Stone de John Curran
Sortie le 11 mai 2011
Stone, le monde est Stone. On ignore s’il y a une quelque référence à cette chanson dans le nouveau film de John Curran mais il apparait de toute évidence que film l’est, Stone. Adapté d’une pièce de MacLachlan, dont ce dernier est aussi le scénariste du film, le film est assez barré, ce qui n’est pas étonnant de la part du scénariste de The Killer Inside Me, John Curran. Ce dernier cherche souvent l’envers du décor dans ses films, comme dans We Don’t Live here Anymore et c’est le cas donc pour Stone. Seulement voilà , malgré des acteurs qui sont très actor studio dans leurs démarche, surtout Norton qui nous refait son accent du sud des États-Unis comme dans Leaves of Grass, inédit en France1, le film patine sévère et on a bien du mal à croire à l’histoire des uns et des autres.
A la veille de prendre sa retraite, Jack Mabry (Robert de Niro), un fonctionnaire de l’administration pénitentiaire, est chargé de revoir une dernière fois le cas de Gerald Creeson dit « Stone » (Edward Norton), emprisonné pour le meurtre de ses grands-parents et pour avoir mis le feu.
Comme souvent dans ces cas là , Jack n’est pas convaincu par la défense présentée par la personne qu’il reçoit. Et Stone n’échappe pas à la règle. Mais ce dernier a un atout : sa petite amie Lucetta (Milla Jovovich), à qui il va demander de séduire Jack. Ce dernier va être peu à peu ébranlé par ce couple…
Stone – Bande-annonce – 2010
Stone commence par une scène d’introduction qui va poser le décor. Jack a une araignée au plafond et cela fait longtemps que ça dure. On nous le présente du moins comme ça et la violence de sa réaction durant cette scène ne quitte évidemment pas le spectateur tout le long du film. Mais on passe vite à la suite avec l’entrée en scène de Gerald, campé par Norton qui a décidément besoin de jouer des personnages en marge. Ici, tout sera affaire de manipulation plus ou moins grosse, en mettant en lumière les failles d’une personne sensée juger les autres.
Et on a bien du mal à croire à cette histoire. Vraiment. Une personne sensée détecter les menteurs de ceux qui veulent s’en sortir sait faire son métier, malgré ses propres fêlures. Sans quoi, bien évidemment, la moitié des psychologues de France seraient bons à jeter aux orties. On a aussi bien du mal à croire que le jeu qui s’instaure entre Lucetta et Jack prend si vite. Peut-être que dans la pièce, le climat qui s’instaure entre eux deux mets plus de temps à s’imposer au spectateur mais ici, l’affaire semble pliée en deux coups de cuillère à pot. On ne parle pas des tentatives grossières de manipulation de Stone vis-à -vis de Marbry.
Si on a bien compris que le personnage principal n’était pas celui que l’on croit, le film de Curran veut nous dire beaucoup, beaucoup de choses mais sans forcément toujours bien y parvenir. La Faute à un rythme lent tout d’abord et une volonté d’assener des choses de l’autre. On retrouve néanmoins une Milla Jovovich dans des rôles différents de ceux connus par le grand public et plus proches de ceux The Million Dollar Hotel ou encore He Got Game, dans une moindre mesure. Sa prestation est assez intéressante même si la crédibilité de son rôle est particulièrement peu évident… Cherchant à explorer d’autres pistes, c’est peut-être elle qui s’en sort le mieux dans ce film complètement décousu, très abstrait et hermétique que réellement ancré dans une réalité, malgré la ville de Detroit et son désert urbain2.
A l’évidence, Stone est marqué par un vernis de sophistication qui fera le bonheur de ceux qui aiment les situations ombiliquées, sans toutefois que cela soit réellement utile ici. De métaphores complètements tirées par les cheveux à des situations très appuyées sur les apparences, le film de Curran s’enlise grandement. De Niro retrouve un peu l’œil du tigre après des comédies grand publics, comme Mon Beau-Père et Nous même s’il semble qu’il tourne un peu en rond ici. La véritable histoire de cet homme est complètement esquissée alors que c’est celle qui présente le plus d’intérêt et notamment le rôle dans tout cela de sa femme, campé par Frances Conroy. Les rôles féminins sont ainsi au second plan alors qu’il auraient mérité un autre traitement. Mais il parait qu’il est plus difficile de saisir la psychologie féminine. C’est le cas pour ce film, qui ne sait plus vraiment à quel saint (ou sein) se vouer….
Stone de John Curran | Scénario d’Angus MacLachlan d’après son Å“uvre | Photographie de Maryse Alberti | Musique de Jon Brion | Avec Robert De Niro, Edward Norton, Milla Jovovich, Frances Conroy, Enver Gjokaj, Liam Ferguson, Pepper Binkley, Sarab Kamoo, Sandra Love Aldridge, Greg Trzaskoma | États-Unis | 2010 | 105 min. | Thriller et drame | Distribué par Metropolitan FilmExport | Crédit photographique : Metropolitan FilmExport
- On se demande bien pourquoi, vu les innombrables bouses qui sortent dans les salles obscures chaque année. [↩]
- Thème déjà ébauché en arrière plan dans Gran Torino [↩]











































Mais voyons pour une fois qu’un film est un peu différent ! Il faut encourager cela.
Je suis rarement dans les derniers pour encourager les films différents et qui se démarquent, quitte à être la risée de mes amis mais je dois avouer que là , j’ai bien eu du mal à être conquis par ce Stone.