Live Report: Andy Warhol filtré par Dean and Britta à la Cité de la musique

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Posted 26 avril 2011 by Henode in

 
 
 
 
 
 
 
 
by Henode
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Dean Wareham fait partie de ces types qui ne demandent rien à personne mais qui font leur bonhomme de chemin depuis plus ou moins 25 ans maintenant, et on à peine à réaliser la grandeur de ce chiffre tant le poids des années ne pèse pas sur sa musique aujourd’hui. Et pourtant, un peu comme on ne réalise plus tellement la longévité des membres de Sonic Youth et qu’on préfère se boucher les oreilles que de réentendre leurs âges respectifs, l’ancien leader des merveilleux Galaxie 500 puis des non moins merveilleux Luna est encore et toujours là, s’attaquant avec sa collègue (et épouse, ainsi qu’ex Luna également), Britta Phillips, à l’œuvre d’Andy Warhol, donnant à celle ci une seconde jeunesse, le temps d’un album et d’une tournée.

Enfin s’y attaquant, plus exactement,  s’attaquant à l’illustrer. Le musée Andy Warhol de Pittsburgh a en effet eu la riche idée de proposer à Dean et Britta de choisir 13 des fameux Screen Tests de Warhol et de les illustrer de leurs musique chatoyante. Les Screen Tests étaient de petits films d’environ 2 minutes 40, en noir et blancs d’une personne (généralement une célébrité, ou un des énergumènes zonant à la Factory) filmée en plan fixe,  ralentie jusqu’à obtenir une longueur proche de 4 minutes donnant ainsi à celles-ci un aspect hypnotique, et des résultats forts différents selon l’attitude de chacun face à la caméra de ce bon vieil Andy (nous y reviendrons)

Il faut tout de même admettre que l’idée de leur confier cette tâche était plus qu’évidente, tant il faudrait être complètement idiot ou fan de Zaz  pour ne pas voir l’influence du Velvet Underground (leurs deux derniers albums surtout) sur ce pape de la Dream Pop qu’est Wareham. Qui pis est, sa voix est (presque trop) proche de celle de Lou Reed bien que contrairement à n’importe quel copieur foireux, Wareham nous prouve ici qu’il en est bel et bien le fils musical.

Car l’album en lui-même est, ô surprise qui n’en est certainement pas une, simple, clair et aérien, comme un ciel dégagé ; de manière générale, l’album est comme un lit douillet qu’on essaye en magasin, et sur lequel on s‘endors paisiblement sans même s’en être rendu compte. À écouter de préférence au baladeur, dehors, où dans n’importe quel moyen de transport à regarder les paysages défiler.

S’il j’y distingue bien quelques moments de faiblesse, il me semble au final n’y avoir aucun intérêt à juger de tout cela sans les images – autant critiquer un film en en ayant que le son – et c’est pour cette raison que j’ai attendu avec impatience leur Live à la Cité de la musique, ce 19 avril, me retenant de toutes mes forces d’aller voir sur youtube de quoi il retournais concernant l’adéquation son / image, afin d’en garder le meilleur effet « dans la vraie vie ».

Après une première partie consistant en la performance de Scanner, jeune homme se démenant entre son ordinateur et un tas de machines diverses pour créer un mash up électronique à partir d’interviews d’Andy Warhol , sur fond de film expérimental foireux, un peu comme si un réalisateur de pubs pour Gap avait été enfermé pendant 6 mois dans une cave avec rien d’autre à voir que Gerry de Gus Van Sant y perdant sur le coup 40% de ses capacités cérébrales, Dean Britta et leurs acolytes arrivent enfin. Et là, oui, vraiment, leur démarche prends bel et bien tout son sens.

L’intro du concert et de l’album qui semblait poussive sans image, l’est bien moins lorsqu’elle est mise en relation direct avec le visage de Richard Rheem, un des plus impassibles de tous les Screen Tests, tandis que l’ancien amant de Warhol fixe la caméra d’un œil vide (ou plein), et qu’on comprends l’intention de Britta (compositrice de ce morceau) et Dean sur les pistes plus contemplatives de l’album de manière générale, de laisser les sons être portés par ces regards, ces gestes lents, et leur donner un écrin, un habillage, une sorte de signification effective. A ce titre, le  Singer Sing illustrant le Screen Test d’Ann Buchanan, poétesse qui, nous apprends Dean (il a la bonne idée, dans un franglais timide et hésitant, de nous parler de chacun des protagonistes de la soirée quand ils ne sont pas ou peu connus)  partagea un appartement avec Allen Ginsberg et Neal Cassady; elle ne cligne volontairement jamais les yeux, laissant poindre une larme qui coule sur son visage dans un magnifique instant figé – magnifié par cet instrumentale qui ne peut pas ne pas nous rappeler la candeur des Young Marble Giants.

Du reste, on comprends très vite, qu’on jettera de rapides coups d’œils en bas, vers la scène, mais que nos regards seront essentiellement dirigés, pour le reste de la soirée, vers le haut ; tout est au service de l’ambiance, la prestation scénique importe finalement peu (de toute façon, Dean et Britta c’est pas Les White Stripes, c’est pas ce qu’on leur demande).


Screen Test: Paul America – Teenage Lighning

Ainsi les Screen Tests s’enchainent, et chaque morceau apporte à ces visages et ces noms quelque chose: Paul America, acteur que le temps laissa en rade sur sa route, devient un jeune gamin insouciant mâchant son chewing gum avec une pointe d’agacement amusé, symbole d’une sorte d’audace juvénile James Deanienne teintée d’innocence sur le très beau Teenage Lightning; Edie Sedgwick, seul bémol peut être avec l’un peu faible It Don\’t Rain in Beverly Hills, nous scrute de ses grands yeux de biches d’ancienne égérie d’Andy, nous donnant une curieuse sensation de malaise ; Susan Bottomly, qui a joué « dans pleins de films dont aucun de vous n’a pu entendre parler » (Dean) , demi visage impassible à la froideur fascinante, est d’une mystérieuse et inaccessible beauté sertie de son International Velvet Theme (« International Velvet » étant son surnom)…

Mais le choix de Screen Test se porte également sur d’autres personnes plus connues, comme Dennis Hopper, qui, sur fond d’un riff très « The Gift » (sur White Light White Heat du Velvet Underground bien sur) en décéléré, semble agacé, ne pas trop savoir ce qu’il fait là puis finalement sourit, abandonne, comme s’il venait de comprendre quelque chose. Nico est là également, et un choix très judicieux à amener Dean et Britta à se porter sur une reprise du I’ll Keep It with Mine de Dylan, chanson écrite alors qu’il rencontre et à une liaison avec Nico (eh oui) en 1964, en France, alors qu’il vit chez Hughes Auffray.


Screen Test: Nico – I’ll keep it with mine

On retrouve également Lou Reed, dans une version bien plus punchy que sur l’album (Mais pourquoi le batteur joue-t-il un truc pareil avec des Balais ?!) de son I’m Not a Young Man Anymore, vieille compo de Lou datant de 1966. Quelque chose de schyzophrénique s’opère presque en nous à ce moment, tant la voix de Dean est similaire à celle de l’auteur de Transformer et Berlin, et il est très étrange de lever à ce moment la tête pour voir Lou nous regarder d’un air impérial en train de siroter un coca derrière ses lunettes noires , genre «  Je suis Lou Reed, et vous êtes vraiment une belle bande de losers, alors je me bois un coca et je vous emmerde », puis de baisser la tête et de voir le simple petit Dean Wareham s’agitant un peu plus que depuis le début du concert sur sa guitare

La soirée se poursuit ainsi, et le temps d’un double rappel fait de deux titres datant des albums précédents de nos tourtereaux (L’avventura et Back Numbers) où cette fois nous n’aurons plus à lever la tête (« Euh…Sorry… Nous n’avons plus de films ») et me voilà sortant de la salle avec ces morceaux bien ancrée dans la tête et une pensée pour Andy qui, bien que je n’apprécie pas la totalité de son Å“uvre, à tout de même permis la création de bien plus que des sérigraphies de boites de soupe.

Pour terminer, mes deux morceaux/Screen Tests  préférés :

Mary Woronov, (encore une actrice) au regard aussi merveilleusement aérien que son  I Found it Not So

Et « Baby » Jane Holzer,  actrice qui devint plus tard productrice et collectionneuse d’art , qui se brosse les dents de manière complice et amusée avant de ralentir petit à petit le rythme de son brossage jusqu’à suggérer bien des choses, le tout sur le sensuel Knives From Bavaria

Concert Warhol Remix :
1ère partie : Scanner,
2ème partie : Dean & Britta
le 19 avril 2011,
Cité de la musique, Paris.


Le Rédacteur

Henode
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Musicien, Auteur, Chaise à bascule, et un tas d'autres trucs

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