Moi, Michel G, Milliardaire, Maître du monde de Stéphane Kazandjian
Rating
Sortie le 27 avril 2011
Réalisateur de Sexy Boys en 2001 et Modern Love en 2008, Stéphane Kazandjian s’attaque avec Moi, Michel G, Milliardaire, Maître du monde à un sujet brulant d’actualité, à savoir les gens qui font fortunes en désossant des entreprises pour gagner un peu d’argent. Métier ô combien difficile qui nécessite d’avoir un carnet d’adresse, ou plutôt celles des bonnes personnes, un peu d’argent et beaucoup de bagout, c’est actuellement l’un des maux qui rongent la société occidentale et dont ce film veut se faire un certain écho, à travers des personnages qui ressembleraient à un croisement entre Bernard Tapie et Jean-Marie Messier1. Sous l’apparence d’un faux documentaire, Kazandjian a choisi de tourner la situation en dérision en proposant une comédie plutôt qu’un documentaire2 ou un thriller3.
Homme d’affaires à succès, symbole d’un capitalisme moderne et décomplexé, Michel Ganiant (François-Xavier Demaison) a tout : l’argent, le pouvoir, l’amour. Et il veut que ça se sache.
Alors qu’il s’apprête à réaliser le « coup » de sa carrière, il accepte de se laisser suivre par la caméra de Joseph Klein (Laurent Laffite), journaliste impertinent et engagé. Ce devait être une ode au génie du grand homme. Ce sera un voyage sidérant et jubilatoire dans les coulisses du business et la vie des riches et puissants.
Bienvenue dans le monde de Michel Ganiant. Pas de bol, c’est aussi le vôtre…(dixit le réalisateur Klein au début de son faux reportage dans le vrai film).
Moi, Michel G, Milliardaire, Maître du monde – Bande-annonce – 2011
Faire un film sur le monde « fascinant » des riches sans trop avoir d’argent est quelque chose d’assez cocasse. C’est pourtant le cas de l’équipe du film, qui aux dires du réalisateur, était composée la plupart du temps de 12 personnes. Autant dire qu’on est bien loin d’un blockbuster et plus proche d’un film indépendant. Une équipe restreinte permet bien sûr une meilleure réactivité dans le choix des plans et tout le travail du chef opérateur n’en est que plus grand.
Moi, Michel G, Milliardaire, Maître du monde est donc un film qui se veut autant acide que descriptif du monde du capitalisme actuel, avec toutes les dérives que l’on connaît actuellement. Demaison est parfait dans le rôle de Michel Ganiant, de Ganiant Corps, qui cherche par tous les moyens à prendre le contrôle d’une autre grande firme. L’aspect faut documentaire est intéressant en soi et permet notamment à Laurent Lafitte, acteur qui grimpe de plus en plus, de briller quelque peu par des remarques perspicaces et marrantes. C’est sans conteste le personnage le plus travaillé car le plus proche, sûrement, de la vision du réalisateur/scénariste.
Moi, Michel G, Milliardaire, Maître du monde se regarde avec plaisir, même si l’aspect un peu cheap du film fait que l’on a un peu de mal à bien s’immerger dedans, surtout au regard du sujet (montrer le monde de la finance et surtout des riches). Mais cela est pallié par un effort de mise en scène, avec des incrustations, des séquences animées et des mises en perspectives assez réussies4.
On peut reprocher la fin de Moi, Michel G, Milliardaire, Maître du monde, d’une facilité déconcertante, en nous montrant la misère et ce qui semble être la faute du capitalisme sauvage. Mais rien, vraiment rien ne pourra être comparable au documentaire intitulée « L’ile aux fleurs » :
L’ile aux Fleurs – Jorge Furtado – 1989
Entre faux documentaire et réalité, il y a souvent une barrière. Et dire et dénoncer les choses, semblent comme le dit d’ailleurs le personnage de Lafitte, de plus en plus vain aujourd’hui. Le film de Kazandjian est donc à voir pour cela. Il ne nous apprendra rien de plus que les informations du 20H mais il mettra en lumière cette dualité entre deux conceptions de la vie. Et l’humour étant bien présent, pourquoi se priver.
Moi, Michel G, Milliardaire, Maître du monde de Stéphane Kazandjian | Scénario de Stéphane Kazandjian | Photographie d’Hugues Poulain | Musique d’Arnaud Gauthier | Avec François-Xavier Demaison, Laurent Lafitte, Guy Bedos, Laurence Arne, Xavier de Guillebon, Alain Doutey, Patrick Bouchitey, Gauthier de Fauconval | France | 2010 | 87 min. | Comédie | Distribué par Rezo Films | Crédit photographique : Vinciane Pierart – Delante Films
- Le fameux J7M, c’est-à -dire Moi Jean- Marie Messier, Moi-Même Maître du Monde repris par le titre du film. [↩]
- Ã l’instar, par exemple, d’Inside Job de Charles Ferguson [↩]
- Comme Wall Street d’Oliver Stone, dont la suite a quelque peu déçu. [↩]
- On peut d’ailleurs aussi citer l’effort sur les logo des différentes sociétés factices que possède Ganiant [↩]










































