Mr. Nice de Bernard Rose

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Posted 27 avril 2011 by Dextarian in

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by Dextarian
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Sortie le 13 avril 2011

Encore un film sur la drogue. Le cinéma aime la drogue. La drogue aime aussi le cinéma, ceci dit. Mais là n’est pas le propos. Si bon nombre de réalisateurs contemporains ont tenté de nous faire partager leur petite vision du monde de la drogue, avec les délires qui s’y attachent1. Avec un Rhys Ifans assez méconnaissable2, Mr. Nice est donc un nouveau film sur ce thème. La seule différence, c’est qu’il est inspiré d’une histoire vraie puisque ce fameux Mr Nice, alias Howards Marks, a réellement existé et été l’un des plus gros dealer qu’ai connu la Grande-Bretagne. Avec Bernard Rose aux manettes3, qui n’avait plus tourné depuis 10 ans – une éternité – le film prend le parti de nous dresser autant l’histoire d’un homme que celle d’une époque, avec une photographie très bien choisie et fort à propos.


À la fin des années 60, Howard Marks (Rhys Ifans) quitte son Pays de Galles natal pour la prestigieuse université d’Oxford, où il découvre les plaisirs des soirées psychédéliques. Pour rendre service, il s’improvise alors en passeur de marijuana. Il y prend goût, autant qu’à la drogue elle-même. S’appuyant sur ses amitiés dans les services secrets et avec un chef de l’IRA (David Thewlis), il développe un réseau de transport de cannabis entre le Pakistan et Londres. Il se retrouve bientôt à la tête du plus grand trafic de marijuana d’Europe.

Howard Marks se fait alors appeler MR. NICE : un contrebandier non violent et plein d’humour, qui deviendra une figure de la contre-culture britannique.


Mr. Nice – Bande-annonce – 2011

Véritable homme orchestre (photographique, scénario et réalisation), Bernard Rose a peaufiné son Mr. Nice pour en faire ressortir tout la substantifique moelle. Ses choix de couleurs, de cadres et d’ambiance ne sont pas sans rappeler les films d’une époque maintenant révolue et réalisés ici avec délectation. Le réalisateur a de la passion et cela se sent. Il est d’ailleurs assez difficile de rentrer dans son film puisqu’il y a comme une forme de distance entre les personnages et ses choix artistiques. Ce n’est à partir d’un certain moment, lorsque l’histoire démarre réellement que Mr. Nice prend toute son ampleur.

En confiant à David Thewlis un rôle taillé sur mesure, en le faisant interpréter Jim McCaan, un activiste de l’IRA (ou du moins, c’est ce qu’il prétend être), qui passe le plus clair de son temps à hurler contre le monde et fumer des calumets de la paix, constitue une bonne et agréable surprise. D’ailleurs, Bernard Rose a tout de suite pensé à David Thewlis (qui joue Remus Lupin dans la Saga Harry Potter) pour faire partie du casting de Mr. Nice. Le cinéaste avait été marqué par l’interprétation de l’acteur anglais dans Naked de Mike Leigh, comme pas mal de spectateurs également.

Mais c’est vraiment un Rhys Ifans méconnaissable qui marque les esprits. Il se paye même le luxe de jouer un Marks adolescent, voir jeune adulte alors qu’il n’est plus lui-même tout jeune. Il est de tous les plans dans cette véritable épopée moderne et il crève l’écran. Mais il faut dire que Mark est lui-même un client à part. En effet, né en 1945 dans un petit visage minier du Pays de Galles, Howard Marks a étudié à l’Université d’Oxford et y a obtenu deux diplômes : un en Physique Nucléaire et un en Philosophie. Dans le livre qui relate son expérience, Howard Marks affirme avoir utilisé 43 identités différentes, 89 lignes de téléphone et pas moins de 25 sociétés écrans.

Ses liens avec la CIA, l’IRA, les Triades et la mafia lui ont permis de déplacer des tonnes de haschich et de brasser des millions de dollars pendant près de vingt ans. Il a été pourchassé par 14 pays différents et a finalement été arrêté par l’Agence Américaine de Lutte contre le Drogue. Howard Marks a ainsi purgé  une peine de 25 ans de prison en Indiana mais a été libéré sur parole en 1995 au bout de sept années de rétention. Le tabloïd Daily Mail l’a décrit comme « le baron de la drogue le plus sophistiqué de tous les temps ». A partir de 1997, il présente des one-man-shows où il revendique la légalisation et la dépénalisation du cannabis. Il écrit aussi pour des journaux comme The Observer, Daily Telegraph, ou The Guardian.

Rose a dû faire des coupes dans cette histoire qui aurait nécessité plus de dix heures pour relater tous les événements improbables qui s’y sont déroulés. Et de privilégier une certaine forme à un fond qui ressemble bien souvent aux histoires américaines de parrain de la drogue, d’une ascension fulgurante à une descente aux enfers. Comme dès l’introduction, on entend un type sur scène demander s’il y a des flics dans la salle, on suppose que le personnage de l’histoire s’en sort. Et c’est pour cela que Mr. Nice est bien plus intéressant sur le coté « époque révolue » que sur le fond. Après tout, vouloir, par exemple, faire un plaidoyer pour la légalisation du cannabis n’a pour ainsi dire que peu d’intérêt. Beaucoup plus la façon dont il s’y est pris pour berner un système. Un vrai rebelle avant l’heure, n’hésitant pas à aller visiter des coins reculés de la planète pour trouver des fournisseurs.

Mr. Nice est brillamment mise en scène, ne laissant finalement que peu de temps mort. On se croirait dans un Scorsese de la grande époque, période Casino et Les Affranchis, le ton british en plus et le clinquant et la brutalité en moins. Rose tourne peu mais tourne bien et son Mr. Nice est très agréable à regarder.

Mr. Nice de Bernard Rose | Scénario de Bernard Rose d’après l’oeuvre de Howard Marks| Photographie de Bernard Rose | Musique de Philip Glass | Avec Rhys Ifans, Chloë Sevigny, David Thewlis, Elsa Pataky, Crispin Glover, Andrew Tiernan, Omid Djalili, Jack Huston, Ania Sowinski, Jamie Harris | Grande-Bretagne | 2010 | 121 min. | Comédie dramatique | Distribué par UFO Distribution | Crédit photographique : UFO Distribution

  1. Comment ne pas penser à au désormais film culte Las Vegas Parano, mais aussi à Trainspotting ou encore Requiem for a dream, sans parler d’ailleurs d’Enter the Void, encore une fois. []
  2. Habitué au rôles de déjantés qui l’on permis de se faire repéré dans Coup de foudre à Notting Hill et qu’il a poursuivi dans Human nature, Gangsters, sex & karaoké ou encore Kevin & Perry. Variant son jeu, il incarne des rôles divers et variés puisqu’on l’a vu dans le dernier Harry Potter sous les traits de Xenophilius Lovegood. []
  3. Qui s’est illustré avec Candyman, Ludwig Van B., Anna Karenine et Ivans xtc. []

Le Rédacteur

Dextarian
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Le rédacteur ciné le plus prolifique (et je ne tiens pas à perdre ce titre!)

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