite de la police. Jorge sait tout de la cocaïne.. Il a un plan: se venger de ceux qui l’ont balancé, dont Radovan Kranjic , le boss de la mafia yougoslave et faire une dernière livraison de cocaïne pour quitter le pays pour de bon.
Enfin, Mrado Slovovic, un tueur à gages bossant pour la mafia yougoslave, est envoyé par Radovan sur une mission de prendre soin de Jorge. Dans le même temps, il doit se battre avec en prenant soin de sa fille de huit ans, qui il est obligé de prendre avec lui sur son travail.
Ces trois personnages vont se croiser lorsque JW fait le taxi pour récupérer Jorge, alors que ce dernier est sous la surveillance de Mrado. A partir de ce moment là , leurs destins vont être intimement liés…
Easy Money – bande-annonce – 2010
Le pari d’Easy Money n’étant donc pas de se focaliser sur un seul personnage mais de mêler plusieurs histoires. C’est d’ailleurs ce qui fait la force du film, tourné de manière sobre et efficace et jouant plus sur le fond que sur la forme. Patiemment – le film dure plus de deux heures – le scénario de Maria Karlsson traite les personnages comme des êtres humains qui ont une vie personnelle et dont les enjeux émotionnels sont la pierre angulaire du film. Comme Michael Mann et son Heat, chaque personnage principal a son propre drame personnel qui ajoute un conflit avec le milieu de la drogue en général. La vie des trois protagonistes est totalement différente, mais le hasard et le réel sentiment de paranoïa croissant va les pousser à être de connivence les uns avec les autres. La tension monte progressivement, surtout sur les épaules de JW, qui réalise peu à peu qu’il est le pion d’une intrigue qui le dépasse.
Mais ceux qui peuvent s’attendre à un chef d’œuvre dans le genre risquent d’être déçus : Easy Money n’invente rien et ne nous apprend rien de nouveau sur la mafia, la drogue et les coups foireux. Ce n’est de toute façon pas le propos du film mais plutôt celle de la cupidité, de l’envie de s’en sortir, de connaître une meilleure vie, tout en sachant que ce genre de situations n’amène nulle part… Avec intensité et en tissant les histoires de chacun d’entre eux, Espinosa monte patiemment son intrigue où tout se terminera dans un final que l’on connaît déjà . Mais c’est logique puisque le film traite autant de la volonté de s’en sortir que les moyens sinueux et dangereux pour y parvenir.
Le rythme du film est donc soutenu, monté de telle manière que l’on ne s’ennuie jamais. On s’identifie sans peine à JW, incarné avec brio par Joel Kinnanman, qui passe progressivement par toutes les émotions au fil de l’histoire1 alors qu’en apparence, il cherche toujours à tout contrôler. De même, la relation entre Mrado (Dragomir Mrsic) et sa fille nous fait partager un sombre quotidien. Le final n’en est plus que dramatique, même si attendu. En effet, Easy Money cherche plutôt à dépeindre une certaine réalité, comme la trilogie Pusher. L’univers des petites frappes et des loseurs y est dépeint avec une certaine justesse puisque nous avons surtout l’impression d’assister à quelque chose qui peut se passer réellement, dans le sens où dans ce milieu, personne ne se fait confiance, chacun roule pour lui et cherche autant à entuber son prochain qu’à gagner beaucoup d’argent.
Bien que sensiblement différente du livre, la version cinématographique de Daniel Espinosa2 a énormément plu à l’écrivain, c’est déjà ça. Il y a de grandes chances, vu son succès, qu’il devrait donc bénéficier de deux suites, correspondant aux deux derniers opus de la trilogie littéraire. D’ailleurs, le film d’Espinosa a tellement bien accroché les producteurs d’Hollywood que ce dernier est en plein tournage de Safe House, prévu en 2012, avec Ryan Reynolds, Denzel Washington et Robert Patrick.
Easy Money (Snabba Cash) de Daniel Espinosa | Scénario de Maria Karlsson d’après l’oeuvre de Jens Lapidus | Photographie d’Aril Wretblad | Musique de Jon Ekstrand | Avec Joel Kinnaman, Matias Padin, Dragomir Mrsic, Lisa Henni, Mahmut Suvakci, Jones Danko, Lea Stojanov, Dejan Cukic, Miodrag Stojanovic, Joel Spira | Suède | 2010 | 124 min. | Thriller et drame | Distributeur : MK2 Diffusion | Crédit photographique : MK2
- Ses scènes sont les plus travaillées : on sent que tout tourne autour de l’ambition d’intégrer la haute société suédoise. Il n’hésite pas à s’habiller comme eux, parler comme eux, être aussi détendu qu’eux [↩]
- Easy Money est son troisième film après Babylonsjukan (2004) et Uden for kærligheden (2007). [↩]









































